Les Gaulois

Auteur de la notice : Y. Deberge

Date de la notice : 2008

I – La société gauloise

Elle est essentiellement agricole. Le lin comme le chanvre sont cultivés et servent à la fabrication des tissus. Les myrtilles, le pastel ou l’airelle sont employés pour la teinture, car les Gaulois aiment les couleurs vives. Pour l’alimentation, les cultivateurs produisent du blé amidonnier (riche en amidons), de l’orge, des lentilles et des pois. Ces céréales sont consommées en bouillies et galettes, parfois agrémentées de raisins secs, de dattes ou de noix.


A sa tête, se trouve une aristocratie terrienne. Celle-ci est en relation constante avec l’ensemble du monde celtique qui possède une certaine homogénéité même s’il est composé d’une multitude de tribus indépendantes les unes des autres. Mais au début du Ier siècle avant J.-C., l’intensification des relations commerciales avec le Monde Méditerranéen va favoriser l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale. Il va s’ensuivre une relative décadence de cette aristocratie terrienne, au moins sur le plan politique.


Les druides sont des personnages importants de la société celte et paraissent avoir été au cœur de la religion. Chefs religieux, recrutés dans la noblesse, ils règlent les pratiques cultuelles et président aux sacrifices… En outre, ils occupent des fonctions juridiques et sont chargés de l’éducation des jeunes nobles et de la transmission des épopées. Les druides forment un « clan » avec, au sommet, un chef élu.


II – La maison gauloise

Dans toute l’Europe Continentale, la maison gauloise est de plan rectangulaire ou carré, en torchis, bois et chaume. Autour de l’habitation, des bâtiments spécialisés accueillent les activités agricoles et artisanales qui s’organisent généralement autour d’un puits, d’un grenier et d’un silo.

Gandaillat (Document : L. Andrieu)
Gandaillat (Document : L. Andrieu)

A la fin de la période, une structure défensive, constituée d’une levée de terre, est mise en place. On appelle ces sites des oppida : ils peuvent être « de hauteur », protégés par des remparts ; ou « de plaine » comme à Gondole, Etrun ou à Avesnelles (Nord). Les techniques de construction sont identiques à celles des périodes précédentes : des poteaux de bois sont érigés verticalement et calés dans des trous creusés dans le sol. Ils sont reliés entre eux par des poutres et des chevrons.


Cependant, la métallurgie du fer amène une innovation : il s’agit des clous qui donnent une plus grande solidité aux bâtiments. Les parois sont constituées d’un clayonnage de baguettes souples que vient recouvrir le torchis. Les toitures, à 2 ou 4 pans, sont couvertes de paille de roseau. C’est leur forte pente et l’épaisseur du chaume qui garantissent une bonne étanchéité. Les Gaulois utilisent l’herminette, le burin, la lime, le ciseau à bois, la gouge et la hache. Cet outillage en fer permet de multiples assemblages : assemblages en feuillure, à mi-bois et en queue d’aronde.

III – Occupation du sol au IIIe et IIe s. avant J.-C. en Basse-Auvergne

Jusqu’à récemment, nous ne disposions en Basse-Auvergne que de peu de données pour caractériser la trame d’occupation laténienne. Les quelques opérations de fouille entreprises dans la périphérie clermontoise conduisaient à proposer un modèle faisant intervenir des communautés humaines de petite taille de type hameau, régulièrement réparties et qui se seraient partagé la mise en valeur agricole de cette zone très fertile qu’est la plaine de Grande Limagne.

La ferme du Patûral (Document : L. Andrieu)
La ferme du Patûral (Document : L. Andrieu)

L’existence d’un peuplement rural dense mais éclaté expliquait, selon ce modèle, l’absence d’établissements ruraux plus modestes de type « ferme » (mode de mise en valeur agricole très largement répandu en Gaule (voir le n° XX de la revue l’archéologue) et à l’opposé celle d’une agglomération importante.

La multiplication des opérations de fouilles préventives dans ce secteur et sur ses marges permet de nuancer considérablement les connaissances sur le sujet et entraîne une remise en cause partielle du modèle proposé précédemment. En Auvergne, comme ailleurs en Gaule, l’établissement rural de “base” correspond à un site dont la caractéristique principale est d’être ceint d’un enclos fossoyé de petite dimension (souvent moins de 5 000 m²) au sein duquel sont regroupés les vestiges relevant de la sphère domestique ou agricole (fosses, puits, greniers, bâtiments d’habitation). Les objets découverts sur ces sites sont souvent peu nombreux (de 100 à 300 récipients céramiques, une dizaine d’éléments de parure, quelques fusaïoles et meules à grain) et témoignent de la présence sur les lieux d’une communauté humaine de type familial.


Les activités sont principalement la production agricole (culture maraîchère, céréaliculture et élevage) et la transformation de ses produits (mouture des céréales, filage et plus rarement tissage des fibres textiles…). Les différences de statut entre ces établissements agricoles se signalent par la qualité et surtout la quantité de mobilier de provenance indigène (vaisselle céramique, accessoires de cuisson, armement) et surtout par le nombre d’éléments de prestige tels que les objets de parure, la vaisselle d’importation méditerranéenne et les amphores vinaires italiques.


Certains sites livrent des quantités de mobiliers (plusieurs milliers de récipients céramiques, plusieurs centaines d’objets de parure…) qui sont peu compatibles avec l’identification à une simple ferme (voir l’encart sur le site du « Pâtural »). Même s’ils semblent toujours largement tournés vers l’agriculture, ils témoignent de l’existence en leur sein d’activités artisanales développées (manufacture d’objets en fer ou en verre, tabletterie…) et d’une implication forte dans les échanges à plus ou moins longue distance (monnaies, vaisselle d’importation, matière brute – fer et verre – importée).


Une estimation de population faite pour le « Pâtural » nous conduit à restituer une population d’environ 150 personnes (une quinzaine de familles ?) ce qui fait de ce site, à la fin du IIème siècle av. J.-C., un véritable hameau villageois.


Le complexe « d’Aulnat / La Grande Borne » en périphérie est de Clermont-Ferrand, témoigne d’un mode d’occupation du sol que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en Limagne. Sur une bande de terrain large de 500 m sur 2 km de longueur sont concentrés, de façon plus ou moins dense selon les secteurs, des vestiges mobiliers et immobiliers renvoyant aux domaines domestique, artisanal, funéraire et religieux. Il ne semble pas, en l’état actuel des connaissances, exister de spécialisation des espaces et l’on retrouve intimement mêlés des vestiges appartenant aux sphères profanes et religieuses.


Seul le site du “Brézet” situé à l’extrémité est de ce vaste complexe paraît témoigner d’une utilisation plus spécifiquement religieuse. Cette description d’une vaste agglomération où sont regroupés les vestiges d’activités qui généralement s’excluent (notamment les zones funéraires et domestiques) correspond assez bien au terme de Némessos (littéralement le « bois sacré ») utilisé par les Arvernes pour désigner leur capitale (Strabon, Géographie, livre IV).