Le site d’Aulnat

Auteurs : Yann Deberge, Christine Vermeulen, John Collis

Article publié dans “L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008” qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

  • I – Introduction
  • II – Histoire des Recherches
  • III – Une agglomération idéalement située
  • IV – Une forme originale d’organisation
  • V – Artistes et artisans
  • VI – Des contacts étroits avec le monde méditerranéen
  • VII – Pratiques funéraires et religieuses

I – Introduction

Photographie panoramique avec points de découvertes (Y. Deberge, ARAFA)
Photographie panoramique avec points de découvertes (Y. Deberge, ARAFA)
Le site d’Aulnat en bordure de la Grande Limagne d’Auvergne (carto Y. Deberge, ARAFA)
Le site d’Aulnat en bordure de la Grande Limagne d’Auvergne (carto Y. Deberge, ARAFA)

Aulnat, La Grande Borne, Gandaillat, Le Brezet, Pontcharaud, Base Aérienne, L’Agriculture, Pierre Boulanger… autant de dénominations pour un seul et même site. Cet inventaire à la Prévert, établi à partir des toponymes et noms de rue associés à chacune des découvertes faites en périphérie est de l’agglomération clermontoise témoigne, à lui seul, de l’étendue de cette implantation humaine du second âge du Fer. Ce vaste site, qui se développe sur 150 hectares à quelques kilomètres de l’actuelle ville de Clermont-Ferrand, est surtout connu sous les noms d’Aulnat ou de La Grande Borne. Il correspond à la plus ancienne grande agglomération connue sur le territoire arverne.

II – Histoire des Recherches

Le site d’Aulnat a été pour la première fois repéré lors des travaux d’aménagement de la base aérienne entre 1939 et 1941. Réalisées dans des conditions extrêmement difficiles, souvent après l’intervention des engins de terrassement, les observations conduites par J.-J. Hatt et G. Fournier révèlent la présence d’une occupation datée de La Tène moyenne et finale sur une étendue d’approximativement 35 ha. Les conditions d’intervention (observations aléatoires soumises à la localisation des terrassements, peu de mobilier étudié, documentation de qualité médiocre, etc.) limitent largement la compréhension des vestiges découverts alors.

Cartographie des différentes zones d’investigation (Y. Deberge, ARAFA)
Cartographie des différentes zones d’investigation (Y. Deberge, ARAFA)

On doit à R. Périchon et J. Collis la première exploration méthodique d’un secteur de ce vaste ensemble. Au lieu-dit de La Grande Borne, les deux chercheurs vont mener, pendant seize années consécutives, une fouille stratigraphique, probablement la première réalisée en Auvergne. La surface explorée est faible, un peu moins de 900 m². Les informations collectées sont toutefois de grande qualité et le mobilier est présent en masse. Plus de 100 000 fragments d’objets (faune, céramique, amphore…)seront extraits des 93 structures fouillées. 34 monnaies et environ 400 petits éléments mobiliers (armement, parure et divers outillages) complètent ce corpus, dont la richesse surprend encore. Les données collectées, pour certaines encore inédites, permettent de préciser la chronologie de l’occupation du site et d’apporter des réponses sur sa fonction.

Les vestiges immobiliers (fosses, puits, fossés, chemin, sépultures) et mobiliers renvoient à des domaines très divers. Ce secteur apparaît comme étant une zone d’occupation domestique (rejets détritiques et structures domestiques), où la pratique artisanale est développée (métallurgie du fer, des métaux précieux et alliages cuivreux, tabletterie…), mais qui livre également des vestiges funéraires nombreux (14 sépultures). Quant à la datation du site, elle couvre les IIIe et IIe s. av. J.-C. dans leur intégralité, proposition qui reste toujours valide aujourd’hui. Bien que très riche d’informations, cette fouille de dimension réduite n’apporte que peu d’indications sur la forme et l’organisation de cet habitat.

Mobilier découvert lors des travaux conduits sur la base aérienne (tiré de Hatt 1942)
Mobilier découvert lors des travaux conduits sur la base aérienne (tiré de Hatt 1942)

Ce n’est qu’avec le développement de l’archéologie préventive que l’étendue du site a pu être réellement perçue. Depuis la fin des années 1980, la multiplication des observations faites dans ce secteur particulièrement dynamique de la périphérie clermontoise révèle un patrimoine archéologique exceptionnel. Aujourd’hui, plus de trente points de découvertes ont recensés sur cet espace de 750 m sur 2 000 m. Plusieurs fouilles en aire ouverte, dont deux interventions d’environ un hectare (fouilles du Brezet et de Gandaillat, dirigées respectivement par G. Vernet et C. Vermeulen), permettent de percevoir l’organisation des vestiges.

Premières années de fouille sur le site de La Grande Borne (fouille Périchon 1968 ; cliché G. Fournier)
Premières années de fouille sur le site de La Grande Borne (fouille Périchon 1968 ; cliché G. Fournier)
Photographie de la fouille de La Grande Borne en 1974
Photographie de la fouille de La Grande Borne en 1974

III – Une agglomération idéalement située

Le menhir de La Grande Borne à proximité de la fouille de La Grande Borne (J. Dunkley)
Le menhir de La Grande Borne à proximité de la fouille de La Grande Borne (J. Dunkley)

Le site d’Aulnat se développe sur environ 150 ha, à la jonction de deux zones topographiquement déprimées : Le Grand Marais, au nord, et le bassin de Sarliève, au sud. Ces deux espaces correspondent, à La Tène moyenne et finale, à deux zones agricoles particulièrement actives. L’Allier, probablement largement utilisé dans le cadre des échanges commerciaux, n’est situé qu’à quelques kilomètres à l’ouest. Le site apparaît dès lors comme le principal lieu de concentration de la production agricole issue de ces deux secteurs et en retour un centre de redistribution de produits manufacturés locaux ou importés. La zone investie est traversée par plusieurs ruisseaux, la Tiretaine et l’Artière, qui serpentent ensuite dans la plaine en direction de l’Allier. Les coteaux qui bordent le site au sud ont été évités et aucune trace de fortification n’a, à ce jour, été repérée. C’est donc sur un espace de plaine non fortifié, à peine dégagé de l’humidité ambiante par une position topographique très légèrement dominante, que se développe cette agglomération. Des vestiges plus anciens sont connus sur le secteur. Ils paraissent, tels le menhir de La Grande Borne ou la nécropole néolithique de Pontcharaud, avoir influé sur l’implantation de l’occupation laténienne. Qu’ils aient été encore visibles dans le paysage ou présents dans la mémoire collective, ces espaces ont été respectés et sont dépourvus de vestiges laténiens. La fouille conduite dans le secteur du Brezet (dir. G. Vernet, INRAP) en fournit un exemple marquant. Les structures laténiennes, pourtant nombreuses, disparaissent à l’emplacement d’un espace à vocation funéraire chalcolithique. Le même phénomène a été perçu sur le secteur de Pontcharaud où vestiges néolithiques et laténiens s’excluent. Enfin, le menhir de La Grande Borne, bien que situé à moins de 50 m d’une zone à occupation dense, n’a pas été affecté à la période laténienne.

IV – Une forme originale d’organisation

Ce site ne constitue donc pas un ensemble homogène en termes de densité d’occupation. Des zones sont libres de tout vestige alors que d’autres paraissent très densément occupées. La documentation actuelle ne permet pas de localiser précisément ces zones à plus ou moins forte densité de vestiges. Le passage d’un secteur « vierge » à un espace fortement mobilisé peut se faire en quelques mètres. Certains secteurs, comme la zone du Brezet, La Grande Borne, Gandaillat et le site de La Rue Reclus livrent les densités les plus élevées (mais ce sont aussi les seules zones où des fouilles importantes ont été menées).

L’image qui peut être restituée est donc celle d’une occupation relativement lâche, avec des secteurs quasiment vides et au contraire d’autres densément investis, répartie de façon continue sur un vaste espace. Sur chacun des secteurs fouillés on retrouve les mêmes associations de vestiges immobiliers (des fosses, des puits, des caves, des bâtiments, des sépultures) et mobiliers (céramique, faune, importation, outillage divers et parure). Elles témoignent d’un mode d’occupation unique d’un point à l’autre du site qui s’apparente à celui connu sur les habitats groupés. La comparaison avec les fermes connues dans la plaine voisine (voir l’exemple du Pâtural) témoigne de différences notables. Ici, peu ou pas de fossés, pas d’enclos, mais des structures de délimitation d’un tout autre genre : des voies (dont certaines sont empierrées), des palissades de poteaux plantés et des limites révélées « en négatif » par des alignements de structures domestiques ou funéraires (fosses, caves, sépultures, puits…). Les vestiges sont de six à dix fois plus nombreux, à surface égale, que sur les établissements ruraux, témoignant ainsi d’une mobilisation plus forte de l’espace. L’occupation d’Aulnat se rapproche de celle mise en évidence pour d’autres agglomérations ouvertes de Gaule centrale telles que Feurs, Roanne ou Levroux. La densité moyenne en vestiges y est cependant deux fois plus élevée que sur le site arverne, mais pour une superficie de 5 à 6 fois moindre. Sur le secteur de Gandaillat, le seul à avoir été dégagé sur une superficie importante, on perçoit les signes d’une structuration forte de l’espace.

Voie empierrée avec traces d’ornières, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Voie empierrée avec traces d’ornières, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

L’espace est divisé en îlots de forme géométrique bordés, à l’ouest et au sud, par des zones à destination plus spécifiquement funéraire (où inhumations et incinérations se côtoient) et des espaces publics (voie et places empierrées). Les structures présentes renvoient principalement aux domaines domestique et artisanal : bâtiments d’habitation et constructions annexes, caves et celliers, puits, forge ou four… Comme sur le secteur de La Grande Borne, des sépultures sont présentes au sein de ces espaces habités. Plusieurs d’entre elles sont localisées à la limite entre deux îlots, peut-être le long d’un axe de circulation secondaire non perceptible à la fouille. D’autres sont groupées par deux ou trois en un point précis, témoignant de l’existence d’une signalisation au sol des sépultures et surtout d’une volonté de regroupement des défunts.

Les constructions, faites d’une ossature en bois, sont modestes et adoptent un plan classique à une nef que l’on retrouve dans toute la Gaule. L’une d’elles est toutefois caractérisée par la présence d’un solin en pierres, mode de construction qui évoque plutôt des pratiques méridionales. Ce matériau est également abondamment utilisé pour bâtir le cuvelage (rond ou carré)de la partie sommitale des puits, très nombreux sur le site.

Plans comparés des secteurs de La Grande Borne, Gandaillat et Rue Reclus (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)

Plans comparés des secteurs de La Grande Borne, Gandaillat et Rue Reclus (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Fonctionnalisation des espaces sur le secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Fonctionnalisation des espaces sur le secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)

V – Artistes et artisans

L’une des principales fonctions des grandes agglomérations de la fin de l’âge du Fer est la production artisanale. Il est, par conséquent, normal d’y trouver des vestiges artisanaux nombreux et diversifiés.

Le site d’Aulnat ne fait pas exception. Les activités métallurgiques (fer et métaux non ferreux), le travail sur os (confection d’anneaux et de dés) et des matières organiques fossilisées (lignite/sapropélite)sont attestés par un nombre élevé d’éléments mobiliers (des déchets, des ratés de fabrication, des outils) et quelques vestiges immobiliers (deux forges). Ces derniers permettent de localiser de façon certaine deux ateliers de forge, l’un sur le secteur de Gandaillat et l’autre, 200 m au sud-ouest, à La Grande Borne. Ce dernier secteur a également accueilli un atelier de bronzier et de tabletterie. Il ne semble pas qu’il existe, comme c’est le cas par exemple à Bibracte, des quartiers spécifiquement destinés aux activités artisanales. Certaines productions, telles les céramiques peintes décorées, témoignent d’un grand savoir faire. Le site d’Aulnat est connu pour avoir livré un corpus de vases à décoration peinte unique en Gaule. Un nouvel ensemble de vases peints a été découvert lors de la fouille du site de Gandaillat. Le thème privilégié reste la figuration stylisée d’animaux, cerfs ou chevaux. L’analyse stylistique de ce nouveau mobilier permet d’identifier des productions retrouvées en différents points du site comme appartenant à un même atelier. Certaines d’entre elle sont indubitablement été réalisées par un seul et même artisan.

Un secteur d’habitat du site de Gandaillat : bâtiment à solin de pierres, four à double alandier et structures domestiques
(C. Vermeulen, INRAP)
Un secteur d’habitat du site de Gandaillat : bâtiment à solin de pierres, four à double alandier et structures domestiques
(C. Vermeulen, INRAP)
Puits à cuvelage en pierre, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Puits à cuvelage en pierre, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

VI – Des contacts étroits avec le monde méditerranéen

Céramiques importées habituellement rares en Gaule interne (attestés à Gandaillat)
Céramiques importées habituellement rares en Gaule interne (attestés à Gandaillat)

Comme les autres peuples de Gaule centrale, les Arvernes commercent très tôt avec le monde méditerranéen. Sur le secteur de La Grande Borne, les témoignages de ce négoce à longue distance sont précoces (dès le début du IIIe s. av. J.-C.). Il s’agit de céramiques à vernis noir italique (cratère) et de récipients à pâte claire en provenance de Marseille (coupe ansée). Ils montrent une ouverture précoce sur le monde méditerranéen que peut expliquer la géographie du territoire arverne, largement tourné vers le sud. Au IIe s., le répertoire des céramiques importées se diversifie. A côté des campaniennes A importées d’Italie et des pâtes claires du Midi (essentiellement des cruches), on trouve quelques récipients en provenance de la côte catalane (pichets). Ces importations comptent fréquemment pour 1 à 2 % du vaisselier domestique sur le site d’Aulnat. Outre les classiques assiettes (formes Lamb.27 et 36), les coupes ansées (Lamb.42 et 68) et les bols.(Lamb. 27, 28, 31 et 33) en campanienne, on trouve sur le site des éléments nettement moins fréquents en Gaule interne : des lampes à huile, des plats à poisson Lamb. 23 ou encore un cratère originaire de Calès (forme Morel 4753). Ce faciès des importations montre une ouverture marquée sur le monde méditerranéen avec, notamment, l’adoption d’usages allogènes, ce qui constitue un fait relativement rare en Gaule centrale à date aussi haute.

Ce mobilier, en particulier les lampes à huile et plats à poisson, peuvent également témoigner d’une présence allochtone, de marchands grecs par exemple, sur le site. Les influences méditerranéennes pèsent également sur le vaisselier indigène. Progressivement, les potiers arvernes se mettent à reproduire la forme des récipients italiques. A la fin du IIe s. av. J.-C., un tiers de la vaisselle de table utilisée à Aulnat n’est pas d’inspiration indigène. Cent ans avant la conquête romaine, une certaine forme d’acculturation se développe en territoire arverne. A partir du milieu du IIe s. av. J.-C., les échanges avec l’Italie prennent des allures de commerce de masse. On estime, à partir des données collectées sur les différents secteurs de fouille, à environ 40 000 le nombre d’amphores vinaires consommées sur le site d’Aulnat, en l’espace d’une quarantaine d’années. Le site d’Aulnat joue alors le rôle de plaque tournante régionale dans les circuits de redistribution de ces produits.

VII – Pratiques funéraires et religieuses

Comme nous l’avons déjà évoqué, les vestiges funéraires sont nombreux sur le site. L’examen du mobilier montre qu’ils sont strictement contemporains des autres vestiges.

A la différence de ce qu’on observe sur les autres agglomérations protohistoriques de Gaule interne, il ne semble pas exister de grande nécropole constituée pour ce site. Les zones à destination funéraire se superposent à la trame d’occupation domestique et artisanale.

Comme sur les sites ruraux voisins, la séparation entre espace dédié aux vivants et espace réservé aux morts n’est pas nette et il est fréquent qu’une sépulture soit implantée à proximité immédiate d’une structure domestique. On observe néanmoins quelques regroupements ponctuels. C’est notamment vrai pour les dépôts de crémation de Gandaillat, qui paraissent strictement limités dans l’espace.

D’autres vestiges présents sur le site confinent aux domaines domestique et funéraire, voire religieux. Des fragments de corps, parfois en connexion, peuvent ainsi être retrouvés dans le comblement de structures domestiques. Restes de sépultures bouleversées par des recreusements plus récents ou dernières étapes de processus complexes de traitement des défunts, il est difficile de trancher.

Tombe du guerrier de Gandaillat
Tombe du guerrier de Gandaillat
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. 
(C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C.
(C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. (C. Vermeulen, INRAP)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. (C. Vermeulen, INRAP)

C’est également le cas pour ce qui est de la découverte, relativement fréquente, de crânes isolés dans le comblement de structures domestiques.

Dépôt céramique au fond d’un puits, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Dépôt céramique au fond d’un puits, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

Même si la preuve n’est pas apportée, on ne peut exclure l’hypothèse de pratiques en relation avec ce « culte » des têtes coupées mentionné par les auteurs antiques et ponctuellement attesté par l’archéologie. « Aux ennemis tombés, ils coupent la tête et l’attachent au cou de leurs chevaux… ils les embaument avec de l’huile de cèdre et les conservent soigneusement dans une caisse. » (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V29). Enfin, les fouilles du Brezet et de Gandaillat fournissent plusieurs exemples de dépôts qui ne peuvent être interprétés sous un angle purement fonctionnel. Certains rejets en puits comptent parfois des objets complets, faiblement usés, dont on explique mal la présence en contexte détritique. A l’inverse, d’autres peuvent porter les stigmates de mutilations volontaires (traces de coups, perforations, bris in situ…) avant dépôt.

Ensemble de céramiques provenant d’un puits, secteur de Gandaillat (Y. Deberge, ARAFA/INRAP)
Ensemble de céramiques provenant d’un puits, secteur de Gandaillat (Y. Deberge, ARAFA/INRAP)

Ces traitements particuliers témoignent de l’exercice de pratiques religieuses au sein même de zones d’habitat que l’on perçoit encore très mal. A la fois habitat, zone artisanale, espace funéraire et lieu de pratiques religieuses, le site d’Aulnat ne se conforme pas au modèle de l’habitat groupé protohistorique attesté ailleurs. Il n’en constitue pas moins la première agglomération des Arvernes. Sa position centrale, dans une zone agricole à très forte densité d’occupation, permet, sans trop de doutes, de l’identifier au chef-lieu de ce peuple au cours des IIIe et IIe s. av. J.-C.

La localisation des oppida de Corent, Gondole et Gergovie montre que le centre d’exercice du pouvoir ne se déplacera finalement que très peu au siècle suivant. La fondation d’Augustonemetum, cent ans plus tard et quelques kilomètres plus à l’ouest, ramène la capitale de cité dans la plaine.