Publications

Publications récentes concernant l’archéologie de l’âge du Fer et l’antiquité dans le bassin de Clermont-Ferrand

Augustonemetum : atlas topographique de Clermont-Ferrand

Sous la direction de Hélène Dartevelle. Collectif

Cet ouvrage, dirigé par Hélène Dartevelle, archéologue-ingénieure à la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes, est le fruit d’un travail de recherche collectif de 17 années, mené en collaboration avec 70 chercheurs (40 auteurs et 30 collaborateurs).

La publication présente la ville antique de Clermont-Ferrand, Augustonemetum, capitale gallo-romaine des Arvernes : son organisation spatiale, sa genèse et son évolution de la fin du Ier av. J.-C. au Ve ap. J.-C.

Augustonemetum – Aug nemeto sur la carte de Peutinger – est une ville neuve créée au début de notre ère sur la voie d’Agrippa qui relie Lugdunum (Lyon), capitale des trois Gaules impériales, à la province de la Gaule Aquitaine.

L’atlas rend compte, à l’échelle cadastrale, de toutes les observations archéologiques réalisées depuis les origines de l’archéologie à Clermont-Ferrand, et décrit avec précision des vestiges tantôt disparus, tantôts conservés en élévation, comme le remarquable mur des Sarrasins – Vasso Galate-, ou sous nos pieds, les infrastructures du forum reconnues place de la Victoire. Des synthèses introductives et thématiques apportent une vision élargie dans la profondeur du temps en abordant l’avant et l’après de cette capitale gallo-romaine, comme à l’échelle géographique de la ville, de son environnement proche ou de son paysage tout entier. Intéresseront davantage les protohistoriens, le texte de Christine Mennessier-Jouannet intitulé « Processus d’urbanisation chez les Arvernes. Le cas d’Augustonemetum », de même que « Les témoignages de la vie religieuse » par Bernard Clémençon ou encore la synthèse générale « Genèse et évolution d’une capitale », par Hélène Dartevelle, montrant l’emprise de l’héritage gaulois dans l’organisation de la ville nouvelle.

Abondamment illustré et d’une grande qualité de maquettage, d’impression et de reliure, cet ouvrage peut s’adresser, au-delà des chercheurs, aux habitants du bassin clermontois, comme à un public passionné d’Histoire et d’Archéologie.

Au titre de la recherche, l’État est le premier partenaire de l’Atlas. Ont contribué à la réalisation de cet ouvrage de référence : le service régional de l’archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes ; L’Inrap (institut national de recherches archéologiques préventives), partenaire scientifique de premier ordre par le nombre de jours de recherche consacré à l’atlas ; le CNRS et les chercheurs des universités de Rennes et de Paris-Sorbonne ainsi que les opérateurs d’archéologie préventive Hadès, Eveha et Archeodunum.

En termes de soutien financier, les collectivités se sont positionnées aux côtés de l’État : le département du Puy-de-Dôme, la Ville de Clermont, Clermont Auvergne Métropole, la Région et les communes de Ceyrat, Chamalières et Royat.

Augustonemetum Atlas topographique de Clermont-Ferrand, sous la direction de Hélène Dartevelle, Gollion, Infolio, mars 2022, 2 tomes, 1100 p., ISBN 978-2-88474-415-7

L’atlas est disponible en librairie ou à la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes – contact : helene.dartevelle@culture.gouv.fr

Les fortifications de l’oppidum de Gergovie

Conduits entre 2001 et 2008 sous la direction de Thomas Pertlwieser, des travaux de recherche consacrés aux fortifications de l’oppidum de Gergovie ont permis le repérage topographique d’une grande partie de leur tracé, complété depuis par un relevé LiDAR, et la réalisation de plusieurs fenêtres d’observation destinées à préciser ses caractéristiques architecturales et sa datation.

Cet ouvrage propose un bilan actualisé des découvertes réalisées sur l’oppidum de Gergovie depuis le XVIIIe s., de ses fortifications mais aussi des vestiges domestiques, funéraires et artisanaux révélés à leurs abords. Ces études témoignent de la participation du bassin clermontois au phénomène d’apparition de centres de pouvoirs fortifiés transalpins au passage des deux âges de Fer, et plus largement de l’occupation de Gergovie dès la guerre des Gaules, en faisant le principal centre de peuplement du territoire arverne tout au long de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. et jusqu’à la fin du règne d’Auguste.

Yann Deberge est archéologue protohistorien à l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), Centre de Clermont – Ferrand. Il a secondé Thomas Pertlwieser sur les fouilles de Gergovie (années 2006 et 2007) et a assuré une grande partie du travail d’étude. Il a dirigé la fouille de plusieurs sites de l’âge du Fer en Auvergne et est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages consacrés aux Arvernes.

Thomas Pertlwieser est archéologue protohistorien au Département d’archéologie préhistorique et historique de l’Université de Vienne (Autriche). Spécialiste des fortifications de l’âge du Fer, il a notamment travaillé sur les fortifications de Bibracte et du Mont Lassois. Il a assuré la direction des fouilles sur les remparts de Gergovie et est l’auteur de plusieurs articles sur les fortifications de l’âge du Fer.

Éditeur : Presses universitaires Blaise Pascal
Collection / Série : Terra Mater
Prix de vente au public (TTC) : 55 €
608 pages ; broché
ISBN 978-2-84516-850-3
EAN 9782845168503

Sépultures de chevaux devant Gergovie

Sous la direction de Sylvain Foucras

Huit hommes et huit chevaux inhumés, tous installés dans des positions similaires, allongés sur le flanc droit, les défunts reliés par le bras gauche tendu sur le visage. Des fouilles archéologiques mettent au jour à l’automne 2002 une sépulture multiple sur le site de Gondole, l’un des trois plus importants oppida d’Auvergne. Ces recherches révèlent alors une pratique d’inhumation aussi spectaculaire qu’inédite.

Cinq autres fosses sont découvertes peu après à proximité, au pied de Gergovie, chacune exclusivement comblée de squelettes de chevaux déposés avec soin, selon des agencements complexes. L’analyse de ces tombes équines montre rapidement de nombreux points communs avec la sépulture de Gondole, et amène les chercheurs à réfléchir à l’hypothèse d’une seule et même pratique rituelle, consistant à inhumer des chevaux par dizaines, au cœur de la cité des Arvernes et sur le lieu même de la bataille de Gergovie.

Quelles interprétations peut-on tirer de la disposition des squelettes équins ? À quelles fins étaient ensevelis ces chevaux ? Quels sens donner à ces pratiques d’inhumation ? L’examen des fosses et des squelettes exhumés retracé dans cet ouvrage vous livre les plus récentes hypothèses émises quant à ces énigmatiques pratiques, témoignant de la complexité des rituels perpétrés en Gaule entre la fin du second âge du Fer et le début de la période romaine.

Sylvain Foucras est docteur en archéologie, archéozoologue pour la société Archeodunum (UMR 5138). Spécialiste de la période gauloise, ses recherches s’intéressent notamment à la fonction des animaux dans les pratiques rituelles, funéraires ou religieuses. Il est l’auteur d’une thèse consacrée au rôle des animaux dans la société arverne de la fin de l’âge du Fer et de plusieurs publications scientifiques parmi lesquelles celles des sanctuaires de Corent et de Gergovie. Il coordonne actuellement un programme de recherche consacré au cheval entre la fin de la Protohistoire et le début de l’Antiquité.

Éditeur : Presses universitaires Blaise Pascal
Collection / Série : Terra Mater
Prix de vente au public (TTC) : 35 €
280 pages ; broché
ISBN 978-2-84516-851-0
EAN 9782845168510

Les mobiliers du second âge du Fer en Auvergne

Ce volume est l’aboutissement du projet collectif de recherche Chrono-typologie des mobiliers du second âge du Fer en Auvergne conduit entre 1999 et 2003. Il profite d’une moisson exceptionnelle de données archéologiques, résultat des campagnes de fouille programmée commencées dans les années 1960, ainsi que de l’essor de l’archéologie préventive depuis les années 1990.

Ouvrage publié avec le concours du ministère de la Culture et de la Communication, sous-direction de l’Archéologie et l’Inrap.

Issu de la collaboration de plus d’une vingtaine de chercheurs, il compile 93 notices descriptives et analytiques qui correspondent à des ensembles de référence choisis pour documenter la culture matérielle des Arvernes du Ve s. av. notre ère jusqu’à l’époque augustéenne.

Les lots étudiés sont issus, pour la plupart, de sites d’habitat (exploitations rurales, agglomérations de plaine ou oppida). Quelques ensembles funéraires, choisis pour illustrer des associations remarquables, ont également été retenus. Le mobilier archéologique est diversifié et abondant avec plus de 11 000 récipients en céramique commune, plus de 800 amphores et 360 importations originaires du pourtour méditerranéen, près de 340 objets de parure ou d’armement, 140 monnaies… ainsi que de très nombreux autres objets ou ustensiles domestiques.

L’ouvrage fait l’objet d’une présentation selon un même protocole, quel que soit la provenance géographique et la datation des éléments examinés, ce qui confère à l’ensemble une grande cohérence et permet l’établissement de comparaisons dans l’espace et le temps. Il dote l’Auvergne d’un premier catalogue typologique des formes des vases en céramique toujours associés aux autres catégories de mobilier archéologique (armement, parures, outils et ustensiles domestiques divers) et sert de base à l’établissement d’une périodisation en 13 étapes définies pour cette partie de la Gaule centrale.

Ce volume est le premier ouvrage d’une série consacrée à la chrono-typologie des mobiliers gaulois d’Auvergne. Il en constitue la base documentaire. Ces recherches sur les agglomérations secondaires et les espaces ruraux au sein desquels elles se développent mettent en lumière le riche potentiel d’études que la plupart de ces sites possèdent.

Archéologie en Auvergne

Associations archéologiques en Auvergne

Association de Recherches sur l’Antiquité tardive et le Moyen Age en Auvergne (ARAMEA)

Association du Site de Gergovie (ASG)

Groupe de Recherches Archéologiques de la Loire (GRAL)

Groupe de Recherche Archéologique Vellave (GRAV)

Laboratoire Universitaire d’Enseignement et de Recherche en archéologie Nationale (LUERN)

Société archéologique de la région d’Aurillac (SARA)


Liens Internet

Musée Archéologique de Gergovie

Site web de L. Andrieu : http://arvernie.free.fr/

Les Arverniales

Reconstitution de la bataille de Gergovie en bande dessinée


Web-conférences MSH Clermont-Ferrand

Gergovie : nouvelles recherches géoarchéologiques et paléoenvironnementales (A. Mayoral)

L’énigme des sépultures de chevaux au pied de Gergovie (S.Foucras)

6000 ans d’activités dans la plaine de Sarliève (R.Collas)

La nécropole romaine des Martres-de-Veyre (C.Breniquet)

Corent, ville d’époque romaine : dernières recherches archéologiques (M. Poux)

Recherches sur la périphérie sud de Clermont-Ferrand : les fouilles rue de Rabanesse (C. Mitton et D. Martinez)

Habitat et nécropole du Bronze ancien à l’âge du Fer, 1500 ans d’histoire en Limagne (F. Couderc)

Cartographie

Les Arvernes et leurs voisins, sur fond de carte administrative de l’Auvergne (d’après Trément 2007)
Les Arvernes et leurs voisins, sur fond de carte administrative de l’Auvergne (d’après Trément 2007)
Le territoire Arverne - Musée de Gergovie © Radio France - Valérie Pocheveux
Le territoire Arverne – Musée de Gergovie © Radio France – Valérie Pocheveux

Corent (63) – Oppidum de Corent

Type de projet : fouille programmée (“Corent (63) – Oppidum de Corent”)

Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l’âge du Fer en Auvergne, Puis LUERN

Responsables : V. Guichard; M. Poux

Présentation

Le Puy de Corent, vaste plateau volcanique situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, France), abrite un oppidum gaulois reconnu depuis longtemps par les prospections.

Corent (63) – Oppidum de Corent. Le Puy de Corent, vaste plateau volcanique situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, France), abrite un oppidum gaulois reconnu depuis longtemps par les prospections
Corent (63) – Oppidum de Corent (photo B. Dousteyssier)

Corent (63) – Oppidum de Corent. Sondages 1992-1993

Des sondages menés entre 1992 et 1993 par Vincent Guichard et John Collis au centre du plateau y ont mis en évidence un sanctuaire d’époque romaine, à galerie quadrangulaire périphérique de 70 m de côté, précédé de vestiges d’occupations datés du Néolithique moyen, de l’Âge du Bronze et de la Tène finale.


De cette époque date un premier lieu de culte fréquenté entre la fin du IIe et le début du Ier s. avant notre ère, matérialisé par un fossé d’enclos comblé de rejets fauniques sélectionnés (crânes de moutons) et diverses structures construites en tessons d’amphores : témoins des grandes quantités de vin et de viande vraisemblablement consommées sur le site dans le cadre de festins et de rites libatoires, associés à d’autres catégories d’offrandes – monnaies, parures, ossements humains et pièces d’armement mutilées, consacrées sur le modèle des grands sanctuaires guerriers de Gaule septentrionale.


Le décapage extensif du sanctuaire, qui a débutée en 2001, s’inscrit dans le cadre d’un projet triennal mené en collaboration avec l’ARAFA (Association pour la Recherche sur l’Âge du Fer en Auvergne), l’université de Lausanne (Suisse), l’université de Sheffield (Grande Bretagne) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

LUERN

A partir de 2009, une nouvelle association, LUERN, a pris le relai de l’ARAFA.

Matthieu poux dirige les fouilles actuelles sur le plateau de Corent. Un site dédié est consacré à ces recherches

Quand les Arvernes écrivaient le gaulois

Quand les Arvernes écrivaient le gaulois : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

En plein Vème siècle, Sidoine Apollinaire déclare que la noblesse arverne vient tout juste d’apprendre le latin et de se débarrasser de la « crasse » du gaulois (« sermonis Gallici squamam », Lettre à Ecdicius).

Quand les Arvernes écrivaient le gaulois. Couvercle de terra nigra avec inscription sur le pourtour.
La lecture de l’inscription a toujours été faite sur photos car l’objet avait disparu (RIG, 2002, L-65). Il a été retrouvé et est aujourd’hui exposé. On relève la présence probable du verbe d’offrande (i)euru.
Couvercle de terra nigra avec inscription sur le pourtour.
La lecture de l’inscription a toujours été faite sur photos car l’objet avait disparu (RIG, 2002, L-65). Il a été retrouvé et est aujourd’hui exposé. On relève la présence probable du verbe d’offrande (i)euru.

La lecture de l’inscription a toujours été faite sur photos car l’objet avait disparu (RIG, 2002, L-65). Il a été retrouvé et est aujourd’hui exposé. On relève la présence probable du verbe d’offrande (i)euru.

On sait pourtant que dès avant la conquête de César, les élites gauloises étaient formées à Rome. Les nobles gaulois avaient donc une ancienne tradition de bilinguisme latin-gaulois, dont on trouve plusieurs exemples parmi les personnages cités par César. Une pratique n’impliquant d’ailleurs pas une attitude pro-latine ou un parti pris défaitiste durant la guerre des Gaules. Néanmoins, après la conquête, et plus encore après l’écrasement des révoltes du Ier siècle (Sacrovir), on peut supposer que les élites ont adopté la langue du vainqueur, les inscriptions devenant très vite uniquement latines. L’épigraphie gallo-latine sur pierre semble être de courte durée (une ou deux générations) et très marginale, mais elle témoigne d’une phase de transition entre une affirmation de la culture gauloise et l’adoption totale de la culture latine (non seulement de son écriture, mais aussi de sa langue). Au niveau religieux, le gaulois disparaît des inscriptions de fondations officielles, et ne subsiste plus que dans des actes de magie, à caractère populaire.

Quand les Arvernes écrivaient le gaulois. Le "plat de Lezoux" (RIG, 2002, L-66), découvert en 1970
Ce long texte (environ 50 mots) a été écrit après cuisson sur un fond d’assiette. Trois essais d’analyse incitent à dire qu’il s’agit moins d’une « lettre », comme on l’a pensé, que d‘une suite de maximes morales, de préceptes,une sorte de « conseil au jeune homme ». Malgré la présence de mots d’analyse certaine, on est encore très loin d’avoir compris la signification générale du texte.
Le « plat de Lezoux » (RIG, 2002, L-66), découvert en 1970
Ce long texte (environ 50 mots) a été écrit après cuisson sur un fond d’assiette. Trois essais d’analyse incitent à dire qu’il s’agit moins d’une « lettre », comme on l’a pensé, que d‘une suite de maximes morales, de préceptes,une sorte de « conseil au jeune homme ». Malgré la présence de mots d’analyse certaine, on est encore très loin d’avoir compris la signification générale du texte.

Ce long texte (environ 50 mots) a été écrit après cuisson sur un fond d’assiette. Trois essais d’analyse incitent à dire qu’il s’agit moins d’une « lettre », comme on l’a pensé, que d’une suite de maximes morales, de préceptes, une sorte de « conseil au jeune homme ». Malgré la présence de mots d’analyse certaine, on est encore très loin d’avoir compris la signification générale du texte.

L’intérêt des inscriptions gauloises (il faut y inclure les légendes monétaires gauloises) tient au fait que ce sont des documents gaulois écrits par les Gaulois eux-mêmes. « C’est bien sûr la voie royale pour la connaissance du gaulois », écrit Pierre-Yves Lambert (La langue gauloise, Ed. Errance, 2e éd. 2003). Les progrès de l’archéologie ont permis de multiplier les trouvailles de graffites sur l’instrumentum (objets de la vie quotidienne, essentiellement des vases céramiques). Ces inscriptions de type familier (marques de propriété, etc.), le plus souvent en cursive mais parfois en capitales d’un style relâché par rapport aux inscriptions lapidaires, donnent une idée de l’emploi du gaulois dans l’écriture. On admet que le gaulois a été écrit sur l’instrumentum plus longtemps qu’il ne l’a été sur pierre.

Quand les Arvernes écrivaient le gaulois. Ce fragment d’assiette de sigillée lisse porte,semble-t-il, un message d’offrande ou de cadeau : un homme offre un canisron (pot en forme de corbeille) à une certaine Clebila (RIG,2002, L-68).
Ce fragment d’assiette de sigillée lisse porte,semble-t-il, un message d’offrande ou de cadeau : un homme offre un canisron (pot en forme de corbeille) à une certaine Clebila (RIG,2002, L-68).

Les centres d’industrie céramique (Montans, La Graufesenque, près de Millau, Banassac-La-Canourgue, Lezoux…) sont nés très tôt en Gaule romaine, pour la fabrication de sigillées destinées à concurrencer la production de la péninsule italienne. Bols, jattes, assiettes, plats, portent des inscriptions avant cuisson : messages publicitaires, sentences, formules de bienvenue, etc. Les inscriptions après cuisson sont plus personnelles : marques de propriété, signatures, dédicaces… Le Musée Départemental de la Céramique expose une vingtaine de graffites gallo-latins (la plupart sur céramique sigillée) mais en compte bien davantage. Trois des objets avec inscription conservés au musée sont présentés ici.

Les Arvernes

Les Arvernes. Auteur de la notice : John Collis, Jon Dunkley, Vincent Guichard, Christine Jouannet. Extrait d’un article publié dans les chroniques historiques du Livradois-Forez, n° 19 – 1997.

Les Arvernes apparaissent dans l’histoire à la fin du IIIème siècle av. J.-C., dans le récit de la seconde guerre punique.

Les Arvernes. Carte de la gaule.
Carte de la gaule.

Au IIème siècle av. J.-C., les Arvernes disposaient donc, si l’on en croit les auteurs classiques – notamment Strabon –, d’une grande puissance militaire et d’un pouvoir qui s’étendait à l’échelle de la Gaule. Comme cette réputation rehaussait le prestige des troupes romaines qui avaient anéanti l’armée arverne de Bituit dans la vallée du Rhône en 121, on peut soupçonner nos sources, toutes du parti des vainqueurs, d’avoir quelque peu exagéré la réalité.

La brève mais brillante apparition de Vercingétorix sur le devant de la scène militaire au cours de la dernière année de la guerre des Gaules est l’occasion pour le conquérant romain de réanimer les vieux clichés de propagande : selon César, les Arvernes jouissaient un siècle auparavant du contrôle (en latin : imperium) de la totalité de la Gaule.

Bien longtemps après, au début du XXème siècle, l’historiographie française a repris à son compte le même discours, pour servir des desseins tout différents. On parle désormais, à la suite de Camille Jullian, d’un « empire arverne », première réalisation d’une nation gauloise appelée à défier les siècles et les barbares germaniques, d’Arioviste à… Guillaume II. Même en se gardant de ces excès, explicables par le contexte politique dans lequel ils ont été forgés, il n’en demeure pas moins que les Arvernes sont parmi les populations de la Gaule chevelue les plus souvent et les plus anciennement citées par les auteurs antiques ; c’est donc une de celles qui jouissaient des rapports les plus réguliers avec le monde méditerranéen.

De là l’intérêt particulier de l’étude des vestiges archéologiques du second âge du Fer en Auvergne, intérêt rehaussé par la qualité et la densité de ces vestiges, unique à l’échelle de l’Europe moyenne. On n’insistera sur les problèmes de chronologie, pourtant cruciaux pour cette période où la France centrale entre dans l’Histoire et où l’on doit donc s’efforcer de replacer les observations archéologiques par rapports à des événements datés, comme la création de la province romaine de Gaule transalpine à la fin du IIème siècle av. J.-C., ou encore la conquête césarienne. On mesurera seulement à partir d’un exemple les progrès effectués dans ce domaine depuis quinze ans.

Au début des années 1980, il semblait en effet encore plausible de dater l’abandon du site de La Grande Borne, des années qui suivirent la conquête romaine. On pense maintenant que cela s’est produit un demi-siècle plus tôt, ce qui oblige à revoir complètement l’interprétation historique du phénomène.

Selon les sources antiques, on peut donc supposer qu’une population qui se désignait elle-même sous le nom d’Arvernes habitait dans le nord du Massif Central au moins depuis la fin du IIIème siècle avant J.-C. On ne peut pas espérer retracer les limites de son territoire à une période antérieure à la conquête. La délimitation de ce dernier est en revanche possible si on l’assimile à celui de la cité gallo-romaine qui lui fait suite. Celle-ci englobe la plus grande partie du diocèse de Clermont. A l’est, la limite avec les Ségusiaves est bien marquée par la ligne de crête élevée des monts du Forez. Au nord, elle s’enfonce en coin dans le département de l’Allier, au contact des Eduens et des Bituriges.

A l’ouest, la limite de diocèse semble prolonger fidèlement le tracé des confins avec les Lémovices, comme l’indique la désignation comme fines sur la Table de Peutinger d’une étape de la voie de Clermont à Limoges localisée à Voingt, à la limite de département.

C’est au sud que la restitution des limites est la plus incertaine, dans des zones peu peuplées au contact de régions qui subissaient la main-mise arverne (d’ouest en est : Rutènes, Gabales et Vellaves). Le petit diocèse du Puy, qui correspond assez précisément au bassin versant de la haute vallée de la Loire en amont des gorges qui marquent son entrée dans le Forez, perpétue sans doute les limites de la cité vellave.

Ainsi circonscrite, la cité arverne s’identifie à un domaine géographique centré sur la dépression des Limagnes et environnée quasiment de toutes parts de larges zones de confins bien moins hospitalières, pour lesquelles on dispose d’une documentation archéologique assez indigente sur la période. Cette indigence s’explique sans doute par une faible densité d’occupation ancienne, amplifiée par une faible activité moderne génératrice de travaux et de découvertes archéologiques.

La dépression des Limagnes bénéficie de deux avantages. C’est à la fois le point d’aboutissement de tous les itinéraires issus des massifs périphériques et une région extraordinairement propice à l’agriculture à cause de sols très fertiles et faciles à travailler, les « terres noires ». Ces qualités s’accompagnent néanmoins d’une réserve : le caractère naturellement palustre de cet environnement, qui ne peut être maîtrisé qu’au prix d’importants travaux de drainage. Le développement de l’emprise humaine sur les Limagnes exige et reflète à la fois l’émergence d’une population nombreuse et d’une organisation sociale capable de coordonner ces travaux.

On a longtemps cru que la documentation disponible sur l’occupation protohistorique des plaines de la Limagne présentait, sous son apparente richesse, des lacunes qui correspondaient à des périodes d’abandon total, en particulier pour la période moyenne de l’âge du Fer.

C’est en particulier le modèle défendu par Daugas et Tixier, qui corrèlent ces supposées lacunes du peuplement avec des périodes de péjoration climatique. En réalité, l’affinement de la connaissance des mobiliers et la multiplication des prospections et des fouilles de sauvetage conduisent à une tout autre vision, du moins pour l’âge du fer.

On sait désormais que la période des VIIème-IVème siècle – qui correspond pourtant au maximum de la péjoration climatique de l’âge du Fer – est bien représentée, mais surtout par des sites modestes, très difficiles à repérer. Un certain nombre de ces sites a été identifié grâce au suivi systématique de travaux de drainage et de remembrement, dans le nord de la Limagne, ou encore à l’occasion de fouilles de sauvetage. Les fouilles récentes liées à la construction de la bretelle autoroutière A 71, au nord-est de l’agglomération clermontoise, ont ainsi conduit au repérage de deux sites du VIème siècle (dont un associé à un cimetière) et de deux sites du IVème siècle.

L’avancée la plus spectaculaire des connaissances concerne toutefois la période suivante, les IIIème et IIème siècle av. J.-C. Des prospections systématiques développés depuis une trentaine d’années et de la multiplication des fouilles de sauvetage, il résulte en effet une liste pléthorique de sites de tailles très diverses se rapportant à cette époque.

Pour bien mesurer à quel point notre perception du peuplement régional à la fin de l’âge du Fer a été bouleversée au cours de la dernière décennie, il faut se rappeler que, jusqu’à la fin des années 1970, on ne connaissait qu’un seul site clairement identifié de cette période, celui de La Grande Borne. La densité de peuplement la plus forte est enregistrée dans la région de Clermont-Ferrand, qui est aussi la plus intensément prospectée.

De l’âge du Bronze au premier âge du Fer

Article initial : De l’âge du Bronze au premier âge du Fer, publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008″ qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteur : Pierre-Yves Milcent

  • I – L’occupation du sol et les dépôts du Bronze final
  • II – La genèse de l’Age du fer : la fin d’un mythe
  • III – Des hommes et des femmes
  • IV – L’émergence de nouveaux systèmes

Au deuxième millénaire av. J.-C., la pleine maîtrise de la métallurgie des alliages cuivreux est acquise. Le bronze apparaît au début de cette période puis est substitué très progressivement au cuivre, au silex ou à l’os pour la fabrication d’objets. L’obtention de cet alliage nécessite l’intensification des réseaux d’échanges à longue distance dans la mesure où les sources d’approvisionnement des deux métaux constitutifs du bronze ne sont pas localisées, sauf exception, dans les mêmes régions : le cuivre est surtout réparti depuis les Alpes jusqu’à la mer Noire, tandis que les ressources en étain se trouvent principalement concentrées sur la façade atlantique de l’Europe. Le contrôle de l’exploitation et de la circulation de ces métaux a eu pour effet de favoriser la circulation des hommes et des idées, mais il a contribué aussi au renforcement de la hiérarchisation sociale.

Les gisements d’étain du Massif central, dont ceux que l’on connaît dans les Combrailles, ne sont certainement pas étrangers au développement d’une métallurgie bien attestée dès l’âge du Bronze moyen en Auvergne, et qui remonte probablement au Bronze ancien. Toutefois, ils ne doivent pas faire oublier que la région disposait de bien d’autres ressources minérales susceptibles d’être exploitées durant la Protohistoire : l’or, l’argent, le lignite ou encore le sel. Jusque vers 1400 av. J.-C., le bronze est un alliage d’abord réservé à l’élite : il sert surtout à fabriquer des armes (poignards puis épées, pointes de lance), des parures luxueuses et de nombreuses haches dont l’usage n’était pas strictement agricole puisqu’elles pouvaient tout aussi bien servir d’arme ou d’objet à valeur d’échange ; n’oublions pas non plus que le bronze, une fois lustré, présente un éclat proche de celui que possède l’or, métal du pouvoir par excellence. La métallurgie reste donc essentiellement confinée à la sphère de l’économie du prestige social et, en ce sens, le Bronze ancien et le Bronze moyen apparaissent dans la continuité de l’âge du Cuivre. Au Bronze moyen, on assiste pourtant à une cristallisation lente de groupes culturels dont les assises géographiques persisteront à l’âge du Fer. L’Auvergne se fond dans une vaste entité culturelle qui couvre tout le centre de la France, depuis la Charente jusqu’au cours supérieur de la Loire. Ce domaine de la France centrale est largement ouvert aux contacts, aux influences, sans doute grâce au réseau hydrographique ligérien qui relie l’ouest de la France à l’est, le Midi au Bassin parisien. L’affluent qu’est l’Allier permet à l’Auvergne de détenir une position clef dans les réseaux de contacts nord-sud qui s’articulent sur le bassin de la Loire.

De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Occupations identifiées en Basse Auvergne au Bronze final 3 (950-800 av. J.-C.).
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Occupations identifiées en Basse Auvergne au Bronze final 3 (950-800 av. J.-C.).
1 : Bègues, 2 : Gergovie, 3 : Corent

I – De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. L’occupation du sol et les dépôts du Bronze final

De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Site fortifié du Bronze final (Prospection B. Dousteyssier)
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Site fortifié du Bronze final (Prospection B. Dousteyssier)

La documentation que l’on peut mobiliser pour le Bronze final (1350-800 av. J.-C.) montre une forte densité de découvertes pour les plaines des Limagnes d’Auvergne et leurs abords. Ce constat tient bien sûr à l’activité de la recherche archéologique, plus intensive ici qu’ailleurs, notamment dans la région clermontoise. Il faut reconnaître toutefois que certains traits de ces micros régions – fort potentiel agricole, proximité avec des zones de plateau propices à l’élevage et au refuge, possibilités d’accès à des biotopes diversifiés, situation privilégiée du point de vue des axes de communication – ont certainement favorisé les concentrations humaines. Au sud de la Grande Limagne d’Auvergne, les principaux reliefs qui barrent la dépression de l’Allier sont occupés et parfois fortifiés lorsque les défenses naturelles ne suffisent pas comme au Puy de Mur à Dallet.

De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Allanche (Cantal) : Tumulus en cours de dégagement (fouille et cliché P.-Y. Milcent)
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Allanche (Cantal) : Tumulus en cours de dégagement (fouille et cliché P.-Y. Milcent)

L’importance des établissements de hauteur varie au cours du Bronze final et traduit peut-être une forme de compétition d’un territoire à un autre, ou du moins une certaine instabilité dans les formes d’organisation de l’habitat. Au Xe s. av. J.-C. par exemple, le plateau basaltique du Puy de Corent présente les traces d’un établissement humain dense et très étendu (5 ha au minimum), tandis qu’au IXe s. av. J.-C., c’est au contraire la butte de Gergovie et le sommet du Puy Saint-André à Busséol qui paraissent les plus densément investis. Hormis le Puy de Corent, les fouilles réalisées sont encore trop restreintes pour que l’on puisse cerner précisément le statut et les fonctions de ces établissements. L’étendue des rejets domestiques du Bronze final à Corent, leur richesse en mobilier métallique parfois exotique (épingles, couteaux, faucilles, bracelets…), donnent à penser que certains établissements correspondaient à des villages contrôlant un espace agricole étendu ainsi que des activités liées à la production artisanale, métallurgique notamment, et aux trafics à moyenne et longue distances. Autour de Corent, et plus largement dans la région clermontoise, la densité d’établissements de hauteur est exceptionnelle. Dans le reste de l’Auvergne, les sites de même nature, essentiellement des éperons barrés, sont nettement plus dispersés, mais ils commandent eux aussi des itinéraires ou l’accès à des ressources enviées. On constate par ailleurs une concentration remarquable de dépôts d’objets en bronze autour de ces centres aux derniers siècles du Bronze final, ce qui ne peut être fortuit. A l’image des fortifications qui mobilisent une abondante main-d’œuvre, ces stocks métalliques constituent un investissement important (en métal et en objets manufacturés), de même qu’une forme d’ostentation qui semble passer par l’abandon ou la destruction volontaire et ritualisée de richesses. L’Auvergne détient un record en la matière dans le secteur de Bègues : neuf dépôts de bronzes, datés pour la plupart des Xe et IXe s. av. J.-C., sont connus dans un rayon de 5 km autour d’un éperon barré du Bronze final installé à l’aplomb de la vallée de la Sioule et au débouché d’une voie reliant la Limagne au Berry ; l’un d’entre eux, à Jenzat, recelait deux exceptionnelles roues de char coulées en bronze. La constitution de dépôts d’objets hors sépulture, une pratique qui remonte au moins au Néolithique, trouve un point d’orgue au IXe s. av. J.-C. Elle participe alors d’un marquage des principaux centres territoriaux et atteste l’existence de milieux aristocratiques puissants.

II – De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. La genèse de l’âge du Fer : la fin d’un mythe

A compter du VIIIe s. av. J.-C., l’Auvergne, comme les autres régions de la France centrale et orientale, voit l’extension rapide de nécropoles à inhumations sous tumulus. Cette pratique funéraire n’est pas spécifique au premier âge du Fer, mais c’est à cette époque qu’elle devient la plus répandue.

Allanche (Cantal) : Tumulus en cours de dégagement.
Ce site a été sans doute construit au Bronze ancien puis 
réutilisé au Hallstatt moyen pour l’inhumation d’une 
sépulture féminine (fouille et cliché P.-Y. Milcent)
Allanche (Cantal) : Tumulus en cours de dégagement.
Ce site a été sans doute construit au Bronze ancien puis
réutilisé au Hallstatt moyen pour l’inhumation d’une
sépulture féminine (fouille et cliché P.-Y. Milcent)

Entre 800 et 650 av. J.-C. environ, il n’est pas rare que des défunts de sexe masculin soient ensevelis avec une épée en bronze ou en fer. Les protohistoriens, surtout après la Seconde Guerre mondiale, ont longtemps considéré qu’il s’agissait là de tombes de cavaliers originaires d’Europe centrale et parvenus à l’ouest du Rhin à la faveur d’une vague d’invasion. L’hypothèse d’une intrusion militaire permettait de trouver une explication simple au passage de l’âge du Bronze à l’âge du Fer et au problème de l’origine des Celtes : outre leur domination militaire, les guerriers « hallstattiens » auraient imposé leur culture matérielle, leurs techniques plus évoluées (la sidérurgie notamment), leurs coutumes, leur langue, et auraient ainsi préparé le terrain à d’autres vagues de peuplement celtique, celles de l’époque de La Tène.

Tesson à décor incisé ornithomorphe du IX ème siècle av. J.-C.
Puy de Corent (Puy-de-Dôme).
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Tesson à décor incisé ornithomorphe du IX ème siècle av. J.-C.
Puy de Corent (Puy-de-Dôme)

En Auvergne, les peuples hallstattiens se seraient installés sur les hauteurs pour y demeurer jusqu’au second âge du Fer, laissant pour trace la « céramique des plateaux ». La question du passage de l’âge du Bronze à l’âge du Fer se pose aujourd’hui en des termes bien différents. La céramique du début de l’âge du Fer, que l’on trouve en réalité sur des habitats en bas de versant et en plaine plutôt que sur des points hauts, ne montre pas de rupture avec les productions du Bronze final, malgré l’apparition d’une nouvelle technique décorative, la peinture au graphite, d’aspect argenté, qui remplace les décors du Bronze final constitués de lamelles d’étain collées. Les pratiques funéraires qui se développent au VIIIe s. av. J.-C. ne sont ni exogènes, ni nouvelles, puisque l’inhumation sous tumulus existait déjà, de manière exceptionnelle toutefois, au Bronze final. Le fer, quant à lui, apparaît timidement dès l’âge du Bronze et demeure, de toute façon, un métal d’importance anecdotique jusqu’à une époque assez avancée de l’âge du Fer (fin du VIIe s. av. J.-C.).

Terrine carénée à décor peint au graphite.
Hallstatt moyen, Corent (dessin C. Pouget)
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Terrine carénée à décor peint au graphite.
Hallstatt moyen, Corent (dessin C. Pouget)

Enfin, la thèse de l’origine orientale de l’équipement des premiers guerriers « hallstattiens » doit être abandonnée, dans la mesure où nous avons pu récemment démontrer que les épées, rasoirs et autres objets dits « hallstattiens » d’Europe ont d’abord été développés dans le domaine atlantique, autour de la Manche orientale, avant d’être diffusés vers la France centrale et l’Est par l’intermédiaire de réseaux d’échanges aristocratiques. L’abandon des anciennes théories « invasionnistes » ne signifie pas pour autant que la transition Bronze-Fer se résumerait à un passage graduel et presque insaisissable d’une période à l’autre. L’étude sur la longue durée de l’occupation des sols en Auvergne montre ainsi que le VIIIe s. av. J.-C. correspond à une période où les sites de hauteur sont largement délaissés, tandis que de nouvelles terres semblent colonisées en fond de vallée, en dépit d’une péjoration climatique.

Dans le sud de la Limagne, les fouilles récentes, celles qui furent conduites sur le tracé de l’autoroute A 710 en particulier, confirment l’occupation dense au premier âge du Fer de bordures de cuvettes palustres, un milieu où les établissements de la fin de l’âge du Bronze font figure de rareté. Si l’on considère désormais les pratiques de déposition ritualisée, les changements sont plus tranchés encore avec la disparition brutale des dépôts d’offrandes métalliques vers 800 av. J.-C. et la multiplication concomitante des épées en contexte sépulcral. Ce mouvement de balancier au bénéfice des dépôts funéraires trahit, comme l’introduction de l’armement « hallstattien », une profonde transformation de l’idéologie symbolique des élites sociales, sans qu’il faille supposer pour autant un renouvellement de population.

III – Des hommes et des femmes

Si les cimetières tumulaires attestent le caractère privilégié des hommes au début du premier âge du Fer, en particulier des porteurs d’épée, les femmes laissent peu de traces au même moment. Ce n’est qu’à partir de l’étape moyenne du premier âge du Fer, entre 650 et 510 av. J.-C., qu’un basculement s’opère. Les armes n’étant plus déposées en contexte funéraire, les sépultures masculines deviennent à leur tour extrêmement sobres tandis qu’à l’inverse, les contextes féminins font l’objet d’un enrichissement parfois exceptionnel. Des parures à l’aspect baroque et varié, ornées de symboles astraux, nécessitant un lourd investissement en termes de technique et de matériaux, peuvent accompagner dans leur tombeau des personnages féminins qui bénéficient par ailleurs de l’édification d’un tertre tumulaire.

Un des tumulus de Mons (Cantal). Vue sur le rebord du plateau.
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Un des tumulus de Mons (Cantal). Vue sur le rebord du plateau.

Dans le Cantal, le cimetière aristocratique de Mons illustre cette forme de substitution des femmes aux hommes dans le monde des morts. C’est à la même époque que l’on voit réapparaître, en Haute-Auvergne et en Velay, la pratique des dépôts volontaires d’objets métalliques. Ces dépôts non funéraires, dont le plus spectaculaire est celui de la Mouleyre à Saint-Pierre-Eynac (Haute-Loire), réunissent presque exclusivement des bijoux intacts qui forment des équipements cohérents ayant appartenu à des sujets féminins. Comme dans les tumulus, ces parures sont les vestiges imputrescibles de costumes cérémoniels féminins qui, de toute la Protohistoire, n’ont jamais été aussi fastueux. L’importance que prennent certaines femmes dans les contextes archéologiques dépasse largement le cadre auvergnat et pose des difficultés d’interprétation. Il est probable qu’elle corresponde à une nouvelle définition du rôle respectif des hommes et des femmes au sein de la famille, du moins dans les milieux privilégiés. Peut-on considérer qu’un nouveau système de parenté, matrilinéaire, fut promu à cette époque ? Dans un tout autre domaine, celui des modes d’habitat, l’étape moyenne du 1er âge du Fer correspond également à une évolution importante avec la réapparition des occupations de hauteur. Le site le mieux documenté aujourd’hui est en cours de fouille au centre du plateau de Corent : il s’agit d’une agglomération dont l’extension paraît importante (plus d’un hectare) et pour laquelle plusieurs unités domestiques livrent un niveau d’occupation bien conservé par un incendie violent. Ce niveau est riche de céramiques écrasées en place qui illustrent toutes les catégories fonctionnelles (vases en pâte fine à décor graphité notamment), mais, à la différence des occupations de l’âge du Bronze final, il est assez pauvre en mobilier métallique (les objets en fer demeurent exceptionnels) ; il recueille cependant quelques fibules qui attestent aussi bien des contacts avec l’est de la France qu’avec le domaine ibéro-languedocien. En l’absence de traces d’activité artisanale, la partie fouillée de cet établissement paraît consacrée uniquement à une économie de subsistance.

IV – L’émergence de nouveaux systèmes

La fin du VIe et le Ve s. av. J.-C. inaugurent une troisième et dernière étape du premier âge du Fer, mais celle-ci demeure peu documentée en Auvergne, essentiellement pour des raisons liées aux hasards des recherches, semble-t-il. Les documents disponibles suggèrent une réoccupation plus intensive des sites de hauteur qu’à l’étape précédente, une large ouverture aux influences et aux échanges, en particulier en direction de l’est et du sud. L’Auvergne, bien qu’elle participe encore de la zone de production de la céramique graphitée centrée sur le Limousin, constitue alors la région la plus occidentale du domaine hallstattien avec le Berry. Quelques importations d’origine méditerranéenne (œnochoé et bassin étrusques en bronze, céramiques attiques, amphores vinaires d’Étrurie et de Marseille) suggèrent, comme en Berry, Orléanais et Bourgogne, l’existence de centres de contacts à longue distance orientés principalement en direction du Languedoc, de la Provence et de l’Italie septentrionale. L’un d’entre eux est identifié sur l’éperon barré de Bègues (Allier), qui a livré des fragments de plusieurs vases grecs et étrusques. Du point de vue des systèmes d’organisation et d’occupation du territoire, cette situation n’est pas sans rappeler celle qui prévalait au Bronze final et suggère que d’autres relais des grands réseaux d’échanges du Ve s. sont à rechercher dans les environs de Clermont-Ferrand, un secteur qui commande l’accès au Languedoc par les Causses.

Fibule en bronze à arc foliacé et orné d’une spirale, d’origine 
ibéro-languedocienne. Puy de Corent, fin du VIIe s. av. J.-C.
De l’âge du Bronze au premier âge du Fer. Fibule en bronze à arc foliacé et orné d’une spirale, d’origine
ibéro-languedocienne. Puy de Corent, fin du VIIe s. av. J.-C.

L’extension des réseaux d’échanges et l’interaction des idées a aussi pour effet de donner naissance à la fin du premier âge du Fer à une nouvelle culture matérielle, réservée pour l’essentiel et dans un premier temps aux élites sociales de l’Europe tempérée : la « civilisation » de La Tène. L’intégration à la sphère culturelle et matérielle laténienne s’effectue en Auvergne, comme dans le reste du centre-est de la France, de façon variable et complexe au Ve s. av. J.-C. Pour ne fournir que quelques exemples, dans le domaine de la culture matérielle, l’adoption des standards laténiens peut être aussi bien précoce que tardive : à une apparition locale de céramiques fines tournées à profil sinueux, dès le 2e quart du Ve s. av. J.-C., répond l’usage prolongé de la fibule à pied en timbale de tradition hallstattienne jusqu’à la fin de ce siècle ; de nouvelles pratiques funéraires (inhumations en fosse) aboutissent certes à l’abandon des ensevelissements en tumulus, mais on observe que les premières tombes de « type » laténien sont intégrées à des espaces funéraires généralement plus anciens et, surtout, qu’elles ne rompent pas avec les usages du premier âge du Fer concernant l’absence de vase et de dépôt alimentaire, ou encore l’habillement et la disposition des corps. Peut-être est-ce dans ce contexte historique nouveau que les populations façonnèrent plus nettement leur conscience d’appartenir à une même entité ethnique, celle des Arvernes.

Les Arvernes. Peuple celtique d’Auvergne

Les Arvernes. Peuple celtique d’Auvergne : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008″ qui nous a aimablement autorisé à le reproduire.

Parce que les Romains eurent à pâtir à plusieurs reprises de leur puissance militaire, une première fois en 121 avant J.-C., une seconde en 52 avant J.-C., les Arvernes tiennent une place particulière parmi les peuples de la Gaule. Quelques décennies après la bataille de Gergovie, le géographe grec Strabon n’hésite pas à affirmer que leur pouvoir s’étendait autrefois « sur toute la Gaule, jusqu’à Narbonne et aux confins du territoire de Marseille, des monts Pyrénées jusqu’à l’Océan et au Rhin ». C’est une formule à l’évidence excessive pour indiquer que les Arvernes furent un peuple influent à l’échelle du territoire récemment conquis par César. Elle eut pourtant une belle postérité, puisqu’elle permit aux historiens modernes, Camille Jullian en tête, de forger le concept d’un « empire arverne » qui avait défié l’envahisseur romain… comme la France de la 3e République préparait la revanche contre l’ennemi allemand. La notion d’empire arverne a fait long feu, même si le concept a longtemps été invoqué par les numismates à l’appui de la thèse selon laquelle les Arvernes auraient longtemps eu le monopole de l’émission de la monnaie d’or en Gaule, aux IIIe et IIe siècles avant J.-C., thèse qu’il est en fait bien difficile d’étayer par les données archéologiques.

Néanmoins, la prééminence des Arvernes dans la Gaule de la fin de l’âge du Fer ne peut être niée. Au contraire, l’intense activité de recherche archéologique menée en Auvergne ces dernières années dont ce dossier se veut le reflet dévoile une population singulièrement nombreuse, au moins dans les bassins très fertiles des Limagnes, fondée sur une agriculture prospère, douée d’un sens artistique armé avec une étonnante production de céramique peinte, sans comparaison dans le monde celtique et précocement ouverte aux contacts avec le monde méditerranéen.

Ce dossier ne prétend pas couvrir systématiquement les acquis récents de la recherche que l’on trouvera plus précisément exposés dans les actes d’un colloque récemment tenu à Clermont-Ferrand. Il propose plutôt des coups de projecteur sur quelques facettes de ces acquis. La part belle est faite aux sites majeurs que sont les trois oppida du bassin de Clermont (Corent, Gondole et Gergovie), qui font en ce moment l’objet d’importantes fouilles animées par l’Association pour la recherche sur l’âge du Fer en Auvergne, puisque c’est une originalité de l’Auvergne que de connaître encore une activité de fouilles programmées suffisamment soutenue pour structurer la recherche archéologique régionale. L’archéologie de sauvetage est également très active, notamment dans la région clermontoise.

Le territoire que l’on peut restituer aux Arvernes est entièrement intégré dans les limites de la région Auvergne. Le département de l’Allier, au nord, est situé pour partie sur le territoire des Eduens et pour partie sur celui des Bituriges. La situation est plus confuse dans le sud de la région. Le département de Haute-Loire se superpose grosso modo au territoire des Vellaves, peuple client des Arvernes selon César. Leur principal oppidum semble être le plateau de Marcilhac, à quelques kilomètres de leur chef-lieu gallo-romain, Ruessio (Saint-Paulien). L’influence arverne se déployait au-delà des limites de l’Auvergne administrative, vers le sud, chez les Cadurques et les Gabales, également rangés par César parmi leurs clients.

Les marges du territoire arverne sont peu évoquées dans ces pages, parce que l’activité de recherche y est moins intense aujourd’hui, notamment en Haute-Auvergne et dans le Velay. Le nord de la région est mieux servi, avec des résultats importants en Bourbonnais, aux confins des territoires arverne, éduen et biturige (découverte d’un nouvel oppidum à Cusset, fouille du rempart de l’oppidum de Châteloy à Hérisson…) et les nombreuses fouilles de sauvetage qui se succèdent de façon régulière dans le département de l’Allier. On attend beaucoup dans ce domaine du programme collectif de recherche sur l’habitat protohistorique fortifié en Auvergne.

Les Arvernes. Peuple celtique d'Auvergne - Les Arvernes et leurs voisins (sur fond de carte administrative de l’Auvergne ; d’après Trément 2007)
Les Arvernes et leurs voisins (sur fond de carte administrative de l’Auvergne ; d’après Trément 2007)

Les périodes antérieures à l’entrée des Arvernes sur la scène historique, aux IIIe-IIe siècles avant J.-C., sont également difficiles à aborder, surtout par manque de sites qui focalisent l’attention tels que les oppida et grandes agglomérations de la période finale de l’âge du Fer. On constate néanmoins que les oppida ont été précédés par des phases de perchement de l’habitat qui s’accompagnent de concentrations importantes de population dès la fin de l’âge du Bronze. Dans un autre domaine, les traces souvent ténues mais nombreuses des installations agricoles qui ont précédé l’essor démographique du IIe siècle avant J.-C. comblent progressivement un vide archéologique correspondant aux premiers siècles du second âge du Fer. Les nécropoles tumulaires du haut-plateau cantalien forment un autre beau dossier à peine valorisé aujourd’hui.

Au total, la très grande majorité de la documentation nous ramène à la période finale de l’âge du Fer et au bassin de Clermont-Ferrand. Il faut y voir le résultat de deux phénomènes superposés. Le plus évident est la forte concentration actuelle de la population et de l’activité économique dans ce secteur, ce qui engendre de très nombreuses opportunités d’explorer le sous-sol. Le second est bien le constat que cette polarisation du territoire arverne sur le bassin de Clermont-Ferrand est une affaire qui dure depuis le IIIe siècle avant J.-C., époque à laquelle commence à se constituer l’agglomération d’Aulnat-Gandaillat-La Grande Borne.

Ce territoire restreint du bassin de Clermont, qui mesure au plus 20 x 10 km, pose des interrogations qui transparaissent bien dans les pages qui suivent. A un premier regroupe-ment d’activité en plaine sur le site d’Aulnat-Gandaillat, probablement étendu de quelque 200 ha, succède au Ier siècle avant notre ère une triade de grands oppida regroupés dans un mouchoir de poche : Corent, Gondole et Gergovie forment un triangle équilatéral de 6 km de côté, tandis que le territoire environnant ces sites semble largement déserté à la même époque. La grande question du moment est bien sûr de comprendre les raisons d’être d’un scénario aussi inhabituel dans le monde celtique. On constate que les périodes d’occupation des trois oppida ne coïncident que partiellement, avec une antériorité de Corent sur les deux autres, Gergovie étant le site qui livre les vestiges les plus récents. Les contributions qui suivent proposent différentes hypothèses : considérer pour le milieu du Ier siècle avant J.-C. ces différents pôles d’activité proches comme les éléments d’une seule métropole au tissu très lâche, qui pourrait être la Nemossos de Strabon ; réduire Gergovie au statut de première capitale romaine du peuple arverne, dans les décennies qui suivent la guerre des Gaules… Reste que les dégagements sont encore très limités sur chacun des gisements en termes de surface explorée et portent sur des vestiges de nature différente le cœur de l’oppidum à Corent, les fortifications à Gergovie, une périphérie de l’oppidum à Gondole. Il est donc prématuré de conclure et il faut se réjouir de la possibilité qui nous est donnée de pour-suivre l’enquête par des chantiers ouverts simultanément sur chacun des sites clés du problème.

En dernier lieu, soulignons ce qui motive l’édition de ce dossier : rendre compte des résultats de recherches qui restent jusqu’à pré-sent peu divulguées en dehors d’un cercle ré-duit de spécialistes, parce que les moyens ne sont pas disponibles régionalement pour restituer les travaux des archéologues au grand public. En l’absence de musée disposant de la mission de valoriser l’archéologie et pourvu des moyens ad hoc à Clermont-Ferrand, les résultats évoqués ici dorment dans des car-tons. En l’absence de perspectives d’exposition, les objets sont très rarement restaurés et il est paradoxalement difficile de regrouper au pied levé suffisamment d’images de qualité pour illustrer un tel dossier. Concluons donc par un vœu : que les pouvoirs publics réunissent leurs moyens pour construire une vitrine de l’archéologie auvergnate digne d’un patrimoine que nous envie l’ensemble de la communauté scientifique européenne.

750 à 20 avant J.- C. La révolution du Fer

750 à 20 avant J.- C. La révolution du Fer. Auteur de la notice : Y. Deberge, 2008

I – La maîtrise de la métallurgie du fer

Vers 700 av. J.-C., les civilisations de l’âge du bronze vont s’effacer devant de nouvelles ethnies maîtrisant la métallurgie du fer, connue depuis le IIème millénaire avant notre ère par les Hittites d’Asie Mineure. Il s’agissait peut-être déjà des Celtes qui seront bientôt à l’apogée de leur puissance. Le berceau de la civilisation celtique se situe en Europe Centrale.


Du Vème au IIIème siècle av. J.-C., leur aire d’occupation s’étend vers les Îles Britanniques, l’Espagne, la France du Sud, l’Autriche, la Mer Noire et l’Italie centrale. Sur ces terres, les Celtes fusionnent avec les peuplades indigènes. C’est le cas des Gaulois, qui forment un élément important de cette civilisation. Seule la langue unit ces tribus qui ne forment ni une race, ni une nation, ni une ethnie, ni un état. Quoi qu’il en soit, la possession du fer assure à ces populations leur supériorité sur les terres qu’ils occupent.


Le fer est un métal facile à exploiter, bien plus répandu dans la nature que le cuivre et l’étain, et épargnant par conséquent des échanges commerciaux complexes. En outre, il est plus résistant que le bronze. C’est surtout dans la fabrication des armes que se révèle la maîtrise du minerai de fer : l’épée et les pointes de flèche par exemple ; mais aussi dans l’agriculture : les socs des araires, les houes, les pioches améliorent grandement les techniques agricoles. En effet, ces outils, plus solides et plus tranchants, permettent de travailler des sols humides ou lourds.

II – Deux périodes

Cette La révolution du Fer donne naissance à ce qu’on appelle l’âge du Fer, divisé en deux périodes :

  • le premier âge du Fer (de 750 à 450 av. J.-C.), que les archéologues appellent Hallstatt du nom d’un village de la haute Autriche, près de Salzbourg, où des fouilles effectuées au siècle dernier ont révélé l’existence d’une très riche nécropole – près de deux mille tombes contenant des objets en fer – liée à une mine de sel.
  • le second âge du Fer (de 450 à 20 av. J.-C) dit civilisation de La Tène (dite laténienne), du nom d’un site en bordure du lac de Neuchâtel, en Suisse, qui a livré des tombes d’une grande richesse, remplies d’armes, de fibules et de bijoux, et qui sert de base de référence pour les datations chronologiques.

Le deuxième âge du Fer

Le deuxième âge du Fer. Auteur de la notice : anonyme.

Le deuxième âge du Fer. Tombe féminine du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)
Le deuxième âge du Fer. Tombe féminine du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)

La société gauloise est essentiellement agricole. Le lin comme le chanvre sont cultivés et servent à la fabrication des tissus. Les myrtilles, le pastel ou l’airelle sont employés pour la teinture car les Gaulois aiment les couleurs vives. Pour l’alimentation, les cultivateurs produisent du blé amidonnier (riche en amidons), de l’orge, des lentilles et des pois. Ces céréales sont consommées en bouillies et galettes, parfois agrémentées de raisins secs, de dattes ou de noix.


A sa tête, se trouve une aristocratie terrienne. Celle-ci est en relation constante avec l’ensemble du monde celtique qui possède une certaine homogénéité même s’il est composé d’une multitude de tribus indépendantes les unes des autres. Mais au début du Ier siècle avant notre ère, l’intensification des relations commerciales avec le Monde Méditerranéen va favoriser l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale. Il va s’ensuivre une relative décadence de cette aristocratie terrienne, au moins sur le plan politique.


Les druides sont des personnages importants de la société celte et paraissent avoir été au cœur de la religion. Chefs religieux, recrutés dans la noblesse, ils règlent les pratiquent cultuelles et président aux sacrifices… En outre, ils occupent des fonctions juridiques et sont chargés de l’éducation des jeunes nobles et de la transmission des épopées. Les druides forment un  » clan  » avec, au sommet, un chef élu.

Le deuxième âge du Fer. Nécropole de Sarliève
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Le deuxième âge du Fer. Nécropole de Sarliève
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte

Vercingétorix, le plus célèbre des Arvernes

Vercingétorix, le plus célèbre des Arvernes : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteur de la notice : Françoise Melmoth

  • I – Que savons-nous de Vercingétorix ?
  • II – Quelles relations Vercingétorix entretint-il avec César avant l’année 52 av. J.-C. ?

I – Que savons-nous de Vercingétorix ?

Vercingétorix, c’est d’abord un nom propre, mentionné chez huit auteurs anciens : César, Tite-Live, Strabon, Plutarque, Florus, Polyen, Dion Cassius et Orose. A part Plutarque (qui l’estropie) et certains manuscrits de Strabon (qui offrent une variante en – rigos), toutes les sources, monnaies comprises, donnent Uercingetorix, « Roi suprême des guerriers », composé du préfixe uer(o), ‘sur-, super-’, de cinget(o)-, ‘guerrier, héros’ et de rix (= riks), ‘roi’, élément le plus fréquent des noms de personnes composés gaulois.

Vercingétorix, place de Jaude à Clermont-Ferrand. Une beaucoup plus grande devait être installée sur le plateau de Gergovie mais le projet a été jugé trop cher.
Vercingétorix, place de Jaude à Clermont-Ferrand. Une beaucoup plus grande devait être installée sur le plateau de Gergovie mais le projet a été jugé trop cher.

Tous les textes évoquent l’ascendance aristocratique de Vercingétorix, issu d’une très grande famille arverne. Son père, Celtill, avait, selon César, exercé un « principat » sur la Gaule et avait été tué par ses compatriotes parce qu’il aspirait à la royauté. Strabon indique que Vercingétorix « provenait » de Gergovie (sa ville natale, la ville dont il était citoyen ?). On ignore sa date de naissance, mais César écrit en 52 av. J.-C. que Vercingétorix est adulescens. Beaucoup ont compris « adolescent » (le mythe en a souvent fait un jeune homme de 17-18 ans), alors que pour les Romains, l’adulescentia est l’âge antérieur à l’exercice des magistratures, lequel est fixé à trente ans. Vingt-sept pièces de monnaie à la légende Vercingétorix nous sont parvenues. Vingt-cinq sont des statères d’or, deux sont en bronze.

On distingue deux « types », d’après la tête qui orne le droit : l’une (série majoritaire) est représentée nue, la seconde porte un casque. Tous les visages sont différents. Si l’on avait voulu représenter un personnage connu, identifiable, correspondant au nom que porte la légende (Vercingetorixs ou Vercingetorixis), un modèle uniforme aurait été imposé. Il ne s’agit donc pas du « portrait » de Vercingétorix, mais probablement du dieu Apollon, issu de l’imitation des statères macédoniens. Le casque est ajouté à la tête d’Apollon, non à celle du chef arverne.
A quoi ressemblait physiquement Vercingétorix ? La représentation « traditionnelle » du héros moustachu, aux cheveux longs flottant sur les épaules, est née sous Napoléon III.

Elle s’appuie sur des textes tels que ceux de Diodore, Strabon et César, qui continuent à véhiculer une image stéréotypée des Gaulois remontant à l’époque des migrations celtiques en Italie. Nous disposons aujourd’hui de sources, totalement inconnues au XIXème siècle, qui montrent une évolution de l’iconographie sur près de cinq siècles. Vers 475-450 av. J.-C., un prince ou un roi celte porte barbe et moustache (statue de Glauberg, près de Stuttgart). Il les conservera pendant environ deux siècles. Puis, il ne portera plus que la moustache (le Gaulois mourant de Pergame, un Galate ou Celte d’Asie Mineure de la seconde moitié du IIIème siècle av. J.-C.).

A partir de la fin du IIème siècle av. J.-C., les deniers gaulois (monnayage d’argent frappé en Gaule) présentent pour la première fois une iconographie réaliste, des personnages soit en pied soit en buste, parfois accompagnés de leur nom (ou du nom du magistrat monétaire, à supposer que ce ne soit pas le même).

Vercingétorix après plusieurs années de captivité, hirsute et maigre...d'après un denier romain avec un profil attribué à Vercingétorix (image texture 2D du visage reconstruit avec l'intelligence artificielle de StyleGAN2 
paramétrée par David ROMEUF.)
Vercingétorix après plusieurs années de captivité, hirsute et maigre…d’après un denier romain avec un profil attribué à Vercingétorix (image texture 2D du visage reconstruit avec l’intelligence artificielle de StyleGAN2
paramétrée par David ROMEUF.)

Sur un denier d’argent éduen, par exemple, on observe qu’il n’y a plus de moustache. En outre, la chevelure est particulièrement soignée. A cela s’ajoute le texte de César, lors de sa première expédition en Bretagne (l’Angleterre) : il écrit que les habitants de l’île « portent les cheveux pendants et se rasent complètement, sauf la tête et la lèvre supérieure ». Autrement dit, ils ne se coiffent pas les cheveux et ils portent la moustache, ce que ne font plus les Gaulois. Vercingétorix était donc probablement glabre et devait porter une chevelure élaborée, avec des boucles et des mèches savamment coiffées. La panoplie militaire de Vercingétorix, telle que la montrent les tableaux et gravures du XIXème siècle, mêle des pièces qui s’échelonnent chronologiquement de l’âge du Bronze au Moyen Age.

On sait aujourd’hui que Romains et Gaulois devaient être armés à peu près de la même manière. Comme tous les aristocrates de son temps, Vercingétorix combattait à cheval (la taille moyenne des chevaux au garrot dépassait rarement 130 à 135 cm), avec une selle (sans étriers) et des éperons. Le harnais des chevaux était très perfectionné et orné. Vercingétorix portait un casque en fer, couvrant la tête, les joues (protège-joues) et la nuque. Notons que ce sont les artisans celtiques qui ont lancé, au Vème siècle av. J.-C., la fabrication de ces casques en fer, qui furent adoptés par nombre de peuples. Il n’était pas torse nu (il s’agit d’un mythe ancien) mais portait la cotte de mailles, elle aussi inventée par les artisans celtiques vers la fin du IVe siècle av. J.-C.

Son bouclier était ovale et plat (environ 1,10 m de haut et 50 à 60 cm de large), avec un umbo, protubérance souvent coiffée d’une coque métallique, prolongée par une arête verticale (spina). La lance et l’épée constituaient l’équipement offensif de base de toutes les armées de l’Antiquité. Contrairement aux Romains, équipés d’un glaive (gladius) de forme acérée, les Celtes avaient inventé une longue épée à tranchants parallèles, qui se logeait dans un fourreau en métal.

II – Quelles relations entretint-il avec César avant l’année 52 av. J.-C. ?

Vercingétorix appelant les Gaulois à la défense d’Alaise, François Ehrmann, 1869, Musée d'Art Roger Quillot, Clermont-Ferrand.
Vercingétorix appelant les Gaulois à la défense d’Alaise, François Ehrmann, 1869, Musée d’Art Roger Quillot, Clermont-Ferrand.

Ici, deux témoignages se rejoignent, celui de Dion Cassius et celui d’Orose, qui s’inspiraient d’autres sources que la Guerre des Gaules de César. Pour eux, Vercingétorix est un traître. Christian Goudineau analyse le refus du pardon de César, tel qu’il est soigneusement expliqué chez Dion Cassius, de la façon suivante : « Vercingétorix avait été non pas dans l’amitié de César, mais en amitié avec César : ils avaient accompli tous les gestes, prononcé les serments, s’étaient mutuellement engagés.

Or, Vercingétorix a fait une « antitaxis », un mot qui relève du langage militaire : on oppose une armée rangée en ordre de bataille. La traduction « rébellion » ne rend pas toute la force de l’expression. De même, le mot « trahison » rend imparfaitement « adikia » : c’est la rupture de la parole donnée, le déni de ce qui est juste et consacré, le plus grave des crimes. » Christian Goudineau écrit par ailleurs : « Orose place dans la bouche de Vercingétorix des paroles épouvantables : il a pris en personne la responsabilité de rompre le traité (celui qui unissait Rome aux Arvernes) et il se reconnaît responsable d’un immense forfait, d’un crime considérable : auctorem magnis sceleris. » Pourquoi Vercingétorix a-t-il causé tant de difficultés à César en 52 ? Parce qu’il a appliqué les principes qu’il avait appris auprès de lui. Donc, selon Christian Goudineau, « Vercingétorix fut aux côtés de César pendant une bonne partie de la guerre des Gaules, peut-être dès le début. A quel titre ? Sans doute en tant que chef du contingent arverne, un corps de cavaliers, que le proconsul avait dû réquisitionner aux termes du traité de 122 ou 121.

On peut même supposer qu’il fit partie des conturbernales, les « compagnons de tente », issus de la noblesse romaine ou gauloise, qui entourent César, discutent avec lui, l’écoutent avec respect. La question évidente : pourquoi César n’en a-t-il pas dit un mot ? Parce que, s’il l’avait fait, il aurait fallu expliquer au Sénat de Rome que ses collaborateurs gaulois les plus proches le trahissaient, l’abandonnaient. »Le nom de Vercingétorix ne reparaît (chez Plutarque et Dion Cassius) qu’à l’occasion du triomphe que l’ancien proconsul, devenu dictateur de Rome, célébra sur la Gaule six ans plus tard, en septembre 46. Le chef arverne y figura. Après quoi, il est exécuté.

Pour en savoir plus : Christian Goudineau, Le dossier Vercingétorix, Actes Sud / Errance, 2001, 346 p., 18 x 24 cm, br., illustré

Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne

Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire.

Auteur de la notice : Y. Deberge, V. Guichard

  • I – Les IIIème et IIème siècles av. J.-C., une phase d’expansion de la ferme indigène en Limagne Clermontoise
  • II – Un resserrement de l’habitat rural au Ier siècle av. J.-C

« Tout le reste de la Gaule produit du blé et en grande quantité, ainsi que du millet, du gland et du bétail de toute espèce, le sol n’y demeurant nulle part inactif, si ce n’est dans les parties où les marécages et les bois ont absolument interdit toute culture »

Strabon, Géographie, livre IV, I2
Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne. Carte d’occupation des sols à la période laténienne dans le bassin de Clermont-Ferrand (document : Y. Deberge)
Carte d’occupation des sols à la période laténienne dans le bassin de Clermont-Ferrand (document : Y. Deberge)

Depuis plusieurs décennies, la Limagne clermontoise fait l’objet d’une intense activité de prospection archéologique.

L’objectif est de connaître l’évolution de l’occupation de cet espace naturellement très fertile.

Cumulés aux nombreuses observations de l’archéologie préventive, ces travaux révèlent une extraordinaire concentration de population dans cette plaine humide à la période laténienne.

Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne. Entre Varennes et les Monts Dômes, la Limagne clermontoise
Entre Varennes et les Monts Dômes, la Limagne clermontoise

I – Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne : une phase d’expansion de la ferme indigène en Limagne Clermontoise

Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne.  L’opération d’archéologie préventive A 710, conduite sur un transect de 7 km de long, a été l’occasion d’observer l’évolution des paysages de Limagne au cours de l’Holocène (cliché V. Guichard)
L’opération d’archéologie préventive A 710, conduite sur un transect de 7 km de long, a été l’occasion d’observer l’évolution des paysages de Limagne au cours de l’Holocène (cliché V. Guichard)

Avant cette période, la Limagne connaît une occupation fluctuante avec une première phase de colonisation, au début du premier âge du Fer, suivie d’un net repli de l’habitat sur les zones de piémonts et de hauteurs. Il faut attendre le début du IIIème siècle av. J.-C. Pour que l’habitat se fixe de façon durable en Limagne. Cette implantation se fait d’abord selon un maillage relativement lâche, comme aux époques antérieures. Certaines occupations anciennes sont même « réactivées ». Au siècle suivant, la plaine est alors couverte d’un réseau dense de fermes qui se répartissent, approximativement, tous les kilomètres.

Comme ailleurs en Gaule, ces sites ruraux sont caractérisés par la présence d’un ou plusieurs enclos fossoyés dans lesquels sont les structures domestiques, des bâtiments d’habitation, et celles nécessaires à l’activité agricole, des greniers, des granges, des espaces de parcage… Ces espaces enclos paraissent, à l’image de nos fermes actuelles, correspondre au cœur des exploitations agricoles. Derrière une apparente uniformité, on perçoit en réalité une certaine variabilité dans l’organisation interne de ces établissements.

Les éléments mobiliers découverts peuvent être également très divers, en quantité et qualité, d’un site à l’autre. Ces différences traduisent l’existence d’une hiérarchisation que l’on peine encore à mettre en évidence en l’absence de fouilles systématiques et de grande ampleur. La grande majorité des sites peut être identifiée à des fermes dont la principale, sinon la seule activité est l’agriculture. La taille à associer à chacun de ces domaines est, selon un calcul théorique, comprise entre 100 et 200 hectares. La mise en évidence de nombreuses limites parcellaires, principalement des fossés, montre un découpage poussé de l’espace agricole.

Les IIIe et IIe s. av. J.-C.en Basse-Auvergne. Poteau en bois, daté de la seconde moitié du IIe s. av. J.-C., ayant appartenu à une construction à ossature de bois 
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard
Poteau en bois, daté de la seconde moitié du IIe s. av. J.-C., ayant appartenu à une construction à ossature de bois
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard

L’hypothèse d’une vaste entreprise de drainage de la plaine est envisageable compte tenu du nombre et de l’orientation cohérente de ces structures, principalement des fossés, avec l’axe de drainage naturel de la plaine, globalement ouest-est. Aux IIIème et IIème siècles av. J.-C., la plaine de Limagne est le domaine de la céréaliculture et de l’élevage. C’est un milieu ouvert où la forêt occupe une place très faible.

Les champs se présentent sous la forme d’une mosaïque de parcelles en culture ou en prairie. On y cultive principalement les blés nus et vêtus, l’orge, le millet et les légumineuses (pois, lentille). Le porc est élevé sur le secteur d’habitat, entre autres pour ses qualités d’éboueur, le mouton pour sa viande et ses sous-produits, le bœuf pour sa force de travail.

Signe d’une mobilisation importante de la plaine, les structures parcellaires sont particulièrement nombreuses 
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard
Signe d’une mobilisation importante de la plaine, les structures parcellaires sont particulièrement nombreuses
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard

II – Un resserrement de l’habitat rural au Ier siècle av. J.-C

Restitution de la campagne de la Limagne clermontoise
Restitution de la campagne de la Limagne clermontoise

On observe au Ier siècle av. J.-C., comme ailleurs en Gaule, un déficit documentaire quasi généralisé pour l’ensemble de la plaine de Limagne et ses abords. L’hypothèse de biais méthodologiques conduisant à un tel phénomène peut être écartée. Les travaux d’archéologie conduits ces dernières années sur ce territoire montrent que ce déficit documentaire observé pour le Ier siècle av. J.-C. Renvoie, sans doute possible, à une réalité archéologique et historique. La plaine, si densément occupée au siècle précédent, paraît se vider de plus des deux tiers de ses occupants. Le phénomène, à la fois massif et rapide, est contemporain avec l’abandon de l’agglomération ouverte d’Aulnat. Quelques sites restent occupés au Ier siècle, mais ils relèvent plus de l’exception que de la règle. Les études géomorphologiques conduites dans la Limagne permettent d’écarter l’hypothèse d’une augmentation de la contrainte liée au caractère naturellement humide de la plaine au Ier siècle. Le nombre d’implantations humaines va d’ailleurs sans cesse croissant sur la longue durée, depuis La Tène moyenne jusqu’au Haut-Empire, avant de reculer seulement à partir du Bas-Empire.

La désaffection de la plaine observée pour le Ier siècle av. J.-C. apparaît donc comme un« accident », dans une phase de densification de l’habitat rural qui commence au IIIème siècle av. J.-C. pour ne s’achever qu’au début du Bas-Empire. Ce recul de l’habitat en plaine ne prend pas la forme d’une désertion totale et définitive. Quelques sites demeurent occupés et le seront toujours bien après le changement d’ère.

Traces parcellaires et occupation du sol en Limagne clermontoise
Traces parcellaires et occupation du sol en Limagne clermontoise

Le réseau de fossés installé au IIème siècle est également ponctuellement marqué par une certaine forme de pérennisation qui se traduira par une reprise, à la période gallo-romaine, des orientations définies à La Tène lors de l’implantation de nouvelles structures de délimitation et de drainage. Loin de constituer une période d’abandon total, cette phase de recul de la ferme en Limagne a probablement été l’occasion d’une restructuration de la propriété par un phénomène de concentration foncière qui n’a, selon toute vraisemblance, profité qu’aux plus riches. Les dépôts mobiliers découverts dans les tombes du site de Chaniat à Malintrat révèlent ainsi un enrichissement considérable de la classe dirigeante, qui se fait enterrer sur ses terres, à une période pourtant marquée par un resserrement de l’habitat en Limagne.

Ensemble funéraire aristocratique du Ier s. découvert sur le site de Chaniat à Malintrat . Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard
Ensemble funéraire aristocratique du Ier s. découvert sur le site de Chaniat à Malintrat . Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard

Grâce aux nombreux travaux qui y sont conduits depuis plus de 20 ans, le mode d’occupation de la Limagne clermontoise est aujourd’hui bien perçu. Cet espace agricole, intensément exploité aux IIIème et IIème siècles av. J.-C., paraît être le « grenier à blé » des Arvernes. Reste que la campagne arverne ne se limitait pas, à la période gauloise, à ce seul espace. Notre connaissance des zones de buttes et de montagne, qui représentent pourtant plus de 90 % du territoire arverne, est très largement déficitaire. Ces espaces, aujourd’hui à l’écart des principales zones d’activité économique, font rarement l’objet d’investigations archéologiques. Les travaux préventifs conduits dernièrement dans ces secteurs, dans la zone des Combrailles notamment (opération autoroutière A89), semblent toutefois indiquer que l’occupation y est nettement moins dense qu’en Limagne. Le gros de la population se concentrait, il y a 2 200 ans comme aujourd’hui, dans la zone de plaine, aux abords de l’agglomération d’Aulnat.

Évocation de la Limagne clermontoise à la période gauloise. Illustration : M. Gontier
Évocation de la Limagne clermontoise à la période gauloise. Illustration : M. Gontier
Occupation du IIe s. av. J.-C. (premier plan à gauche) et gallo-romaine (second plan à droite) du site de Chaniat à Malintrat
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard
Occupation du IIe s. av. J.-C. (premier plan à gauche) et gallo-romaine (second plan à droite) du site de Chaniat à Malintrat
Fouilles A 710. Cliché : V. Guichard

Salettes (43) – Le Camp d’Antoune

Type de projet : fouille programmée (« Salettes (43) – Le Camp d’Antoune »)

Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l’âge du Fer en Auvergne

Date : 2008

Responsable de l’opération : Marie-Caroline Kurzaj

Notice et documents : Marie-Caroline Kurzaj

I – Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Présentation

Le camp d’Antoune se situe sur la commune de Salettes, dans le sud-est du département de la Haute-Loire.

Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. C’est un site de hauteur d’une quinzaine d’hectares, implanté à plus de 1000 m d’altitude et surplombant la vallée de la Loire
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Le Camp d’Antoune, vue du sud (M.-C. Kurzaj / ARAFA).
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Occupé dès la fin du IIe et au cours du  Ier s. av. J.-C., il est l’un des habitats principaux des Vellaves, peuple client des Arvernes et frontalier de la province romaine de Transalpine à partir de 118 av. J.-C
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Localisation générale du Camp d’Antoune (M.-C. Kurzaj / ARAFA).

C’est un site de hauteur d’une quinzaine d’hectares, implanté à plus de 1000 m d’altitude et surplombant la vallée de la Loire.

Occupé dès la fin du IIe et au cours du Ier s. av. J.-C., il est l’un des habitats principaux des Vellaves, peuple client des Arvernes et frontalier de la province romaine de Transalpine à partir de 118 av. J.-C.

Connu depuis la fin du XIXe s., ce site a fait l’objet de plusieurs investigations au cours du XXe s. Elles ont permis de mettre en évidence une occupation de la fin du second âge du Fer. Toutefois ces données étant trop lacunaires, de nouvelles observations ont été réalisées depuis 2007, afin de préciser l’organisation et la chronologie de ce site de hauteur. Le camp d’Antoune est un des rares sites de Haute-Loire à avoir conservé en élévation son système défensif en pierres sèches (blocs de basaltes). Il s’agit d’un rempart discontinu, qui s’interrompt là où les falaises abruptes ne nécessitent pas sa présence.

Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Connu depuis la fin du XIXe s., ce site a fait l’objet de plusieurs investigations au cours du  XXe s. Elles ont permis de mettre en évidence une occupation de la fin du second âge du Fer. Toutefois ces données étant trop lacunaires, de nouvelles observations ont été réalisées depuis 2007, afin de préciser l’organisation et la chronologie de ce site de hauteur. Le camp d’Antoune est un des rares sites de Haute-Loire à avoir conservé en élévation son système défensif en pierres sèches (blocs de basaltes). Il s’agit d’un rempart discontinu, qui s’interrompt là où les falaises abruptes ne nécessitent pas sa présence
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Les principaux sites de la fin du second âge du Fer du Velay (M.-C. Kurzaj / ARAFA).

I – Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Le rempart

C’est dans le secteur nord que celui-ci est le mieux conservé et son organisation la plus connue. Un petit rempart d’un mètre de haut précède un profond fossé, à partir duquel se développe le rempart monumental présentant encore aujourd’hui, plus de 12 m d’élévation. Ce dernier est organisé en deux tronçons. Le premier est observable sur environ 120 m de long, d’ouest en est. Puis il marque brusquement une courbe en direction du sud-est et s’interrompt.

A environ 8 m au nord-est de celui-ci, un nouveau tronçon débute selon un tracé rectiligne nord/ouest-sud/est, et que l’on peut suivre sur une longueur d’environ 240 m. A l’emplacement de l’interruption du tronçon nord se trouvait une excavation attribuable aux investigations d’A. Boudon-Lashermes dans les années 1950. L’opération de 2008 s’est en partie concentrée à cet endroit.

La rectification de la coupe de cet ancien sondage a permis l’identification du parement de la porte d’accès au site. Il est composé d’un appareillage de prismes basaltiques.

La datation de cette construction monumentale a pu être entrevue grâce à la présence de quelques fragments de céramique datés entre la fin du IIeme et le début du Ier s. av. J.-C. La forme de cette porte, « en chicane », se retrouve sur plusieurs oppida de Gaule indépendante.

C’est dans le secteur nord que celui-ci est le mieux conservé et son organisation la plus connue. Un petit rempart d’un mètre de haut précède un profond fossé, à partir duquel se développe le rempart monumental présentant encore aujourd’hui, plus de 12 m d’élévation. Ce dernier est organisé en deux tronçons. Le premier est observable sur environ 120 m de long, d’ouest en est. Puis il marque brusquement une courbe en direction du sud-est et s’interrompt
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Secteur nord, organisation du système défensif (M.-C. Kurzaj / ARAFA).
A environ 8 m au nord-est de celui-ci, un nouveau tronçon débute selon un tracé rectiligne nord/ouest-sud/est, et que l’on peut suivre sur une longueur d’environ 240 m. A l’emplacement de l’interruption du tronçon nord se trouvait une excavation attribuable aux investigations d’A. Boudon-Lashermes dans les années 1950. L’opération de 2008 s’est en partie concentrée à cet endroit.
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Organisation de la fortification du Camp d’Antoune (M.-C. Kurzaj / ARAFA).

I – Occupation à l’intérieur de la fortification

Concernant l’organisation de l’occupation à l’intérieur de la fortification, les données sont encore trop lacunaires pour en dresser les caractéristiques. Aucun autre vestige en élévation n’a encore pu être identifié en raison de la densité de la végétation. Par contre, les éléments découverts dans les autres sondages réalisés en 2008 sur le plateau, ont permis, d’après le mobilier récolté, de confirmer la présence d’une occupation de la fin du second âge du Fer.

Malgré la réalisation de nouvelles investigations, l’occupation du camp d’Antoune reste encore méconnue.

Pourtant sa connaissance tient une place importante dans les problématiques concernant les relations entre le monde méditerranéen et les Arvernes. Sa position géographique lui confère un rôle particulier puisqu’il est implanté à l’interface d’influences du monde méditerranéen et de Gaule indépendante. Ceci est renforcé par le fait qu’il se situe, à partir de la fin du IIeme s. av. J.-C, à la frontière de la province romaine de Transalpine. Implanté à proximité d’un axe de circulation entre les peuples Helvien et Arverne, il a sans doute été un lieu de rupture de charge au sein des réseaux commerciaux de cette période.

La poursuite des investigations de terrain apportera sans doute des éléments de réponse à ces différents questionnements.

La rectification de la coupe de cet ancien sondage a permis l’identification du parement de la porte d’accès au site. Il est composé d’un appareillage de prismes basaltiques
Salettes (43) – Le Camp d’Antoune. Parement de prismes basaltiques de la porte du Camp d’Antoune (M.-C. Kurzaj / ARAFA).

Les Gaulois

Les Gaulois : auteur de la notice : Y. Deberge, 2008

I – Les Gaulois. La société

Elle est essentiellement agricole. Le lin comme le chanvre sont cultivés et servent à la fabrication des tissus. Les myrtilles, le pastel ou l’airelle sont employés pour la teinture, car les Gaulois aiment les couleurs vives. Pour l’alimentation, les cultivateurs produisent du blé amidonnier (riche en amidons), de l’orge, des lentilles et des pois. Ces céréales sont consommées en bouillies et galettes, parfois agrémentées de raisins secs, de dattes ou de noix.


A sa tête, se trouve une aristocratie terrienne. Celle-ci est en relation constante avec l’ensemble du monde celtique qui possède une certaine homogénéité même s’il est composé d’une multitude de tribus indépendantes les unes des autres. Mais au début du Ier siècle avant J.-C., l’intensification des relations commerciales avec le Monde Méditerranéen va favoriser l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale. Il va s’ensuivre une relative décadence de cette aristocratie terrienne, au moins sur le plan politique.


Les druides sont des personnages importants de la société celte et paraissent avoir été au cœur de la religion. Chefs religieux, recrutés dans la noblesse, ils règlent les pratiques cultuelles et président aux sacrifices… En outre, ils occupent des fonctions juridiques et sont chargés de l’éducation des jeunes nobles et de la transmission des épopées. Les druides forment un « clan » avec, au sommet, un chef élu.


II – Les Gaulois. La maison

Dans toute l’Europe Continentale, la maison gauloise est de plan rectangulaire ou carré, en torchis, bois et chaume. Autour de l’habitation, des bâtiments spécialisés accueillent les activités agricoles et artisanales qui s’organisent généralement autour d’un puits, d’un grenier et d’un silo.

Les Gaulois. Gandaillat (Document : L. Andrieu)
Gandaillat (Document : L. Andrieu)

A la fin de la période, une structure défensive, constituée d’une levée de terre, est mise en place. On appelle ces sites des oppida : ils peuvent être « de hauteur », protégés par des remparts ; ou « de plaine » comme à Gondole, Etrun ou à Avesnelles (Nord). Les techniques de construction sont identiques à celles des périodes précédentes : des poteaux de bois sont érigés verticalement et calés dans des trous creusés dans le sol. Ils sont reliés entre eux par des poutres et des chevrons.


Cependant, la métallurgie du fer amène une innovation : il s’agit des clous qui donnent une plus grande solidité aux bâtiments. Les parois sont constituées d’un clayonnage de baguettes souples que vient recouvrir le torchis. Les toitures, à 2 ou 4 pans, sont couvertes de paille de roseau. C’est leur forte pente et l’épaisseur du chaume qui garantissent une bonne étanchéité. Les Gaulois utilisent l’herminette, le burin, la lime, le ciseau à bois, la gouge et la hache. Cet outillage en fer permet de multiples assemblages : assemblages en feuillure, à mi-bois et en queue d’aronde.

III – Occupation du sol au IIIe et IIe s. avant J.-C. en Basse-Auvergne

Jusqu’à récemment, nous ne disposions en Basse-Auvergne que de peu de données pour caractériser la trame d’occupation laténienne. Les quelques opérations de fouille entreprises dans la périphérie clermontoise conduisaient à proposer un modèle faisant intervenir des communautés humaines de petite taille de type hameau, régulièrement réparties et qui se seraient partagé la mise en valeur agricole de cette zone très fertile qu’est la plaine de Grande Limagne.

Les Gaulois. La ferme du Patûral (Document : L. Andrieu)
La ferme du Patûral (Document : L. Andrieu)

L’existence d’un peuplement rural dense mais éclaté expliquait, selon ce modèle, l’absence d’établissements ruraux plus modestes de type « ferme » (mode de mise en valeur agricole très largement répandu en Gaule (voir le n° XX de la revue l’archéologue) et à l’opposé celle d’une agglomération importante.

La multiplication des opérations de fouilles préventives dans ce secteur et sur ses marges permet de nuancer considérablement les connaissances sur le sujet et entraîne une remise en cause partielle du modèle proposé précédemment. En Auvergne, comme ailleurs en Gaule, l’établissement rural de “base” correspond à un site dont la caractéristique principale est d’être ceint d’un enclos fossoyé de petite dimension (souvent moins de 5 000 m²) au sein duquel sont regroupés les vestiges relevant de la sphère domestique ou agricole (fosses, puits, greniers, bâtiments d’habitation). Les objets découverts sur ces sites sont souvent peu nombreux (de 100 à 300 récipients céramiques, une dizaine d’éléments de parure, quelques fusaïoles et meules à grain) et témoignent de la présence sur les lieux d’une communauté humaine de type familial.


Les activités sont principalement la production agricole (culture maraîchère, céréaliculture et élevage) et la transformation de ses produits (mouture des céréales, filage et plus rarement tissage des fibres textiles…). Les différences de statut entre ces établissements agricoles se signalent par la qualité et surtout la quantité de mobilier de provenance indigène (vaisselle céramique, accessoires de cuisson, armement) et surtout par le nombre d’éléments de prestige tels que les objets de parure, la vaisselle d’importation méditerranéenne et les amphores vinaires italiques.


Certains sites livrent des quantités de mobiliers (plusieurs milliers de récipients céramiques, plusieurs centaines d’objets de parure…) qui sont peu compatibles avec l’identification à une simple ferme (voir l’encart sur le site du « Pâtural »). Même s’ils semblent toujours largement tournés vers l’agriculture, ils témoignent de l’existence en leur sein d’activités artisanales développées (manufacture d’objets en fer ou en verre, tabletterie…) et d’une implication forte dans les échanges à plus ou moins longue distance (monnaies, vaisselle d’importation, matière brute – fer et verre – importée).


Une estimation de population faite pour le « Pâtural » nous conduit à restituer une population d’environ 150 personnes (une quinzaine de familles ?) ce qui fait de ce site, à la fin du IIème siècle av. J.-C., un véritable hameau villageois.


Le complexe « d’Aulnat / La Grande Borne » en périphérie est de Clermont-Ferrand, témoigne d’un mode d’occupation du sol que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en Limagne. Sur une bande de terrain large de 500 m sur 2 km de longueur sont concentrés, de façon plus ou moins dense selon les secteurs, des vestiges mobiliers et immobiliers renvoyant aux domaines domestique, artisanal, funéraire et religieux. Il ne semble pas, en l’état actuel des connaissances, exister de spécialisation des espaces et l’on retrouve intimement mêlés des vestiges appartenant aux sphères profanes et religieuses.


Seul le site du “Brézet” situé à l’extrémité est de ce vaste complexe paraît témoigner d’une utilisation plus spécifiquement religieuse. Cette description d’une vaste agglomération où sont regroupés les vestiges d’activités qui généralement s’excluent (notamment les zones funéraires et domestiques) correspond assez bien au terme de Némessos (littéralement le « bois sacré ») utilisé par les Arvernes pour désigner leur capitale (Strabon, Géographie, livre IV).

Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi

Type de projet : fouille programmée (« Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi »)

Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l’âge du Fer en Auvergne

Date : 2003-2009

Responsable : David Lallemand

Notices et documents : David Lallemand

I – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Présentation

Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi . L’oppidum est situé à près de 1,5 km au nord-ouest du bourg de Hérisson. (Nord-ouest du département de l’Allier).
À la fin de la période gauloise, la forteresse appartient aux Bituriges Cubi
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Vue générale de l’oppidum (D. Lallemand / ARAFA).

L’oppidum de Cordes-Chateloi est situé à près de 1,5 km au nord-ouest du bourg de Hérisson. (Nord-ouest du département de l’Allier).

À la fin de la période gauloise, la forteresse appartient aux Bituriges Cubi dont la capitale, Avaricum (Bourges), est distante de 67 km. Cette place centrale est implantée sur une importante voie reliant la capitale des Arvernes à celles des Bituriges.

Le site de la ville gauloise fait l’objet d’un important programme de recherche archéologique depuis 2001, projet soutenu par l’État (DRAC/SRA), le Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, le Conseil Départemental de l’Allier, la Communauté de communes du Pays de Tronçais et la Municipalité de Hérisson.

La forteresse gauloise, d’une superficie de 75 ha, occupe un promontoire qui surplombe la pittoresque vallée de l’Aumance, à 25 km au nord-est de Montluçon. Ses puissantes fortifications sont encore visibles sous la forme d’une imposante levée de terre longue de 800 m.

Le programme de recherche en cours constitue la première étude méthodique de cet important site du Ier s. av. J.-C. implanté sur la bordure sud-est du territoire des Bituriges Cubi.

II – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Le plateau de « Babylone »

Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Après un nettoyage soigné de la surface décapée, l’intervention a consisté au dégagement de vestiges archéologiques enfouis sous un amoncellement de grosses pierres. Sous ce puissant éboulis  ont été mis au jour les restes d’un mur construit avec des blocs taillés et un dallage monumental.
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Le mur monumental (D. Lallemand / ARAFA).

La fouille conduite à partir de 2003 est localisée sur le revers d’un petit promontoire naturel qui, depuis sa position, domine tout l’intérieur du site fortifié. Le talus massif gaulois, dans lequel est implantée la fouille, vient s’appuyer sur la partie orientale de ce plateau. Cette fouille a porté en priorité sur les vestiges monumentaux découverts dans le revers du plateau.

Après un nettoyage soigné de la surface décapée, l’intervention a consisté au dégagement de vestiges archéologiques enfouis sous un amoncellement de grosses pierres. Sous ce puissant éboulis (à gauche sur la photo), ont été mis au jour les restes d’un mur construit avec des blocs taillés et un dallage monumental.

L’étape suivante a consisté à dégager l’ensemble des pierres taillées qui semblaient correspondre au parement effondré du mur monumental. Ce travail achevé, nous avons pu confirmer que ceux reposant sur la voirie sous-jacente, étaient tous taillés et appartenaient bien au parement monumental effondré.

Les blocs du mur sont empilés sans ciment comme nous pouvons le voir sur le cliché. La règle du couvre-joint n’est pas non plus appliquée pour ce mur. À l’issue de cette étape de la fouille, sont apparus l’intégralité des vestiges : mur monumental et voie dallée.

III – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Le mur monumental

Très original dans sa conception, cet ouvrage épouse une pente très accentuée : la déclivité s’étalonne à près de 14,8 % ! Ce mur n’est pas seulement formé d’un parement, Il compte également, dans sa structure, un agglomérat de pierres informes situé en arrière des blocs taillés. Nous avons dégagé le sommet de cet empierrement sur environ 8 m pour connaître ses dimensions et pour comprendre sa structure.

Il mesure près de 2 m de large et se prolonge le long des alignements de blocs monumentaux. Son rôle semble donc lié à la stabilité de l’ouvrage final : épauler et amortir les poussées du parement La quantité de pierres utilisée pour cet empierrement est énorme, ce qui souligne encore l’intérêt apporté à cette construction. Nous estimons à plus de 15 m³ le volume de pierres rapportées pour le transect étudié !

Là encore, la fouille a montré l’utilisation de blocs dépassant le quintal !

Depuis les pavés situés dans la partie centrale de la fouille et jusqu’à ceux en limite de la fouille, le dénivelé ouest-est relevé atteint presque 0,50 m sur les 5,60 m de voirie, soit une pente de 8 %.

Il existe également une déclivité nord-sud pour ce dallage, dont le dénivelé oscille entre 0,05 et 0,12 m (soit une pente moyenne d’environ 2 %).

Remarques sur la technique de construction

Concernant le mur, la pente sévère observée et la technique de construction employée expliquent très naturellement son basculement vers le sud-est, en fait, vers l’intérieur de l’ouvrage monumental. Les blocs de la seconde assise ont glissé et ont basculé vers l’intérieur du site sous le poids des matériaux accumulés en arrière des vestiges, le tout dans le respect des lois de l’apesanteur.

À vrai dire, il semble que l’on doive la sauvegarde en élévation de ce mur au poids des blocs monumentaux, à l’orientation transversale des vestiges par rapport au talus massif, enfin à la faible accumulation des matériaux recouvrant ces vestiges. Signalons d’ailleurs que seules deux assises sont conservées en élévation. Il faut avouer que les plans de cet ouvrage sont en complète contradiction avec les règles de principe de la construction gallo-romaine : construction dans la pente, asymétrie des assises, absence de couvre-joints, telles sont quelques-unes des anomalies relevées’ Cependant, il faut admettre que cette construction a été planifiée, calculée et réfléchie. Nul doute que des plans ont été suivis pour son édification. L’existence du glacis taillé dans le substrat suggère aussi que la construction de l’ouvrage monumental a nécessité des aménagements préliminaires : terrassement, nivellement. En outre, La voirie dallée a été installée dans une tranchée de fondation, laquelle est nettement visible à la hauteur du glacis taillé dans le substratum.

IV – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. La voie dallée

La bordure sud du dallage a été découverte dès la phase de décapage, provoquant de grandes émotions. Ne subsiste que la partie nord de cette voirie (notamment les pierres bordières jouxtant un glacis taillé dans le substrat).

La partie méridionale de la voie a disparu, arrachée sans doute pour la réutilisation des dalles à d’autres fins.

Nous estimons que cette voie devait dépasser 5 m de largeur d’après nos premiers travaux !

Les dalles du summum dorsum reposent apparemment sur un cailloutis, qui pourrait être le rudus ou ruderatio des voies romaines. Cette construction sophistiquée et réfléchie complète l’ouvrage monumental. Toutes ces remarques démontrent donc que les techniques de construction employées, si elles ne sont pas parfaites, s’inspirent indubitablement de modèles exotiques, vraisemblablement méridionaux.

La bordure sud du dallage a été découverte dès la phase de décapage. Ne subsiste que la partie nord de cette voirie (notamment les pierres bordières jouxtant un glacis taillé dans le substrat).
La partie méridionale de la voie a disparu, arrachée sans doute pour la réutilisation des dalles à d’autres fins.
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Mur et voie dallée (D. Lallemand / ARAFA).

V – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Un murus gallicus sous les vestiges monumentaux

Nous avons observé que le mur monumental avait tronqué les vestiges d’un état antérieur. Une partie même de l’éboulis intra-muros masquait une partie de ces vestiges. Une limite transversale stricte est alors apparue, formant l’assise d’un petit parement de blocs calibrés. Le nettoyage attentif nous a cependant apporté des données pour interpréter ces vestiges.

Nous pouvons envisager que ces vestiges ont été délaissés, abandonnés, puis très vite recouverts et oubliés, au point qu’ils nous sont parvenus dans un état de conservation exceptionnel. L’éboulement de la porte et l’édification du talus massif en sont peut-être éventuellement des causes. Ajoutons qu’il est probable que la porte n’ait pas fonctionné après sa phase monumentale.

Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Angle du bastion construit avec la technique gauloise du murus gallicus (à l’image de la description donnée par J. César en 52av. J.-C.) Il n’existe pas en Europe de mur gaulois conservé de cette manière (ici, 2 m de hauteur)
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Angle du bastion construit avec la technique gauloise du murus gallicus (à l’image de la description donnée par J. César en 52av. J.-C.) Il n’existe pas en Europe de mur gaulois conservé de cette manière (ici, 2 m de hauteur) ; L’éventualité d’un classement au titre des Monuments Historiques est envisagée, d’autant que ce monument semble bien être contemporain de la Guerre des Gaules (58 / 52 av. J.-C.) (D. Lallemand / ARAFA).

D’emblée, il faut écarter l’idée d’une construction de type murus gallicus pour cet ouvrage. Nous n’avons observé ni poutrage interne ni alvéoles ménagées dans le parement, aucune fiche en fer et de fait, rien n’indiquant que ce mur soit un murus gallicus.

La technique de construction employée reste très originale, et l’on ne peut s’empêcher de la comparer avec celle décrite par César. Si les bois longitudinaux et transversaux sont inexistants en apparence – tout comme les fiches en fer d’ailleurs –, il convient de signaler que le parement de pierres sèches et l’agrégat sont quant à eux bel et bien présents.
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Détail de la construction, les trous correspondent aux emplacements des poutres de bois aujourd’hui disparues (D. Lallemand / ARAFA).

La technique de construction employée reste très originale, et l’on ne peut s’empêcher de la comparer avec celle décrite par César. Si les bois longitudinaux et transversaux sont inexistants en apparence – tout comme les fiches en fer d’ailleurs –, il convient de signaler que le parement de pierres sèches et l’agrégat sont quant à eux bel et bien présents. Cette dualité (agrégat-parement) est effectivement l’une des composantes du murus gallicus.

Les vestiges d’Hérisson restent toutefois hors normes : la largeur de l’agrégat atteint 2 m, alors qu’elle mesure moins d’un mètre dans le classique murus gallicus ; quant-au parement constitué de blocs taillés monumentaux, les références en Europe tempérée celtique sont quasiment inexistantes. En effet, les parements des murus gallicus sont le plus souvent construits avec de petits moellons informes (Bibracte, etc.).

La découverte de fragments de fiches en fer, la mise en évidence de vides entre certains blocs, des traces de poutrages et de traces ligneuses nous ont conduit à soupçonner l’existence d’un mur gaulois de type « murus gallicus ». Ce type d’ouvrage est décrit par César lors du siège de l’oppidum d’Avaricum par les légions romaines en 52 av. J.-C.

Après un nettoyage soigné de la surface décapée, l’intervention a consisté au dégagement de vestiges archéologiques enfouis sous un amoncellement de grosses pierres. Sous ce puissant éboulis (à gauche), ont été mis au jour les restes d’un mur construit avec des blocs taillés et un dallage monumental.

VI – Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Synthèse par campagne

Campagne 2005

Campagne 2006

Campagne 2007

Campagne 2008

Campagne 2009

La campagne 2009 « Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi.  » a permis de préciser la topographie du site et des fortifications grâce à la mise en œuvre d’une technique de prospection innovante par balayage laser aéroporté (technique Lidar), tandis que la prospection géophysique extensive a permis de mettre en évidence les traces de constructions très denses sur plus de 3 ha (réseau de voies dallées, îlots d’habitations, sanctuaire). Le volet le plus important de la recherche a néanmoins consisté à entreprendre la fouille intégrale de la principale porte de cette vaste fortification.

Soixante étudiants de différentes universités ont été accueillis sur les fouilles cet été. Après trois campagnes de travail méticuleux qui ont mobilisé chaque année plusieurs dizaines d’étudiants, et le déplacement de centaines de m³ de matériaux, la porte d’entrée de la ville révèle enfin sa physionomie, mais aussi toute son histoire.

Ces résultats parachèvent un programme d’étude débuté en 2001, avec des sondages (2002) et des fouilles de grande ampleur poursuivies ces dernières années (2003, 2005, 2007-2009), ceci grâce au soutien financier de l’État, du Conseil régional d’Auvergne, du Conseil général de l’Allier et de la commune d’Hérisson. Les découvertes sont à la hauteur des dimensions de la forteresse et de sa réputation grandissante chez les spécialistes. Cette porte donnant accès à la ville – passage obligé des chariots, marchands, cavaliers et autres troupes militaires – dispose d’une architecture très originale, à mille lieues de celle que les Romains ont apportée d’Italie il y a 2 000 ans et dont nous suivons encore les règles.

Les remparts gaulois mis au jour à Hérisson associent en effet plusieurs matériaux différents. L’ossature de ces remparts consiste en un assemblage de grandes pièces de bois horizontales entrecroisées (aujourd’hui disparues) assemblées par de grands clous en fer.

La façade des murs est habillée de grands blocs de grès soigneusement taillés, au sein desquels des vides signalent l’extrémité des « tirants » de bois. Cette architecture typique des oppida gaulois avait surpris César lui-même, qui s’était attardé à la décrire sous le nom de murus gallicus, en ajoutant même une appréciation d’ordre esthétique : ce genre de rempart, « n’est pas désagréable à l’œil ».
Les découvertes de Hérisson nous révèlent cette architecture qui avait impressionné le général romain. À l’échelle européenne, les vestiges de cette qualité sur des oppida, avec l’emploi de pierres soigneusement taillées, se comptent sur les doigts d’une main ; mais tous sont d’une conservation bien en deçà de Hérisson.

En 2009 a plus précisément été mis au jour un bastion de 4,5 m de largeur de façade pour 8 m de longueur, entièrement construit avec cette technique purement gauloise. Cet ouvrage limite au sud le large couloir d’accès à la porte. Préservé jusqu’à 2 m de hauteur ce qui constitue un fait unique en Europe, son intérêt réside dans son degré de préservation et la qualité de son bâti. Il associe plusieurs techniques de construction et des dispositifs qui n’ont encore jamais été observés sur d’autres fortifications celtiques. L’utilisation de blocs taillés dans le grès rouge local rehausse le caractère ostentatoire du monument.

Il y a de fortes chances que l’incendie qui a ravagé cette porte monumentale soit lié à l’un des épisodes célèbres contés dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César.
Hérisson (03) – Oppidum de Cordes-Chateloi. Traces d’incendie (D. Lallemand / ARAFA).

Le couloir d’entrée, large de 7 m, a encore conservé la surface de roulement d’origine, marquée des profondes ornières laissées par le passage répété des chariots. En outre, l’entrée porte les stigmates d’un incendie, sous forme de vestiges de bois carbonisés et de traces de feu sur le sol et les pierres. Les dizaines de clous et diverses traces retrouvées au cours des fouilles appartiennent sans doute aux ventaux de la porte massive qui fermait le couloir. Les empreintes de grands poteaux de bois conservées dans le sol suggèrent également l’existence d’une construction surélevée – un grand porche – qui permettait le contrôle de la circulation.

Il y a de fortes chances que l’incendie qui a ravagé cette porte monumentale soit lié à l’un des épisodes célèbres contés dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. Le général romain écrit que vingt villes du peuple gaulois des Bituriges sont incendiées au printemps 52 sur les ordres de Vercingétorix, afin de priver les légions de ravitaillement, alors qu’elles se dirigent vers Avaricum (Bourges). Parmi les vingt villes bituriges à témoigner de ce sacrifice, l’oppidum de Hérisson serait le premier à être reconnu par l’archéologie.

Rares sont les sites qui ont livré des vestiges en rapport direct avec les événements militaires de la guerre des Gaules. On peut seulement citer Gergovia à La Roche Blanche près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Alésia à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or) et Uxellodunum au Puy-d’Issolud (Lot). Hérisson pourrait bien rejoindre cette liste remarquable de sites historiques reconnus d’intérêt national (deux sont classés Monuments Historiques).

Les Paysages

Les Paysages au second âge du Fer : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008″ qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteurs : Christelle Ballut et Manon Cabanis

  • I – L’attractivité de la Limagne
  • II – Le paysage agricole au second âge du Fer
  • III – Une région sensible aux modifications environnementales

La Limagne clermontoise est le cœur du territoire arverne. La fertilité des sols, la clémence du climat, la voie de circulation naturelle qu’est la vallée de l’Allier et le contact avec les hauts plateaux du Massif central expliquent en grande partie son attractivité. Déjà à l’âge du Fer, sa prospérité repose en partie sur sa richesse agricole.

Les Paysages. Au premier plan la plaine humide, puis Clermont et en arrière plan le plateau des Dômes
Au premier plan la plaine humide, puis Clermont et en arrière plan le plateau des Dômes

Cependant, dès le milieu du second âge du Fer (IIIe-IIe siècles av. J.-C.), l’intensité de l’exploitation des sols a des conséquences sur l’environnement dans cette région sensible aux actions humaines sur les paysages et aux oscillations climatiques.

I – Les Paysages. L’attractivité de la Limagne

C’est dans ce bassin marno-calcaire bordé de hauts plateaux cristallins et volcaniques que les Arvernes ont établi leurs capitales. Il constitue un secteur très attractif à plusieurs égards. La Limagne est couverte de sols bruns à noirs, argilo-limoneux à limono-argileux, riches en éléments minéraux, de meilleure qualité que ceux développés sur les plateaux bordiers. Abrité des influences océaniques par l’orientation méridienne des reliefs occidentaux, ce secteur possède aussi un climat à tendance semi-continentale relativement clément, moins humide et plus doux que celui des massifs environnants. Enfin, la Limagne est parcourue par la vallée de l’Allier qui pénètre le Massif central selon une direction globalement méridienne et qui constitue un axe de communication majeur en assurant un passage entre la France méridionale et la France centrale. Les vallées des affluents de la rivière assurent également à l’échelle régionale le lien entre les hauts plateaux et le bassin intra montagnard.

Les Paysages.

En son sein, la Limagne clermontoise associe deux types de terroirs : la Limagne des Buttes et celle des marais.

  • Le “Pays des Buttes” est formé de reliefs isolés de taille variable, dont les altitudes dépassent fréquemment 500 mètres. Les plus hauts de ces reliefs correspondent à des buttes volcaniques à l’allure tabulaire et aux pentes raides (pouvant atteindre plus de 20 %). Ils ont souvent été choisis pour l’établissement des oppida arvernes (Corent, Gergovie).

  • A l’inverse, la Limagne des marais se caractérise par l’absence de reliefs marqués et par des pentes très faibles, souvent inférieures à 0,1 %. La fertilité des sols, appelés« terres noires », est ici encore plus grande. A noter que les terres de Limagne sont déjà louées pour leur richesse dans les écrits de la fin de l’Antiquité (Sidoine Apollinaire, Grégoire de Tours).

II – Les Paysages. Le paysage agricole au second âge du Fer

D’après les études polliniques (Gachon 1963 ; Prat 2006), les bois en Limagne sont déjà très minoritaires au second âge du Fer. Les surfaces en herbe sont plus étendues dans les fonds de vallée et dans les marais. Les surfaces cultivées s’étendent sur les pentes des collines et buttes de la région et progressent dans la plaine humide grâce à la mise en place de systèmes de drainage.

Les Paysages. Millet des oiseaux (Setaria italica)
Millet des oiseaux (Setaria italica)

Les études de restes de graines et de fruits (études carpologiques), qui se systématisent dans le cadre de l’archéologie préventive INRAP depuis quelques années, autorisent aujourd’hui une ébauche de ces agro-systèmes. Les 12 études carpologiques réalisées à ce jour (Cabanis, thèse en cours de rédaction) sur les opérations INRAP nous dévoilent des champs d’orge vêtue (Hordeum vulgare), de blés vêtus type amidonnier (Triticum dicoccum) et d’engrain (Triticum monococcum). Ces espèces dominent le paysage gaulois de plaine comme dans le reste de la Gaule (Matterne et al. comm. orale AFEAF 2007). Les cultures de froment ou blé nu (Triticum aestivum durum), d’épeautre (Triticum spelta) et d’avoine (Avena sp.) sont également visibles. Mais la Limagne présente aussi des particularités, comme l’abondance et la diversité des millets cultivés dans le secteur de l’ancien lac de Sarliève. Les légumineuses, cultivées le plus souvent en alternance avec les céréales, sont majoritairement la lentille (Lens culinaris) et la vesce (Vicia sativa). Le pois (Pisum sativum), la fève (Vicia faba) et l’ers (Vicia ervilia) ne sont présents qu’en faible quantité. Sur le site de Cournon-Les plaines, nous remarquons l’abondance significative de restes de gaude (Reseda luteola), plante de la famille des Résédacées (Resedaceae), riche en lutéoline, dont on obtient une teinture jaune. Parmi les plantes potentiellement cultivées, cueillies ou récoltées dans un but artisanal ou médicinal, citons l’existence de graines de verveine officinale (Verbena officinalis), de noisettes (Corylus avellana), de pépins de pomme/poire(Malus/Pyrus), de sureau hièble (Sambucus ebulus) et de noyaux de prunellier (Prunus sp.).

Les Paysages. Blé nu ou froment (Triticum aestivum spp.)
Blé nu ou froment (Triticum aestivum spp.)
Orge vêtue (Hordeum vulgare)
Orge vêtue (Hordeum vulgare)
Observation des sédiments sous microscope (sables, bois et fibres végétales)
Observation des sédiments sous microscope (sables, bois et fibres végétales)

Cet ensemble de sites gaulois comporte à des pourcentages divers des plantes rudérales, de friches et décombres et nitrophiles, favorables à l’enrichissement azoté du sol, probablement par des fumures. Les sites de Gandaillat II et de Sarliève-La Grande Halle sont les plus riches en nombre d’espèces et en abondance.

III – Une région sensible aux modifications environnementales

Reconstitution 3D du paysage du bassin versant de Montchâtre sur le plateau des Dômes à la fin de l’âge du Fer
Reconstitution 3D du paysage du bassin versant de Montchâtre sur le plateau des Dômes à la fin de l’âge du Fer

Reconstitution 3D du paysage du bassin versant de Montchâtre sur le plateau des Dômes à la fin de l’âge du Fer

Depuis le Néolithique, la mise en valeur agricole de la plaine a déjà causé localement, à proximité des sites archéologiques, des accélérations de l’érosion des sols. Les volumes mobilisés et les processus sont cependant discrets et n’influent que très peu sur l’évolution environnementale. L’occupation des zones humides est restée marginale, peut-être momentanée ou saisonnière. Seules les bordures de marais ont été prisées et intégrées aux territoires, car les milieux humides attirent pour leurs ressources (coupe de végétaux, chasse, pêche).

Depuis le milieu du second âge du Fer (IIIe-IIe s. av. J.-C.), la pression anthropique sur les sols s’accroît en lien avec des densités de population plus importantes, l’extension des défrichements et peut-être une progression de la céréaliculture aux dépens des herbages. L’érosion des sols concerne alors presque tous les versants et se réalise sous l’effet de processus plus agressifs (ruissellement concentré). Depuis la même époque, sous la pression d’un peuplement croissant, les Gaulois intègrent aussi les marais aux territoires agricoles grâce à la mise en place de systèmes de drainage. Ainsi, les Arvernes se libèrent des contraintes associées à ce milieu pour y installer l’habitat et y étendre le système agropastoral. Cette occupation des marais dure au moins jusqu’à la fin de l’époque romaine, à la faveur également d’une oscillation sèche du climat et du colmatage par colluvionnement des bordures des bassins humides.

Mais, à la fin de l’Antiquité, les systèmes hydrologiques commencent à souffrir de l’accélération de l’érosion remarquée depuis la fin de l’âge du Fer. Lors de périodes de précipitations prolongées ou lors d’orages importants, les quantités de matière qui arrivent dans le lit des cours d’eau modifient leur comportement : les crues deviennent de plus en plus fréquentes et dévastatrices, en noyant les vallées de Limagne et en particulier les terres de marais. Les nombreuses tentatives de drainage historiques n’arriveront pas à évincer durablement l’excès d’eau jusqu’aux années 1960.

Les recherches paléoenvironnementales visant à restituer les paysages gaulois associent des géomorphologues et des paléobotanistes qui décryptent les archives sédimentaires. Les études botaniques ont montré la richesse agricole et la diversité des productions limagnaises. Les études géomorphologiques ont montré que la mise en valeur qui s’intensifie après les IIIe-IIe s. av. J.-C. se corrèle avec une érosion accrue des sols de la Limagne des Buttes, la mise en place des premiers systèmes de drainage en plaine humide et l’impulsion de changements environnementaux qui ont caractérisé toute la période historique.

Le territoire arverne : laboratoire de recherche pour la restitution des paysages anciens
Depuis quelques années, les chercheurs du laboratoire GEOLAB (UMR 6042 du CNRS) travaillent sur la reconstruction des paysages passés. Des méthodes exploratoires sont testées pour spatialiser les données paléoenvironnementales tirées des archives sédimentaires. La matérialisation des résultats par le biais d’images virtuelles en 3D constitue l’aboutissement de ces démarches.

Le site d’Aulnat

Le site d’Aulnat : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008″ qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteurs : Yann Deberge, Christine Vermeulen, John Collis

  • I – Introduction
  • II – Histoire des Recherches
  • III – Une agglomération idéalement située
  • IV – Une forme originale d’organisation
  • V – Artistes et artisans
  • VI – Des contacts étroits avec le monde méditerranéen
  • VII – Pratiques funéraires et religieuses

I – Introduction

Aulnat : Photographie panoramique avec points de découvertes (Y. Deberge, ARAFA)
Photographie panoramique avec points de découvertes (Y. Deberge, ARAFA)
Aulnat : Le site d’Aulnat en bordure de la Grande Limagne d’Auvergne (carto Y. Deberge, ARAFA)
Le site d’Aulnat en bordure de la Grande Limagne d’Auvergne (carto Y. Deberge, ARAFA)

Aulnat, La Grande Borne, Gandaillat, Le Brezet, Pontcharaud, Base Aérienne, L’Agriculture, Pierre Boulanger… autant de dénominations pour un seul et même site. Cet inventaire à la Prévert, établi à partir des toponymes et noms de rue associés à chacune des découvertes faites en périphérie est de l’agglomération clermontoise témoigne, à lui seul, de l’étendue de cette implantation humaine du second âge du Fer. Ce vaste site, qui se développe sur 150 hectares à quelques kilomètres de l’actuelle ville de Clermont-Ferrand, est surtout connu sous les noms d’Aulnat ou de La Grande Borne. Il correspond à la plus ancienne grande agglomération connue sur le territoire arverne.

II – Aulnat : histoire des Recherches

Le site d’Aulnat a été pour la première fois repéré lors des travaux d’aménagement de la base aérienne entre 1939 et 1941. Réalisées dans des conditions extrêmement difficiles, souvent après l’intervention des engins de terrassement, les observations conduites par J.-J. Hatt et G. Fournier révèlent la présence d’une occupation datée de La Tène moyenne et finale sur une étendue d’approximativement 35 ha. Les conditions d’intervention (observations aléatoires soumises à la localisation des terrassements, peu de mobilier étudié, documentation de qualité médiocre, etc.) limitent largement la compréhension des vestiges découverts alors.

Aulnat : Cartographie des différentes zones d’investigation (Y. Deberge, ARAFA)
Cartographie des différentes zones d’investigation (Y. Deberge, ARAFA)

On doit à R. Périchon et J. Collis la première exploration méthodique d’un secteur de ce vaste ensemble. Au lieu-dit de La Grande Borne, les deux chercheurs vont mener, pendant seize années consécutives, une fouille stratigraphique, probablement la première réalisée en Auvergne. La surface explorée est faible, un peu moins de 900 m². Les informations collectées sont toutefois de grande qualité et le mobilier est présent en masse. Plus de 100 000 fragments d’objets (faune, céramique, amphore…)seront extraits des 93 structures fouillées. 34 monnaies et environ 400 petits éléments mobiliers (armement, parure et divers outillages) complètent ce corpus, dont la richesse surprend encore. Les données collectées, pour certaines encore inédites, permettent de préciser la chronologie de l’occupation du site et d’apporter des réponses sur sa fonction.

Les vestiges immobiliers (fosses, puits, fossés, chemin, sépultures) et mobiliers renvoient à des domaines très divers. Ce secteur apparaît comme étant une zone d’occupation domestique (rejets détritiques et structures domestiques), où la pratique artisanale est développée (métallurgie du fer, des métaux précieux et alliages cuivreux, tabletterie…), mais qui livre également des vestiges funéraires nombreux (14 sépultures). Quant à la datation du site, elle couvre les IIIe et IIe s. av. J.-C. dans leur intégralité, proposition qui reste toujours valide aujourd’hui. Bien que très riche d’informations, cette fouille de dimension réduite n’apporte que peu d’indications sur la forme et l’organisation de cet habitat.

Aulnat : Mobilier découvert lors des travaux conduits sur la base aérienne (tiré de Hatt 1942)
Mobilier découvert lors des travaux conduits sur la base aérienne (tiré de Hatt 1942)

Ce n’est qu’avec le développement de l’archéologie préventive que l’étendue du site a pu être réellement perçue. Depuis la fin des années 1980, la multiplication des observations faites dans ce secteur particulièrement dynamique de la périphérie clermontoise révèle un patrimoine archéologique exceptionnel. Aujourd’hui, plus de trente points de découvertes ont recensés sur cet espace de 750 m sur 2 000 m. Plusieurs fouilles en aire ouverte, dont deux interventions d’environ un hectare (fouilles du Brezet et de Gandaillat, dirigées respectivement par G. Vernet et C. Vermeulen), permettent de percevoir l’organisation des vestiges.

Aulnat : Premières années de fouille sur le site de La Grande Borne (fouille Périchon 1968 ; cliché G. Fournier)
Premières années de fouille sur le site de La Grande Borne (fouille Périchon 1968 ; cliché G. Fournier)
Aulnat : Photographie de la fouille de La Grande Borne en 1974
Photographie de la fouille de La Grande Borne en 1974

III – Aulnat: une agglomération idéalement située

Aulnat : Le menhir de La Grande Borne à proximité de la fouille de La Grande Borne (J. Dunkley)
Le menhir de La Grande Borne à proximité de la fouille de La Grande Borne (J. Dunkley)

Le site d’Aulnat se développe sur environ 150 ha, à la jonction de deux zones topographiquement déprimées : Le Grand Marais, au nord, et le bassin de Sarliève, au sud. Ces deux espaces correspondent, à La Tène moyenne et finale, à deux zones agricoles particulièrement actives. L’Allier, probablement largement utilisé dans le cadre des échanges commerciaux, n’est situé qu’à quelques kilomètres à l’ouest. Le site apparaît dès lors comme le principal lieu de concentration de la production agricole issue de ces deux secteurs et en retour un centre de redistribution de produits manufacturés locaux ou importés. La zone investie est traversée par plusieurs ruisseaux, la Tiretaine et l’Artière, qui serpentent ensuite dans la plaine en direction de l’Allier. Les coteaux qui bordent le site au sud ont été évités et aucune trace de fortification n’a, à ce jour, été repérée. C’est donc sur un espace de plaine non fortifié, à peine dégagé de l’humidité ambiante par une position topographique très légèrement dominante, que se développe cette agglomération. Des vestiges plus anciens sont connus sur le secteur. Ils paraissent, tels le menhir de La Grande Borne ou la nécropole néolithique de Pontcharaud, avoir influé sur l’implantation de l’occupation laténienne. Qu’ils aient été encore visibles dans le paysage ou présents dans la mémoire collective, ces espaces ont été respectés et sont dépourvus de vestiges laténiens. La fouille conduite dans le secteur du Brezet (dir. G. Vernet, INRAP) en fournit un exemple marquant. Les structures laténiennes, pourtant nombreuses, disparaissent à l’emplacement d’un espace à vocation funéraire chalcolithique. Le même phénomène a été perçu sur le secteur de Pontcharaud où vestiges néolithiques et laténiens s’excluent. Enfin, le menhir de La Grande Borne, bien que situé à moins de 50 m d’une zone à occupation dense, n’a pas été affecté à la période laténienne.

IV – Aulnat : une forme originale d’organisation

Ce site ne constitue donc pas un ensemble homogène en termes de densité d’occupation. Des zones sont libres de tout vestige alors que d’autres paraissent très densément occupées. La documentation actuelle ne permet pas de localiser précisément ces zones à plus ou moins forte densité de vestiges. Le passage d’un secteur « vierge » à un espace fortement mobilisé peut se faire en quelques mètres. Certains secteurs, comme la zone du Brezet, La Grande Borne, Gandaillat et le site de La Rue Reclus livrent les densités les plus élevées (mais ce sont aussi les seules zones où des fouilles importantes ont été menées).

L’image qui peut être restituée est donc celle d’une occupation relativement lâche, avec des secteurs quasiment vides et au contraire d’autres densément investis, répartie de façon continue sur un vaste espace. Sur chacun des secteurs fouillés on retrouve les mêmes associations de vestiges immobiliers (des fosses, des puits, des caves, des bâtiments, des sépultures) et mobiliers (céramique, faune, importation, outillage divers et parure). Elles témoignent d’un mode d’occupation unique d’un point à l’autre du site qui s’apparente à celui connu sur les habitats groupés. La comparaison avec les fermes connues dans la plaine voisine (voir l’exemple du Pâtural) témoigne de différences notables. Ici, peu ou pas de fossés, pas d’enclos, mais des structures de délimitation d’un tout autre genre : des voies (dont certaines sont empierrées), des palissades de poteaux plantés et des limites révélées « en négatif » par des alignements de structures domestiques ou funéraires (fosses, caves, sépultures, puits…). Les vestiges sont de six à dix fois plus nombreux, à surface égale, que sur les établissements ruraux, témoignant ainsi d’une mobilisation plus forte de l’espace. L’occupation d’Aulnat se rapproche de celle mise en évidence pour d’autres agglomérations ouvertes de Gaule centrale telles que Feurs, Roanne ou Levroux. La densité moyenne en vestiges y est cependant deux fois plus élevée que sur le site arverne, mais pour une superficie de 5 à 6 fois moindre. Sur le secteur de Gandaillat, le seul à avoir été dégagé sur une superficie importante, on perçoit les signes d’une structuration forte de l’espace.

Aulnat : Voie empierrée avec traces d’ornières, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Voie empierrée avec traces d’ornières, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

L’espace est divisé en îlots de forme géométrique bordés, à l’ouest et au sud, par des zones à destination plus spécifiquement funéraire (où inhumations et incinérations se côtoient) et des espaces publics (voie et places empierrées). Les structures présentes renvoient principalement aux domaines domestique et artisanal : bâtiments d’habitation et constructions annexes, caves et celliers, puits, forge ou four… Comme sur le secteur de La Grande Borne, des sépultures sont présentes au sein de ces espaces habités. Plusieurs d’entre elles sont localisées à la limite entre deux îlots, peut-être le long d’un axe de circulation secondaire non perceptible à la fouille. D’autres sont groupées par deux ou trois en un point précis, témoignant de l’existence d’une signalisation au sol des sépultures et surtout d’une volonté de regroupement des défunts.

Les constructions, faites d’une ossature en bois, sont modestes et adoptent un plan classique à une nef que l’on retrouve dans toute la Gaule. L’une d’elles est toutefois caractérisée par la présence d’un solin en pierres, mode de construction qui évoque plutôt des pratiques méridionales. Ce matériau est également abondamment utilisé pour bâtir le cuvelage (rond ou carré)de la partie sommitale des puits, très nombreux sur le site.

Aulnat : Plans comparés des secteurs de La Grande Borne, Gandaillat et Rue Reclus (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)

Plans comparés des secteurs de La Grande Borne, Gandaillat et Rue Reclus (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Aulnat : Fonctionnalisation des espaces sur le secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Fonctionnalisation des espaces sur le secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)

V – Aulnat : artistes et artisans

L’une des principales fonctions des grandes agglomérations de la fin de l’âge du Fer est la production artisanale. Il est, par conséquent, normal d’y trouver des vestiges artisanaux nombreux et diversifiés.

Le site d’Aulnat ne fait pas exception. Les activités métallurgiques (fer et métaux non ferreux), le travail sur os (confection d’anneaux et de dés) et des matières organiques fossilisées (lignite/sapropélite)sont attestés par un nombre élevé d’éléments mobiliers (des déchets, des ratés de fabrication, des outils) et quelques vestiges immobiliers (deux forges). Ces derniers permettent de localiser de façon certaine deux ateliers de forge, l’un sur le secteur de Gandaillat et l’autre, 200 m au sud-ouest, à La Grande Borne. Ce dernier secteur a également accueilli un atelier de bronzier et de tabletterie. Il ne semble pas qu’il existe, comme c’est le cas par exemple à Bibracte, des quartiers spécifiquement destinés aux activités artisanales. Certaines productions, telles les céramiques peintes décorées, témoignent d’un grand savoir faire. Le site d’Aulnat est connu pour avoir livré un corpus de vases à décoration peinte unique en Gaule. Un nouvel ensemble de vases peints a été découvert lors de la fouille du site de Gandaillat. Le thème privilégié reste la figuration stylisée d’animaux, cerfs ou chevaux. L’analyse stylistique de ce nouveau mobilier permet d’identifier des productions retrouvées en différents points du site comme appartenant à un même atelier. Certaines d’entre elle sont indubitablement été réalisées par un seul et même artisan.

Un secteur d’habitat du site de Gandaillat : bâtiment à solin de pierres, four à double alandier et structures domestiques
(C. Vermeulen, INRAP)
Un secteur d’habitat du site de Gandaillat : bâtiment à solin de pierres, four à double alandier et structures domestiques
(C. Vermeulen, INRAP)
Puits à cuvelage en pierre, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Puits à cuvelage en pierre, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

VI – Des contacts étroits avec le monde méditerranéen

Céramiques importées habituellement rares en Gaule interne (attestés à Gandaillat)
Céramiques importées habituellement rares en Gaule interne (attestés à Gandaillat)

Comme les autres peuples de Gaule centrale, les Arvernes commercent très tôt avec le monde méditerranéen. Sur le secteur de La Grande Borne, les témoignages de ce négoce à longue distance sont précoces (dès le début du IIIe s. av. J.-C.). Il s’agit de céramiques à vernis noir italique (cratère) et de récipients à pâte claire en provenance de Marseille (coupe ansée). Ils montrent une ouverture précoce sur le monde méditerranéen que peut expliquer la géographie du territoire arverne, largement tourné vers le sud. Au IIe s., le répertoire des céramiques importées se diversifie. A côté des campaniennes A importées d’Italie et des pâtes claires du Midi (essentiellement des cruches), on trouve quelques récipients en provenance de la côte catalane (pichets). Ces importations comptent fréquemment pour 1 à 2 % du vaisselier domestique sur le site d’Aulnat. Outre les classiques assiettes (formes Lamb.27 et 36), les coupes ansées (Lamb.42 et 68) et les bols.(Lamb. 27, 28, 31 et 33) en campanienne, on trouve sur le site des éléments nettement moins fréquents en Gaule interne : des lampes à huile, des plats à poisson Lamb. 23 ou encore un cratère originaire de Calès (forme Morel 4753). Ce faciès des importations montre une ouverture marquée sur le monde méditerranéen avec, notamment, l’adoption d’usages allogènes, ce qui constitue un fait relativement rare en Gaule centrale à date aussi haute.

Ce mobilier, en particulier les lampes à huile et plats à poisson, peuvent également témoigner d’une présence allochtone, de marchands grecs par exemple, sur le site. Les influences méditerranéennes pèsent également sur le vaisselier indigène. Progressivement, les potiers arvernes se mettent à reproduire la forme des récipients italiques. A la fin du IIe s. av. J.-C., un tiers de la vaisselle de table utilisée à Aulnat n’est pas d’inspiration indigène. Cent ans avant la conquête romaine, une certaine forme d’acculturation se développe en territoire arverne. A partir du milieu du IIe s. av. J.-C., les échanges avec l’Italie prennent des allures de commerce de masse. On estime, à partir des données collectées sur les différents secteurs de fouille, à environ 40 000 le nombre d’amphores vinaires consommées sur le site d’Aulnat, en l’espace d’une quarantaine d’années. Le site d’Aulnat joue alors le rôle de plaque tournante régionale dans les circuits de redistribution de ces produits.

VII – Pratiques funéraires et religieuses

Comme nous l’avons déjà évoqué, les vestiges funéraires sont nombreux sur le site. L’examen du mobilier montre qu’ils sont strictement contemporains des autres vestiges.

A la différence de ce qu’on observe sur les autres agglomérations protohistoriques de Gaule interne, il ne semble pas exister de grande nécropole constituée pour ce site. Les zones à destination funéraire se superposent à la trame d’occupation domestique et artisanale.

Comme sur les sites ruraux voisins, la séparation entre espace dédié aux vivants et espace réservé aux morts n’est pas nette et il est fréquent qu’une sépulture soit implantée à proximité immédiate d’une structure domestique. On observe néanmoins quelques regroupements ponctuels. C’est notamment vrai pour les dépôts de crémation de Gandaillat, qui paraissent strictement limités dans l’espace.

D’autres vestiges présents sur le site confinent aux domaines domestique et funéraire, voire religieux. Des fragments de corps, parfois en connexion, peuvent ainsi être retrouvés dans le comblement de structures domestiques. Restes de sépultures bouleversées par des recreusements plus récents ou dernières étapes de processus complexes de traitement des défunts, il est difficile de trancher.

Tombe du guerrier de Gandaillat
Tombe du guerrier de Gandaillat
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. 
(C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C.
(C. Vermeulen, Y. Deberge ; INRAP/ARAFA)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. (C. Vermeulen, INRAP)
Tombe du guerrier de Gandaillat, milieu du IIe s. av. J.-C. (C. Vermeulen, INRAP)

C’est également le cas pour ce qui est de la découverte, relativement fréquente, de crânes isolés dans le comblement de structures domestiques.

Dépôt céramique au fond d’un puits, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)
Dépôt céramique au fond d’un puits, secteur de Gandaillat (C. Vermeulen, INRAP)

Même si la preuve n’est pas apportée, on ne peut exclure l’hypothèse de pratiques en relation avec ce « culte » des têtes coupées mentionné par les auteurs antiques et ponctuellement attesté par l’archéologie. « Aux ennemis tombés, ils coupent la tête et l’attachent au cou de leurs chevaux… ils les embaument avec de l’huile de cèdre et les conservent soigneusement dans une caisse. » (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V29). Enfin, les fouilles du Brezet et de Gandaillat fournissent plusieurs exemples de dépôts qui ne peuvent être interprétés sous un angle purement fonctionnel. Certains rejets en puits comptent parfois des objets complets, faiblement usés, dont on explique mal la présence en contexte détritique. A l’inverse, d’autres peuvent porter les stigmates de mutilations volontaires (traces de coups, perforations, bris in situ…) avant dépôt.

Ensemble de céramiques provenant d’un puits, secteur de Gandaillat (Y. Deberge, ARAFA/INRAP)
Ensemble de céramiques provenant d’un puits, secteur de Gandaillat (Y. Deberge, ARAFA/INRAP)

Ces traitements particuliers témoignent de l’exercice de pratiques religieuses au sein même de zones d’habitat que l’on perçoit encore très mal. A la fois habitat, zone artisanale, espace funéraire et lieu de pratiques religieuses, le site d’Aulnat ne se conforme pas au modèle de l’habitat groupé protohistorique attesté ailleurs. Il n’en constitue pas moins la première agglomération des Arvernes. Sa position centrale, dans une zone agricole à très forte densité d’occupation, permet, sans trop de doutes, de l’identifier au chef-lieu de ce peuple au cours des IIIe et IIe s. av. J.-C.

La localisation des oppida de Corent, Gondole et Gergovie montre que le centre d’exercice du pouvoir ne se déplacera finalement que très peu au siècle suivant. La fondation d’Augustonemetum, cent ans plus tard et quelques kilomètres plus à l’ouest, ramène la capitale de cité dans la plaine.

Bègues (03) – Oppidum de Bègues

Type de projet : fouille programmée (« Bègues (03) – Oppidum de Bègues »)

Conduite du projet : Association pour la Recherche sur l’âge du Fer en Auvergne

Date : 2010-2011

Responsable : Patrick Pion

Notice et documents : Patrick Pion

I – Présentation

Le site des Charmes (commune de Bègues, arrondissement de Gannat, Allier) est un éperon barré implanté à l’extrémité d’un promontoire rocheux constitué par un affleurement cristallophyllien de gneiss à mica du socle antécambrien
Bègues (03) – Oppidum de Bègues. Localisation de l’Oppidum de Bègues (P. Pion / ARAFA).

Le site des Charmes (commune de Bègues, arrondissement de Gannat, Allier) est un éperon barré implanté à l’extrémité d’un promontoire rocheux constitué par un affleurement cristallophyllien de gneiss à mica du socle antécambrien.

Ce promontoire, qui culmine à 426 m NGF, présente un sommet tabulaire formant une plate-forme rectangulaire légèrement inclinée vers le nord, d’une superficie d’environ 6 ha.

Il est ceint sur ses côtés nord-est et nord-ouest par un méandre de la Sioule qu’il surplombe par des pentes raides d’environ 130 m, sur son côté sud-ouest par la vallée encaissée d’un petit affluent. Un large ensellement relie son côté sud-est au plateau calcaire oligocène en bordure duquel est établi le village actuel (456 m NGF), qui se superpose à un oppidum laténien et à une agglomération secondaire gallo-romain.

II – Bègues (03) – Oppidum de Bègues. Résultats préliminaires

Relevé micro-topographique

La campagne 2010 « Bègues (03) – Oppidum de Bègues » a été consacrée intégralement au relevé micro-topographique de la plate-forme supérieure de l’éperon.

Micro-topographie de la plate-forme et localisation des fouilles et sondages
Bègues (03) – Oppidum de Bègues. Micro-topographie de la plate-forme et localisation des fouilles et sondages (P. Pion / ARAFA).

Ce travail poursuivait deux objectifs :

  • disposer d’un document planimétrique fiable qui permette de localiser précisément les découvertes anciennes et les travaux plus récents (document réclamé par la CIRA, et dont l’absence à ce jour était provisoirement palliée par la carte IGN 1/25 000 et le cadastre, totalement insuffisants à cet égard)
  • obtenir une vision cohérente de l’organisation générale du site en analysant le modelé détaillé de la plate-forme.

Le travail de relevé, que l’on ne pouvait réaliser par la technique Lidar en raison du couvert végétal, a été effectué manuellement au sol. Il a consisté à prendre les coordonnées de plusieurs milliers points répartis sur l’ensemble des 4,8 ha de la plate-forme. Ces mesures, pour lesquelles nous avons recourus aux services de la société Véodis (université de Clermont-Ferrand), ont été réalisées en 4 campagnes dont la dernière en décembre 2010.

Résultat

L’analyse préliminaire du rendu – un modèle numérique de terrain ou MNT – révèle l’existence de nombreux reliefs artificiels géométriquement organisés qui quadrillent la plate-forme. Leur étude détaillée est en cours, mais on peut d’ores et déjà assurer qu’ils sont antérieurs au cadastre napoléonien, car la mémoire n’en est que partiellement conservée dans la structure parcellaire de ce dernier.

Ces reliefs témoignent de l’aménagement ancien de l’ensemble de la surface de l’éperon en deux grands ensembles :

  • une partie haute (« acropole ») à l’ouest, constituée de 2 éminences accolées de plan rectangulaire (« plate-formes ») installées sur le point culminant (426 m), entourées de terrasses nivelées
  • une partie basse, de pente faible orientée à l’est, sur un replat de laquelle est installé l’enclos hallstattien sondé en 2008-2009 ; cette partie basse comporte notamment un vaste espace trapézoïdal ouvert à l’est, faisant figure d’ « avant-cour », bordé au sud par les puissants pierriers dans lesquels Guillon a détecté le rempart.
En brun, les plates-formes et terrasses de la partie haute du site ; en jaune et vert, l’ « avant-cour » et le replat de l’enclos ; en bleu, l’amorce des pentes
Bègues (03) – Oppidum de Bègues. En brun, les plates-formes et terrasses de la partie haute du site ; en jaune et vert, l’ « avant-cour » et le replat de l’enclos ; en bleu, l’amorce des pentes (P. Pion / ARAFA).

Le tracé supposé du rempart n’est détectable qu’au sud de la plate-forme, où le barrage de l’éperon est matérialisé sur environ 200 m par une rupture de pente abrupte, semble-t-il artificiellement retaillée dans le substrat (fig. 3). À l’est, cette arête vient mourir quelques mètres au-dessus du chemin ancien conduisant au gué de la Sioule, suggérant un retour de la fortification vers le nord où elle pourrait prendre appui sur l’affleurement naturel apparaissant en contrebas de l’enclos, ainsi qu’il a été pressenti lors de l’examen des clichés aériens anciens de l’IGN. Elle contrôlerait ainsi le passage obligé de ce chemin longeant le ravin ouest, au point où la bande disponible est la plus étroite.

À l’ouest, l’arête marquant l’emplacement du rempart est adoucie et moins nettement marquée, le secteur ayant eu probablement à souffrir de l’élargissement du chemin d’accès aux parcelles cultivées. Au centre, seul endroit où les vestiges du rempart semblent conservés, les deux puissants éboulis où furent implantées les fouilles Guillon et le segment de parement A étudié en 2009 forment une puissante masse trapézoïdale en retrait, qui suggère l’existence de bastions encadrant une entrée aménagée, voire précédant une seconde ligne intérieure de fortification. Cette hypothèse devra évidemment être vérifiée en fouille, mais il est clair que le segment de rempart observé en coupe par Guillon n’est pas dans l’alignement général de la rupture de pente artificielle marquant l’emplacement du rempart de barrage.

Le rempart de barrage et le contrôle du chemin ancien menant du plateau au gué de la Sioule (« voie romaine »)
Bègues (03) – Oppidum de Bègues. Le rempart de barrage et le contrôle du chemin ancien menant du plateau au gué de la Sioule (« voie romaine ») (P. Pion / ARAFA).

Ces relevés n’ont en revanche pas permis de détecter clairement le tracé du rempart de contour qui devait enclore le site, côté Sioule notamment où, dominant la plaine, il est impensable qu’il n’ait pas existé et donné toute sa visibilité au site. Quelques reliefs dans l’angle Nord-Ouest de la plate-forme, en deçà du chemin et dans un secteur qui livre en prospection du mobilier hallstattien, pourraient en constituer un témoin. Il est vraisemblable qu’il a été oblitéré par le chemin de contour, ses matériaux ayant été basculés anciennement dans la pente, comme il est fréquent sur des sites de même nature. Ou qu’il fût implanté en léger contrebas de la plate-forme. Seul un relevé micro-topographique des pentes couplé à une prospection électromagnétique et à des sondages est susceptible d’en révéler la trace, comme celle – pressentie – d’aménagements annexes.

III – Bègues (03) – Oppidum de Bègues. Perspectives

Le programme prévu pour « Oppidum de Bègues » 2011 est la poursuite et si possible (selon moyens financiers) l’achèvement du relevé pour avoir une idée claire des aménagements dans l’environnement de la plate-forme (pentes et ensellement joignant l’éperon à l’oppidum laténien sous le village), ainsi que des tests de prospection géophysique en divers points du site. Ces études achevées, on devrait être à même de lancer en 2012 le programme de fouilles proprement dit.

L’alimentation carnée

L’alimentation carnée : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteur : Sylvain Foucras, avec les études de : J. Richardson, ARAFA (Le Pâtural) ; V. Forest, (Gandaillat) ; P. Caillat, (Gandaillat et Pulvérière) ; I. Rodet Belarbi, (Gerzat)

  • I – Les espèces animales consommées
  • II – Traces de consommations

« Leur nourriture consiste en un peu de pain et beaucoup de viande bouillie ou rôtie sur des charbons de bois ou des broches. Ils mangent proprement mais avec un appétit de lion, soulevant de leurs deux mains des membres entiers dans lesquels ils mordent […] »

Posidonios d’Apamée, Athénée IV, 36

Au regard du nombre considérable d’ossements animaux prélevés au sein des habitats arvernes, on peut effectivement donner raison au témoignage de Posidonios d’Apamée : la viande parait bien constituer le plat central de l’alimentation des gaulois.

Ce sont les structures détritiques où ont été amassées les poubelles de repas qui nous livrent la majorité de ces vestiges alimentaires. Ossements souvent mal préservés, fragmentés, ce mobilier constitue pourtant une source de données indispensable à la compréhension des habitudes alimentaires de l’âge du Fer.

I – Les espèces animales consommées

Le choix des espèces consommées varie selon les modes de vies : ferme isolée, habitats groupés ou oppidum, dans la plaine ou sur les reliefs, la part des animaux change.

La maîtrise des techniques agricoles et particulièrement de l’élevage abolit les activités de chasse à des fins alimentaires et les espèces sauvages n’apparaissent plus dans les assiettes qu’à titre exceptionnel. Le gibier n’est généralement présent qu’à travers quelques vestiges sur les habitats et rien n’indique le plus souvent qu’il s’agit de viandes consommées.

Les activités de chasse devenant l’apanage des élites guerrières, la faune sauvage apparaît plus fréquemment sur les habitats au statut plus élevé. Ainsi, les quelques restes d’animaux sauvages que livre l’établissement agricole du Pâtural voient les cervidés dominer le l’échantillon. Sur les exploitations voisines, au statut plus modeste, la faune sauvage est anecdotique. Exit donc l’image du gaulois chasseur et avec elle le sanglier rôti, animal par ailleurs absent des habitats arvernes.

Ce sont donc les espèces domestiques qui prévalent à la table des Gaulois en général, et des Arvernes en particulier, et principalement les trois espèces domestiques que sont le porc, le mouton et le bœuf.

L'alimentation carnée. Crane de porc (S. Foucras)
Crane de porc (S. Foucras)
L'alimentation carnée. Concentration d’ossements issus de la consommation dans le sanctuaire de Corent (S. Foucras)
Concentration d’ossements issus de la consommation dans le sanctuaire de Corent (S. Foucras)
L'alimentation carnée. Scapula (omoplate) de bœuf perforée par un croc de boucher lors de sa suspension (S. Foucras)
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Porcins, ovins et bovins sont présents dans la totalité des dépotoirs arvernes mais en quantités variables. L’habitat groupé d’Aulnat, qui pourrait s’apparenter à une agglomération, voit le porc favorisé alors que plus loin en Limagne les fermes privilégient davantage le bœuf, peut-être plus facile à élever sur une zone à tendance marécageuse peu favorable à l’élevage ovin. C’est le cas au Pâtural comme sur la ferme voisine au lieu-dit Rochefort. En y regardant de plus près, il ne s’agirait que d’une partie du cheptel, abattu jeune pour une viande plus tendre, alors qu’une autre partie atteignait un âge plus avancé, caractéristique des bêtes de sommes. Bien que rarement l’espèce la mieux représentée sur les habitats, les moutons apparaissent comme étant la seconde espèce consommée. L’âge de mise à mort souvent avancé nous indique que cet animal était davantage élevé pour ses apports en laine ou en lait par exemple, donc de son vivant, plutôt que pour sa chaire, qui ne constitue plus qu’un complément alimentaire. D’autres animaux comme le cheval et le chien sont à mentionner comme faisant partie du menu mais de manière plus anecdotique. C’est aussi le cas de la volaille dont la fragilité des restes explique sans doute la faible représentation de la basse coure sur les habitats, de même aussi que les poissons, très rares parmi les vestiges animaux et dont la consommation ne semble pas avoir été particulièrement développée chez les Arvernes jusqu’à l’époque romaine.

L'alimentation carnée. Scapula (omoplate) de bœuf perforée par un croc de boucher lors de sa suspension (S. Foucras)
Scapula (omoplate) de bœuf perforée par un croc de boucher lors de sa suspension (S. Foucras)
L'alimentation carnée. Sépulture 5889 de Chaniat-Malintrat (S. Foucras)
Sépulture 5889 de Chaniat-Malintrat (S. Foucras)

Dans la sphère funéraire, la coexistence de pratiques mettant en jeu l’inhumation ou l’incinération ne semble pas avoir d’effet sur le choix des dépôts alimentaires carnés, et c’est le porc qui est favorisé. Les exemples, bien qu’assez peu nombreux en Auvergne, semblent conformes aux pratiques constatées chez les peuples voisins : un jambon dans une sépulture de Gandaillat a été déposé sur les genoux du défunt ; des quartiers de viandes dans le cénotaphe de Chaniat-Malintrat, disposés de sorte à « reconstituer » l’animal, ou encore des vestiges carbonisés, mêlés à ceux des individus incinérés de Pulvériere. La richesse du mobilier découvert dans ces sépultures témoigne généralement d’un statut élevé des défunts : pièces d’armement, parures, les dépôts alimentaires semblent le plus souvent faire partie d’un ensemble d’éléments réservés à une certaine frange de la population dont les attributs guerriers sont manifestes dans la plupart des cas.

L'alimentation carnée. Sépulture 5889 de Chaniat-Malintrat (S. Foucras)
Sépulture 5889 de Chaniat-Malintrat (S. Foucras)

Les autres espèces animales généralement présentes sont les mêmes que dans la cellule domestique. Parfois, des dépôts témoignent de rituels pratiqués, comme cette chèvre complète à Gandaillat qui semble avoir été égorgée et possiblement éventrée (étude V. Forest), mais cela reste très exceptionnel.

L'alimentation carnée. Ossements d’ animaux découverts dans le fond d’un pot à cuire (S. Foucras)
Ossements d’ animaux découverts dans le fond d’un pot à cuire (S. Foucras)

Les activités religieuses font également l’objet de pratiques de consommations. On le voit sur le sanctuaire de Corent, où elles font l’objet de grands banquets qui mettent en jeu des quantités considérables de nourritures, si l’on s’en réfère aux dizaines de milliers de vestiges animaux présents. Mis à part des pratiques précises qui semblent relever directement du rituel proprement dit, les espèces animales consommées sont les mêmes que celles des repas profanes. Le porc est là encore majoritaire, suivi des caprinés et du bœuf. Aux abords directs de ce sanctuaire, la zone d’habitat de l’oppidum livre très majoritairement des ossements bovins, rejetés pour l’essentiel des activités de boucheries ; le bœuf qui prédomine sur l’ensemble des oppida du bassin Clermontois mais aussi dans l’Allier, à Cusset ou Hérisson, semble alors l’animal privilégié sur les oppida.

II – L’alimentation carnée. Traces de consommations

L'alimentation carnée. Ossements dispersés sur un niveau de sol oppidum de Corent (S. Foucras)
Ossements dispersés sur un niveau de sol oppidum de Corent (S. Foucras)

Il n’est pas évident de mettre en lumière des activités de consommation. C’est souvent la présence d’ossements issus des parties du squelette les mieux pourvues en viande, comme les membres, l’échine ou la poitrine, qui suggèrent la présence de pièces bouchères. L’étude des traces laissées sur les ossements nous montrent les coups portés par les couteaux ou hachoirs des bouchers : os désarticulés, fendus ou découpés, les impacts laissent entrevoir des techniques précises mises en œuvre tout au long de l’âge du Fer qui n’évolueront qu’à la période romaine. Du consommateur on ne décèle que de fines traces parfois incisées sur la surface de l’os qui laissent entrevoir l’utilisation de petits couteaux.

Demeurent les traces de la cuisson des viandes. Les stigmates d’un passage à la flamme se généralisent mais la part des viandes bouillies voire mangées crues reste difficile à déterminer et c’est le mode de préparation culinaire ou encore de conservation des aliments qui reste posé…

L’évolution des cultures au cours des cinq derniers siècles avant la conquête romaine

L’évolution des cultures : cet article a été publié en 2015 par M. Cabanis, Y. Deberge, L. Bouby, M. Hajnalovà, P. Marinval, C. Mennesssier-Jouannet, C. Vermeulen et G. Vernet dans Archaeological and Anthropological Science

  • I – Résumé
  • II – Introduction
  • III – Matériaux et méthodes
  • IV – Résultats
  • V – Discussion
    • Plantes héritées des périodes précédentes et nouvelles cultures
    • Vers une spécialisation des cultures à partir du IIe siècle avant JC: la transformation du système agricole
  • VI – Conclusion
  • VII – Bibliographie

I – L’évolution des cultures. Résumé

L'évolution des cultures. Localisation des sites dans le bassin de Clermont-Ferrand
Localisation des sites dans le bassin de Clermont-Ferrand (numéros de sites : voir aussi Tableau 1)

Depuis plusieurs décennies, un nombre croissant de sites protohistoriques d’Auvergne (Massif Central, France) – fouillés pour la plupart grâce à l’archéologie préventive – font l’objet de collecte d’analyses archéobotaniques. Cette étude présente les résultats archéobotaniques de dix sites de La Tène datant des cinq derniers siècles avant la conquête romaine. En plus de fournir un inventaire des taxons, cet article concerne les cultures et les méthodes de culture des cultures. Ces résultats sont interprétés dans un contexte plus large, traitant des pratiques culturales, des cultures arables, du stockage et de la consommation. Les sites sont situés dans la plaine de la Limagne dans un rayon de 50 km autour de la ville de Clermont-Ferrand. Au total, 23 579 vestiges carpologiques ont été identifiés à partir de 163 échantillons de sédiments totalisant un volume de 1 096 l.

Comparable à d’autres sites en Gaule, le spectre des céréales et des légumineuses est restreint. L’épeautre (Triticum spelta), le petit épeautre (Triticum monococcum) et le millet sétaire (Setaria italica) disparaissent ou deviennent rares. Un meilleur contrôle des techniques agricoles et des rendements accrus est supposé au cours des cinq siècles de l’époque de La Tène. La culture mixte est ainsi remplacée par le semis de monocultures. Au début de cette période, les systèmes agricoles sont dominés par une polyculture de céréales et de légumineuses. Ils se spécialisent au cours des deux derniers siècles avant la conquête romaine ; la diversité des céréales et des légumineuses est diminuée.

II – L’évolution des cultures. Introduction

Au cours de la dernière décennie, l’archéobotanique est devenue de plus en plus courante dans l’archéologie préventive française. Cet article synthétise les données de plus de 163 échantillons archéobotaniques, provenant de dix sites situés dans un rayon de 50 km autour de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. Les sites archéologiques sont tous situés dans la Grande Limagne, plaine sculptée par l’Allier. C’est une région attractive pour l’occupation humaine depuis le Néolithique, grâce aux sols noirs très fertiles sur calcaire oligocène (Ballut et Guichard 2005). Les zones humides sont toujours présentes en raison d’un mauvais drainage. La région du Puy-de-Dôme est une zone de forts contrastes climatiques, allant des conditions océaniques aux conditions continentales, englobant montagnes et plaines. La végétation potentielle de la plaine de la Limagne appartient à l’étage végétal sub-méditerranéen, dominé par la présence de chênes pubescents à des altitudes allant de 300 à 500 m (Antonetti et al.2006).

La plaine de la Limagne est très étudiée par l’archéologie préventive déclenchée par l’urbanisme de Clermont-Ferrand et la construction de routes. L’histoire de l’occupation humaine en Grande Limagne à l’époque de La Tène est bien connue (Collis et al.1997 ; Collis et al.1997 2000 ; Deberge et al.2007a ; Deberge et al.2007b ; Deberge et al.2007c ; Mennessier-Jouanet et Deberge 2007 ; Mennessier-Jouannet 2013). Aux Ve et IVe s. avant J.-C., des établissements dispersés étaient situés dans un paysage ouvert déjà déboisé. Au cours des troisième et deuxième siècle avant J.-C., l’activité humaine est devenue plus intense. Ceci est indiqué par un système de terrain bien délimité et un vaste système de drainage en fossés. Cela résulte de l’augmentation de la densité de population et de l’augmentation de la complexité socio-économique. Les fermes et les zones urbaines se sont mieux intégrées, entraînant le développement de grands sites défendus de l’âge du Fer, oppida, à la fin du IIe s. avant J.-C.. Par exemple, le site de Pâtural était une seule ferme (Deberge et al.2007c), tandis que le site de Gandaillat était un établissement ouvert proto-urbanisé relativement important (Deberge et al.2007a). Gondole est le seul oppidum à partir de laquelle des données archéobotaniques ont été incluses dans notre étude (Deberge et al. 2009)

Les informations archéologiques recueillies sur les sites de peuplement en Auvergne, y compris les fermes, la ville et un oppidum, suggère un passage d’une économie d’autosuffisance ou de subsistance

Une économie dite industrielle à la fin de l’âge du Fer (Collis et al. 1997 ; Collis et al. 1997 2000 ; Mennessier-Jouannet 2013). C’est ce que montre par exemple l’organisation systématique du paysage agricole avec un système de champs couvrant la plaine de la Grande Limagne, établi approximativement à partir du IIIe s. avant J.-C.

à partir de (Collis et al. 1997 ; Collis et al. 2000 ; Guichard et al. 2007). L’objectif de la présente étude est d’évaluer si cette évolution générale de l’économie se reflète également dans le spectre des plantes cultivées et dans les pratiques agricoles, comme le laisse percevoir l’analyse des données archéobotaniques. Les changements dans les pratiques culturales au cours des cinq derniers siècles avant la conquête romaine peuvent être détectés par une approche diachronique.

L'évolution des cultures. Liste des 30 événements chronologiques avec leurs informations pertinentes
Liste des 30 événements chronologiques avec leurs informations pertinentes

III – L’évolution des cultures. Matériaux et méthodes

Dix sites sont considérés dans notre étude. On distingue trois types de sites (n° dans la première colonne du Tableau 1). La plupart des sites sont interprétés comme des fermes uniques, comme Pâtural [n° 1, 3, 9, 15 et 19], A710 [n°. 2], la Mothe [n° 4], Sarliève [n° 5, 10, 21, 26], La Montille [n° 6, 8], Le Marais [n° 25] et Les Foisses [n° 13]. Deux agglomérations ou villes sont identifiées : Gandaillat [n° 12, 16, 17, 20, 23 et 24] et Av. de Lattre [n° 11, 14, 18, 22 et 30]. Seulement un oppidum a été étudié : Gondole [n° 27, 28 et 29].

L'évolution des cultures. Sériation chronologique : liste des 30 occurrences chronologiques prises en considération
Sériation chronologique : liste des 30 occurrences chronologiques prises en considération

Au total, 161 échantillons ont été collectés dans divers contextes, notamment des puits, des fosses, des fossés, des fours et des céramiques (78 éléments). La plupart (141) des échantillons proviennent de contextes secs, où les graines sont principalement conservées par carbonisation. Trois puits (20 échantillons) des sites de Sarliève-Grande Halle et de Gondole (IIe-Ier s. av. J.-C.) ont livré des macrorestes gorgés d’eau (Tableau 1 ; n° 24, 27 et 28).

Au total, 929 l de sédiments ont été tamisés à l’aide de tamis de laboratoire à mailles de 2 et 0,5 mm. Les sédiments des sédiments anoxiques, humides ont été tamisés à l’eau et les sédiments des contextes secs ont été flottés (Tableau 1). Après flottation, les échantillons de contextes secs ont été séchés à l’air libre. Tous les macrorestes ont été triés et examinés à l’aide d’un stéréomicroscope avec un grossissement de ×10–63. Des macrofossiles végétaux ont été identifiés par M. Cabanis, L. Bouby et M. Hajnalovà par comparaison avec du matériel de référence moderne et à l’aide de la littérature d’identification pertinente (Beijerinck1947 ; Cappers et al.2006 ; Montégut1984 ; entre autres). Par exemple, deux moitiés étaient considérées comme une seule graine. La quantité moyenne de restes végétaux n’atteint que 50 pièces par litre tamisé. Au total, nous avons identifié 20 806 restes végétaux.

Notre objectif ici est de synthétiser l’information à l’aide d’analyses quantitatives des données. Nous avons décidé de concentrer nos analyses sur les informations provenant des restes végétaux carbonisés, les plus abondants. Les matériaux gorgés d’eau sont considérés séparément, à titre d’information complémentaire.

Les assemblages carbonisés que nous avons étudiés contiennent généralement des densités faibles à moyennes de restes végétaux fortement mélangés. Ils doivent être considérés comme des thanatocoénoses (Willerding 1971 ; Jacomet 2013). Aucune concentration de cultures ou d’assemblages fermés n’a été rencontrée dans les sites. Notre matière carbonisée n’étant composée que de thanatocoénoses (c’est-à-dire des déchets), nous avons décidé de le considérer comme un ensemble de données unique. Nous n’avons pas comparé les échantillons directement. Afin d’avoir des unités quantitativement plus significatives, nous avons comparé les occurrences chronologiques d’occupation.

Beaucoup de nos sites ont été occupés durant plusieurs phases chrono-culturelles de La Tène A à la fin de La Tène D. Au total, nous avons identifié 27 occurrences chronologiques de sites uniques en ne considérant que les restes végétaux carbonisés (Tableau 1). Une occurrence chronologique correspond à l’occupation d’un site pendant une période d’environ 50 à 100 ans. L’occurrence chronologique est alors l’unité sur laquelle la plupart des analyses statistiques ont été effectuées. Lorsque l’on considère les restes végétaux gorgés d’eau, seules trois occurrences chronologiques peuvent être identifiées.

Un inconvénient important de cette approche est que le nombre d’échantillons disponibles par occurrence chronologique varie dans une certaine mesure (de 1 à 24 échantillons en fait ; 1). Cela pourrait bien sûr altérer la comparabilité des résultats. Nous devrons garder ce fait à l’esprit lors de l’interprétation des résultats.

Cependant, des études antérieures ont prouvé l’efficacité des comparaisons statistiques de données archéobotaniques d’un grand nombre de sites pour mettre en évidence des tendances spatio-temporelles, même lorsqu’il existe une forte hétérogénéité concernant les stratégies et les méthodes d’échantillonnage entre les sites, et même lorsque les données ne sont enregistrées que sous forme de présence/absence de taxons (Colledge et al. 2005). Dans le cas présent, l’hétérogénéité n’est pas si forte ; nous ne comparons que les données des matériaux carbonisés, des assemblages ouverts et des échantillons tamisés finement.

Toutes les analyses statistiques ont été réalisées avec XLSTAT-Pro™ Ajout de statistiques Microsoft Excel et PAST™ (Hammer et al. 2001). L’abondance des restes végétaux est évaluée à l’aide d’un indice semi-quantitatif. L’indice d’abondance se classe de 1 à 4 selon le pourcentage de taxons pour chaque occurrence chronologique : 1=(0-10 %) ; 2=(10–35 %) ; 3=(35–60 %) ; 4=(60–100 %). Les indices sont cumulés pour évaluer l’importance globale des taxons (Bouby 2000 ; Cabanis et al. 2010). Cette méthode a l’avantage de combiner à la fois la diversité taxonomique et l’abondance dans un même échantillon, ce qui permet de prendre en compte des taxons peu communs.

Les plantes sauvages sont classées selon leurs propriétés écologiques actuelles (Fournier 1990 ; Guinochet et Vilmorin R de 1973-1984 ; Jauzein 1995). Ils sont organisés en classes phytosociologiques, méthode couramment utilisée en paléobotanique et en paléoécologie (compilation de la littérature dans Jones 1991). Les mauvaises herbes au sens moderne comprennent les mauvaises herbes des cultures d’hiver (Secalinetea) et les mauvaises herbes des cultures d’été (Chénopodète).

Les autres plantes sauvages appartiennent aux terrains vagues, prairies, zones humides, lisières, communautés rocheuses et forestières. Bien sûr, nous sommes conscients que la composition des communautés végétales peut avoir changé avec le temps, surtout lorsque l’on considère les communautés synanthropiques (par exemple Behre et Jacomet 1991). Bon nombre des taxons inclus ici dans les communautés végétales autres que les communautés de mauvaises herbes peuvent très bien avoir poussé comme des mauvaises herbes pendant l’âge du Fer. Ici, l’utilisation de classes phytosociologiques a pour but de résumer et de décrire nos données, pas de reconstituer directement la végétation locale autour des sites.

L'évolution des cultures. Comparaison de l'abondance (indice cumulé) pour les céréales (une) et les légumineuses (b) La Tène précoce à tardive pour 27 occurrences chronologiques avec des assemblages carbonisés dans le bassin de Clermont-Ferrand
Comparaison de l’abondance (indice cumulé) pour les céréales (une) et les légumineuses (b) La Tène précoce à tardive pour 27 occurrences chronologiques avec des assemblages carbonisés dans le bassin de Clermont-Ferrand

Nous avons utilisé l’analyse des correspondances (AC) sur les données brutes des restes carbonisés pour résumer les variations des communautés végétales sauvages. L’analyse des correspondances est plus pratique que la plupart des autres méthodes d’ordination, car elle ordonne automatiquement à la fois les échantillons et les taxons. La procédure d’ordination AC est conçue pour calculer un ensemble de variables théoriques (synthétiques) (axe) le long desquelles les taxons et les échantillons sont notés et rangés en fonction de similitudes de composition (échantillons) ou de cooccurrence (taxons).

L'évolution des cultures. Diagramme d'analyse factorielle des correspondances (axes F1 et F2) des phases de la période de La Tène et des variables de groupe écologique du bassin de Clermont-Ferrand pour les taxons sauvages identifiés à partir de restes carbonisés
Diagramme d’analyse factorielle des correspondances (axes F1 et F2) des phases de la période de La Tène et des variables de groupe écologique du bassin de Clermont-Ferrand pour les taxons sauvages identifiés à partir de restes carbonisés
L'évolution des cultures.

Liste des plantes sauvages du bassin de Clermont-Ferrand, époque La Tène, classées en classes phytosociologiques

L’analyse des correspondances est réalisée sur 86 espèces, 27 occurrences chronologiques. Comme d’habitude, seules les informations obtenues à partir de l’analyse des restes végétaux carbonisés sont prises en compte.

L’évolution de la diversité des cultures au cours de la période de La Tène est estimée à l’aide de deux indices. La première représentation est un schéma de broche (PAST™ logiciel) indiquant la diversité des taxons au fil du temps. Les occurrences chronologiques sont inscrites en lignes et les taxons en colonnes. Le deuxième graphique est une diversité courbe montrant l’émergence et l’extinction des taxons à l’époque de La Tène (PAST™ Logiciel). Cette représentation présente une richesse spécifique (nombre d’espèces) selon les occurrences chronologiques. Ces indices sont calculés séparément pour les céréales et les légumineuses. Dans cet article, la nomenclature des plantes suit la Flora Europaea (Tutin et al. 1964–80).

IV – Résultats

Les taxons identifiés comprennent 11 céréales, 7 légumineuses et 11 espèces fruitières éventuellement cultivées/récoltées (tableau 2).

Céréales : comme nous pouvons voir sur la Fig. 3a au début de La Tène (La Tène A et B), Hordeum vulgare (orge) est la céréale la plus courante, suivie par Triticum aestivum/turgidum (blé nu tétra – ou hexaploïde). Cependant, une gamme de céréales cultivées est également observée, notamment Triticum dicoccum (emmer), Triticum monococcum (petit épeautre), Triticum spelta (orthographié), Avena sp. (avoine), Panicum miliaceum, Setaria italica (genêt et millets de sétaire), Hordeum vulgare var. nudum (orge nue) et Secale céréales (seigle).

Au milieu de La Tène (La Tène C), H. vulgaire reste la céréale la plus répandue, suivie de près par T. dicoccum et Avena sp. Par feu La Tène (La Tène D), H. vulgaire est la principale céréale. T. spelta, T. monococcum, S. cereale, H. vulgarevar. nudum ne sont plus identifiés. S. italica, P. miliaceum, Avena et T. aestivum/ turgidum sont toujours présents. T. dicoccum est maintenant d’une importance mineure.

L'évolution des cultures. Observation graphique des céréales pendant la période de La Tène : diagramme des broches avec le logiciel PAST
Observation graphique des céréales pendant la période de La Tène : diagramme des broches avec le logiciel PAST

Les légumineuses : l’assemblage des légumineuses cultivées du début de La Tène est diversifié. Lens culinaris est d’une importance primordiale, suivi par Pisum sativum et Vicia sativa. Les autres légumineuses cultivées comprennent Vicia faba, Vicia ervilia, Lathyrus odoratus et Lathyrus cicera/sativus. P. sativum, V. sont toujours importantes dans les sites de La Tène C. Par feu La Tène, V. sativa, L. culinaris, V. ervilia et P. sativum sont toujours présents.

Fruits, plantes oléagineuses/textiles et herbes (tableau 2) : seuls quatre taxons sont présents au début de La Tène : Corylus avellana, Sambucus ebulus, Vitis sp. etPetroselinum crispum. Au milieu de La Tène Sambucus nigra/racemosa, Prunus spinosa, Brassica rapa et Brassica noir et Cornus sp. sont présents. La Tène tardive montre la diversité avec Arbutus unedo, Rubus fructicosus, Prunus spinosa et Prunus avium, Rubus idaeus, Fragaria vesca et Anethum graveolens étant identifié. Ces derniers sont surtout présents sur le site de Gandaillat puits 900 [no. 24, Tableau 1]. Cette diversité de fruits dépend de leur conservation gorgée d’eau.

Mauvaises herbes et plantes sauvages : huit communautés écologiques sont prises en compte (Tableau 3). Les adventices des cultures d’hiver et d’été constituent les principales communautés végétales (La Tène B et C/D). Le tracé des deux premiers axes du CA montre que les communautés de lieux rocheux, friches et forêts sont liées à La Tène A. Les plantes de prairies/prairies sont bien représentées au cours de La Tène B. Les zones humides et la flore de lisière sont relativement importantes et diversifiées pendant La Tène D.

L'évolution des cultures. Courbe de diversité avec origine et extinction des céréales pendant la période de La Tène (logiciel PAST)
Courbe de diversité avec origine et extinction des céréales pendant la période de La Tène (logiciel PAST)
L'évolution des cultures. Graphic observation of pulses (spindle diagram) and b diversity curve with origination and extinction of taxa during La Tène period (PAST™ software)
Graphic observation of pulses (spindle diagram) and b diversity curve with origination and extinction of taxa during La Tène period (PAST™ software)

L’effet Guttman (Guttman 1953) visible sur le tracé des deux premiers axes du CA souligne la répartition chronologique des phases. Herbes d’hiver/automne, les prairies sont liées aux premières périodes protohistoriques jusqu’à La Tène C [n° 1 à 8, Tableau 1], tandis que les adventices des cultures d’été sont plus étroitement associées à La Tène C, D et La Tène tardive [n° 9 à 25, Tableau 1].

L'évolution des cultures. Results during La Tène period sites in Clermont-Ferrand basin; crops and food plants
Results during La Tène period sites in Clermont-Ferrand basin; crops and food plants
L'évolution des cultures. Results during La Tène period sites in Clermont-Ferrand basin, ecological groups in diversity and abundance
Results during La Tène period sites in Clermont-Ferrand basin, ecological groups in diversity and abundance

V – Discussion

Plantes héritées des périodes précédentes et nouvelles cultures

Au début de la période de La Tène, la gamme des plantes récoltées se diversifie. Les céréales, H. vulgare, H. vulgare var. nudum, T. dicoccum, T. monococcum, T. aestivum/turgidum., P. miliaceum, S. italica et les légumineuses, L. culinaris, V. sativa, P. sativum, V. faba, V. ervilia et Lathyrus cicerea/sativus identifiés en Auvergne sont largement comparables aux autres régions de France (Bouby 2014 ; Matterne 2001) et de l’Europe durant le deuxième âge du Fer (Van der Veen 1992 ; Van der Veen 2007 ; Henriksen et Robinson 1996 ; Stika 1999 ; Alonso 2008 ; Bakels 2009 Kreuz et Schäfer 2008 ; Jacomet et al. 2009 ; Grabowski 2011). Toutes les plantes oléagineuses, herbes, arbres fruitiers et noix pourraient avoir été cultivés ou collectés localement, sauf A. unedo (arbousier) originaire du bassin méditerranéen.

S. céréale est peu identifié dans les sites de la Tène ancienne et moyenne en Auvergne. Aucun assemblage proche n’a été trouvé jusqu’à présent et les quantités de restes de seigle sont trop faibles pour suggérer que la plante aurait pu être cultivée. Concernant notre région d’étude, l’hypothèse d’une culture précoce du seigle à l’époque néolithique (Marinval 2009) n’est pas confirmée et doit être rejetée. En Gaule, l’exploitation du seigle commence véritablement à l’époque romaine (Matterne 2001 ; Zech-Matterne et al. 2009). La culture de Avena sativa est attestée dans certaines régions de la Gaule à l’âge du Fer (Marinval 1988 ; Zech-Matterne et al. 2009 ; Ruas et al. 2012). En Gaule occidentale, il est suggéré par l’augmentation des pourcentages de Avena sp. (Ruas et al. 2012). Cependant, dans le bassin de Clermont-Ferrand, nous n’avons pas de preuve à ce jour que l’avoine était autre chose qu’une mauvaise herbe à l’âge du Fer.

Vers une spécialisation des cultures à partir du IIe siècle avant JC: la transformation du système agricole

Les courbes de diversité et les diagrammes des fuseaux illustrent que moins de céréales et les légumineuses sont utilisés à travers la période de La Tène. Au cours de La Tène A à C1, un assemblage diversifié de cultures est observé, qui est réduit à la fin de La Tène (IIe au Ier siècle avant JC).T. spelta, T. monococcum, S. italica et P. miliaceum disparaissent ou se raréfient dans le bassin de Clermont-Ferrand, selon des schémas observés ailleurs en Gaule.

Le même phénomène est observé pour les impulsions, telles que Vicia faba, Lathyrus cicera/sativus, qui disparaissent vers la fin de la période de La Tène. Dans la lignée des observations faites ailleurs en Gaule (Matterne 2001 ; Zech-Matterne et al. 2009), les agglomérations se développent dans le bassin de Clermont-Ferrand vers la fin de l’époque gauloise au détriment des réseaux agricoles qui caractérisent l’époque de La Tène (Collis et al. 1997 ; Deberge et al.2007c).

A l’époque de La Tène, la maîtrise des techniques agricoles (Collis et al.1997 ; Collis et al.1997 2000) et des rendements accrus auraient permis aux agriculteurs de passer de la polyculture à une gamme plus spécialisée de plantes cultivées. Cette tendance, déjà observée par Zech-Materne et al. (2009) dans l’inventaire réalisé sur les habitats ruraux en France, semble se confirmer dans le bassin de Clermont-Ferrand.

Au début de la période de La Tène, les systèmes agricoles étaient dominés par une combinaison de céréales et de légumineuses puis au cours des deux derniers siècles avant la conquête, le système agricole s’est spécialisé. Données palynologiques de Saint-Beauzire (Prat 2006 ; Prat et Mennessier-Jouannet 2007) étayent cette interprétation en impliquant l’ouverture progressive du paysage et les débuts d’une exploitation intensive de la plaine avec la culture des céréales et le pâturage des prairies pérennes ou permanentes au début de la période de La Tène. A la fin de La Tène, les prairies/pâturages de la plaine étaient très bien implantés. En effet, les types de pollen communs aux prairies/pâturages humides prédominent dans les spectres polliniques (Prat 2006 ; Prat et Mennessier-Jouannet 2007), pointant vers les zones pâturées principalement sur les peuplements humides.

L’analyse archéobotanique de la ferme Pâtural [n° 1, 3, 9, 15 et 19] – en utilisant deux modèles : ethnographique (Hillman1981, 1984 ; Jones1984 ; Van der Veen1992) et archéologique (Jones 1985) – suggère qu’un site de production, avec une agriculture extensive, basée sur la culture d’une gamme de cultures a été établi dès la moyenne La Tène (Hajnalovà 2007).

La situation est probablement inverse pour les fruits (tableau 2). Des taxons tels que P. avium, Rubus idaeus, R. fructicosus ouFragaria vesca sont préservés par l’engorgement (tableaux 1 et 2 ; non. 24). Les restes de fruits sont carbonisés (tableau 1 et 2). Cet arbousier est originaire de la région méditerranéenne. Ce fruit est à peine attesté par l’archéobotanique au cours de l’âge du bronze final dans le sud de la France (Bouby 2014). Il aurait pu être importé en Auvergne des régions méridionales à la fin du IIe s. av.2006 ; Haselgrove 2006 ; Reddé et al. 2011) et le Massif-Central s’illustre par le volume et l’ampleur des importations, notamment de vin et de céramique (Deberge et al. 2007a)

Dans le centre et le centre-est de la Gaule (Wiethold 2000 ; Cabanis 2004 ; Cabanis 2007 ; Cabanis 2010 ; Vallat et Cabanis 2009 ; Vallat et Cabanis 2011), ce mode de consommation alimentaire est évident dès la fin de l’âge du Fer et s’intensifie à l’époque romaine, c’est peut-être la même tendance dans le Massif-Central. L’agriculture et l’alimentation humaine sont fortement influencées par la « romanisation » rapide de la Gaule, avec la viticulture, l’horticulture et la culture locale de fruits méditerranéens, introduisant de nouvelles plantes en Gaule (Wiethold 2000 ; Zech-Matterne 2010; Bouby 2014 ; Jacomet et Vandorpe 2011).

VI – Conclusion

A l’époque de La Tène, de nombreuses céréales étaient cultivées dans le bassin de Clermont-Ferrand dont H. vulgare, H. vulgare var. nudum, T. dicoccum, T. monococcum, T. spelta, T. aestivum/turgidum., P. miliaceum et S. italica. S. céréaleet Avena sp. sont tous deux présents mais représentent très probablement des adventices dans les champs cultivés. Les légumineuses étaient également importantes, y compris L. culinaris, V. sativa, P. sativum, V. faba, V. ervilia et L. cicerea/sativus. De plus, les plantes oléagineuses et les herbes, telles que B. nigra, B. rapa, P. crispum et A. graveolens, ont été identifiés. La diversité des céréales et des légumes secs diminue à partir du IIe s. avant J.-C.

Nous émettons l’hypothèse que cette spécialisation est liée au changement d’échelle des grandes cultures. Les deux derniers siècles avant J.-C. assiste à une spécialisation des productions végétales et à une généralisation des outils en fer (Collis et al. 1997 ; Deberge et al.2007c), ce qui reflétait probablement une demande croissante de produits végétaux afin de nourrir une population croissante vivant dans oppida et agglomérations. En Gaule celtique, des processus d’urbanisation et de centralisation ont également été observés dans les résultats archéobotaniques avec une augmentation des céréales (Zech-Materne et al. 2009). À la fin de la période de La Tène, l’augmentation de la consommation de fruits pourrait être un signe précoce de contact avec la culture romaine (Wiethold 2000 ; Zech-Matterne 2010; Bouby 2014 ; Jacomet et Vandorpe 2011). Des investigations interdisciplinaires sont nécessaires à l’échelle européenne pour mieux interpréter l’évolution des cultures au deuxième âge du Fer et le processus de romanisation.

Remerciements Nous tenons à remercier tous les archéologues et archéobotanistes qui ont travaillé dans ces établissements. Merci à Soultana Maria Valamoti pour ses remarques très constructives. Merci à P. Ledger, J. Dunkley et M. Aldon pour leur aide avec la langue. Merci aux relecteurs en particulier J. Wiethold.

VII – Bibliographie

Alonso N (2008) Crops and agriculture during the Iron Age and late antiquity in Cerdanyola del Valle’s (Catalonia, Spain). Veg Hist Archaeobotany 17:75–84

Antonetti P, Brugel E, Kessler F (2006) Atlas de la flore d’Auvergne. Chavaniac-Lafayette, Conservatoire Botanique National du Massif Central, p 981

Bakels CC (2009) The Western European Loess Belt. Agrarian History, 5300 B.C. – AD 1000. Springer, Dordrecht, Heidelberg ; London ; New York

Ballut C, Guichard V (2005) Anthropisation et milieu humide en Limagne de Clermont-Ferrand depuis le NéolithiqueDans occupa – tion, gestion et paléoenvironnement des plaines alluviales de l’âge du Fer à l’Antiquité, Actes de la table-ronde de Molesme, 17-18 septembre 1999, Ch. Petit (dir.). Annales littéraires 786 ; Série « Environnement, sociétés et archéologie, 8 », Presses Universitaires de Franche-Comté, Besançon, n 8, pp. 135-141

Beijerinck W (1947) Zadenatlas der Nederlandsche Flora. Ten behoeve van de botanie, palaeontologie, bodemcultuur en warenkennis, omvattende naast de inheemsche flora onze belangrijkste cultuugewassen en verchillende adventiefsoorten, Mededeeling n°30 van het Biologisch Station te Wijster, Veenman en zonen, Wageningen

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Des menhirs installés à l’âge du Fer ?

Des menhirs à l’âge du Fer : Article publié dans les résumés des communication à la journée régionale de l’archéologie du 25/03/2011 par DRAC Auvergne.

Conduite du projet : DRAC Auvergne

Auteur de la notice : Frédéric SURMELY, Patrick BOUDON

Des sondages effectués au pied de différents menhirs communs de longue date apportent des résultats surprenant. Ainsi le menhir de Beaulieu, encore appelé La Grande Borne (commune de Clermont-Ferrand), qui a donné son nom au principal site auvergnat des IIIe et IIe siècles avant J.-C., pourrait bien avoir été érigé (ou du moins déplacé) à l’époque gauloise.”

Ces monuments sont traditionnellement considérés comme ayant été érigés au cours du Néolithique, en complément des dolmens. Peu de travaux ont pourtant été consacrés à ces monolithes dressés, en Auvergne comme ailleurs en France, en dehors du cas très particulier des alignements. Nous avons choisi de nous y intéresser dans le cadre d’une réflexion plus large sur les rapports des populations préhistoriques avec les terroirs du Massif Central.

La réalisation d’un inventaire détaillé des monolithes du département du Puy-de-Dôme, a permis de constater tant leur nombre que leur diversité morphologique. L’étude a également fait apparaître la difficulté de distinguer les pierres levées anciennes des monolithes dressés récemment comme support de croix, bornes de territoires… À l’évidence, seuls des sondages peuvent permettre de déterminer l’âge de ces pierres levées, mais aussi leur fonction. Par ailleurs, le constat de l’état de conservation des monuments est assez alarmant : la majorité des pierres levées ont été transportées, déplacées, voire mutilées .

Des menhirs à l'âge du Fer. Le menhir de Beaulieu à l'achèvement des sondages
le menhir de Beaulieu à l’achèvement des sondages

Les résultats sont surprenants :
– Le « menhir » d’Aubière a été érigé à l’époque gallo-romaine (étude de la céramique P. Vallat).
– Le « menhir » de Beaulieu (Clermont-Ferrand) est datable de la période gauloise (étude de la céramique Y. Deberge). Les opérations ont permis également de révéler les dimensions réelles des monolithes, nettement plus grandes qu’on ne le croyait initialement.
– Un troisième sondage sur les abords du menhir renversé du puy de la Poix (Clermont-Ferrand) n’a pas livré d’informations déterminantes concernant le monument. Dans tous les cas, les sondages élargis n’ont pas montré la présence d’autres monuments voisins, ce qui confirme bien le caractère isolé de ces « menhirs ».

La monnaie des Arvernes

La monnaie des Arvernes : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteur de la notice : Katherine Gruel et Fernand Malacher

  • I – Les émissions en or
  • II – Les émissions en bronze
  • III – Les émissions en argent
  • IV – La circulation monétaire en Auvergne
  • V – Témoignage de la frappe monétaire chez les Arvernes

L’Auvergne présente pour la numismatique gauloise des spécificités qui permettent une réflexion approfondie sur l’usage et les échanges monétaires. Plus de quatre mille monnaies gauloises ont été recensées en Auvergne.

Elles se concentrent dans les plaines et les vallées fluviales. Cette concentration monétaire est très nette dans toute la vallée de l’Allier, en particulier dans la plaine de Clermont-Ferrand et sur les grands oppida arvernes. L’oppidum de Corent (63) tient une place spécifique avec plus de 2000 pièces.

La reprise des fouilles sur les oppida de Gondole au Cendre (63), Gergovie à La Roche-Blanche (63) et Cordes à Hérisson (03) enrichit nos connaissances sur ces sites. Les autres fortes concentrations monétaires correspondent pour la plupart à des trésors ou à des découvertes multiples sur une même commune.

La monnaie des Arvernes. Quart de statère en or, Aulnat (Cliché : F. Malacher)
Quart de statère en or, Aulnat (Cliché : F. Malacher)

I – La monnaie des Arvernes. Les émissions en or

Les monnaies les plus anciennes à circuler sont des imitations du statère de Philippe de Macédoine, d’un poids proche du prototype (plus de 8 g d’or). Les graveurs reproduisent avec une telle précision les monnaies grecques qu’on peut définir l’atelier d’où provenait la monnaie copiée. On a rarement des contextes précis et bien datés pour ces statères trouvés isolés ou en trésors (St-Gérand-de-Vaux). Seul un quart de statère à la branche d’Aulne provient de la fouille d’Aulnat. Cependant, on peut penser que leur apparition en Gaule est au plus tard contemporaine de la circulation des dernières émissions grecques au nom du conquérant macédonien, c’est-à-dire de la fin du IIIème s. av. J.-C. Elles marquent l’introduction en Gaule de l’usage monétaire. Les volumes émis restent faibles, les émissions occasionnelles dans plusieurs régions de la Gaule et les émetteurs inconnus. Les imitations fidèles des statères de Philippe de Macédoine, assez nombreuses en Auvergne, ont donc été écartées des émissions attribuées aux Arvernes car leur poids, leur module, leur chronologie haute et leur circulation, dépassant largement la région, en font un phénomène monétaire à part, lié à une contrefaçon de monnaies grecques, visiblement copiées fidèlement dans une partie de la Gaule, plutôt qu’un vrai monnayage gaulois.

La monnaie des Arvernes.
La monnaie des Arvernes.

Cependant, cette tradition de la frappe de statères d’or de haut titre se poursuit en Auvergne jusqu’à la conquête romaine : ils sont parvenus jusqu’à nous sous la forme de trésors (Lapte, Pionsat, Chevenet, Orcines…), dont la date d’enfouissement reste difficile à préciser. Un certain nombre de ces monnaies sont émises par la cité arverne. On peut, dans l’état actuel de nos connaissances, retenir cette attribution pour des séries monétaires qui se répartissent sur tout le territoire et pour celles qui portent des noms de chefs arvernes attestés par les textes comme Vercingétorix. C’est pourquoi, dans la circulation des statères d’or, on distingue les séries correspondant aux références La Tour 3679 à 3778 (BNF) comme arvernes des autres séries pour lesquelles l’émetteur est incertain ou différent, c’est-à-dire ici essentiellement biturige. L’or de plus en plus allié, souvent même fourré de bronze ou remplacé par du laiton, continue à être frappé jusqu’à la conquête romaine.

La monnaie des Arvernes. Potin au long cou (Cliché : F. Malacher)
Potin au long cou (Cliché : F. Malacher)
La monnaie des Arvernes. David Romeuf a représenté Vercingétorix d'après le denier ROMAIN frappé en 48 BC par Lucius Hostilius Saserna. 
Il montre Vercingétorix après plusieurs années de captivité, hirsute, maigre.
David Romeuf a représenté Vercingétorix d’après le denier ROMAIN frappé en 48 BC par Lucius Hostilius Saserna.
Il montre Vercingétorix après plusieurs années de captivité, hirsute, maigre.

II – La monnaie des Arvernes. Les émissions en bronze

Dès La Tène C2, vers le milieu du IIème siècle av. J.-C. ou un peu avant, commencent à circuler sur les habitats des potins généralement du type dit « au long cou », présents aussi dans la basse vallée du Rhône, ou des potins originaires de la région de Levroux. Le bronze frappé apparaît dès La Tène D1, vers la fin du IIème siècle av. J.-C., sous forme de petites monnaies à la circulation très limitée comme les petits bronzes« au renard » et « au cheval-cheval » du sanctuaire de Corent. Les bronzes aux noms des chefs arvernes se généralisent ensuite sur tout le territoire au Ier siècle av. J.-C. Ils ont, fait exceptionnel en Gaule, une iconographie et une légende identiques aux deniers arvernes d’argent frappés à la même période.

III – La monnaie des Arvernes. Les émissions en argent

Les Arvernes ont tout d’abord frappé des petites oboles qui semblent circuler parallèlement aux potins dès le IIème siècle av. J.-C. Ils frappent aussi des séries monétaires au cheval libre sans légende, qui sont pour la plupart représentées dans le trésor de La Chapelle-Laurent. La date des premières émissions d’argent reste imprécise, on la situe à La Tène D1 sans contexte clair pour confirmer cette proposition ; elles sont présentes à Aulnat et dès l’état II de Corent.

En revanche, la circulation, au Ier siècle av. J.-C., des deniers d’argent et des bronzes portant des noms de chefs, commence à être mieux connue grâce aux fouilles récentes. Les premiers à apparaître sont ceux à légende EPOS (LT 3952), MOTVIDIACA (LT 3994), puis les ADCANAVNOS(LT 3868) et, durant la guerre des Gaules, les monnaies d’Epadnactos au cavalier, CICEDV. BRI/EPAD (LT 3899). Ce chef arverne, conforté par César, après la conquête, frappe alors une nouvelle émission très romanisée, les EPAD au guerrier.

La circulation après la conquête des VERCA (LT3943) confirme cette poursuite des frappes arvernes après la fin de la guerre des Gaules. La monétarisation importante de l’économie arverne au Ier siècle av. notre ère se caractérise donc par des émissions nombreuses associant l’or, l’argent et le bronze. Ceci en fait un cas particulier en Gaule et révèle le dynamisme économique de la cité arverne.

Epad. monaie arverne et le denier romain dont elle dérive (Cliché : F. Malacher)
Epad. monaie arverne et le denier romain dont elle dérive (Cliché : F. Malacher)

IV – La circulation monétaire en Auvergne

Le nombre de potins en circulation reste bien inférieur à celui observé dans la zone voisine du Centre-Est. Les potins à la Grosse tête, présents de la Bourgogne à la Suisse, se comptent d’ailleurs ici sur les doigts. Le potin au long cou, ici dominant, semble assez vite supplanté par les bronzes. A La Tène D2, la circulation simultanée de plusieurs alliages monétaires, en or, en argent et en bronze, l’existence même de textes antiques parlant des Arvernes, la présence de monnaies aux noms des chefs arvernes mentionnés dans la Guerre des Gaules, permettent de poser des hypothèses sur l’organisation des monnayages, sur certaines limites territoriales et sur les relations économiques des Arvernes avec leurs principaux voisins.

On constate une forte présence de l’or et du bronze. Les répartitions des découvertes monétaires montrent la frontière entre Bituriges et Arvernes, malgré une pénétration importante des monnaies bituriges dans la vallée de l’Allier jusqu’à Corent. Les faciès de Hérisson et Néris-les-Bains, très différents de ceux des oppida arvernes, reflètent leur appartenance à la sphère biturige. Le contraste avec les deniers du Centre-Est, quasi inexistants dans la région, est d’autant plus pertinent qu’il correspond à la même absence de monnaies arvernes chez les Eduens avant la conquête romaine. Seules cinq communes ont fourni quelques deniers du Centre-Est. Il semble qu’il faille donc interpréter cette présence des monnaies bituriges comme un témoignage des liens économiques et monétaires entre les deux cités, à mettre en relation avec la voie fluviale et commerciale, Allier-Loire.

V – Témoignage de la frappe monétaire chez les Arvernes

Les outils de frappe restent exceptionnels. Leur mode de fabrication est mal connu car jusqu’à présent on envisageait une gravure directe, en creux et en négatif, à la gouge et avec des poinçons de détail. La découverte récente de plusieurs objets qu’on identifie comme des matrices de coins ouvre des hypothèses sur les modalités de fabrication.

Deux coins de revers et un coin de droit, en base cuivre, provenant tous de l’oppidum de Corent, sont actuellement connus. Ils sont de forme tronconique en base cuivre. A la base, la surface est gravée en négatif.

Le premier, découvert en 1844, se trouve dans les collections du musée de St-Germain-en-Laye (MAN12273). Il correspond au revers des monnaies d’argent à l’épée du type BN4102, dont un exemplaire est conservé à la BNF, trois au MAN dont un provenant d’Alésia et deux du trésor de Tendre dans l’Indre. En raison de l’iconographie du droit, ces monnaies sont souvent attribuées aux Bituriges

Matrice monétaire de Corent de type BN3868
Matrice monétaire de Corent de type BN3868

Le second, trouvé en 1886, n’est connu que par un dessin de Péghoud dans la Revue Archéologique. Il correspond à un revers des monnaies en bronze de typeBN3868.

Le troisième provient des fouilles 2007 dirigées par M. Poux au puy de Corent. Bien que mal conservé, il semble qu’il s’agisse d’un droit empreint sur les bronzes à légende ADCANAVNOS (BN 3868). Un coin de droit base cuivre sur laquelle la légende VERCA en négatif était parfaitement lisible serait conservé dans une collection privée, sans provenance connue. Enfin, le fragment d’une matrice cylindrique a été découvert en prospection sur le plateau de Corent. Il porte à sa base le dessin en relief de la partie supérieure d’une esse couchée au-dessus d’un cheval à droite, ceci correspond au revers du type BN3868. Elle aurait servi à empreindre un coin en négatif nécessaire à la frappe des monnaies. Un atelier monétaire ne nécessite pas de grosses installations, cependant le contexte du coin trouvé en fouille montre un lien avec un atelier de bronzier.

Pour en savoir plus : À propos de la circulation monétaire en Gaule chevelue aux IIe et Ier siècles av. J.-C

Les pratiques funéraires

Les pratiques funéraires : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

Auteur de la notice : F. Blaizot, Y. Deberge, F. Delrieu, P.-Y. Milcent, L. Orengo, P. Pion

  • I – Nécropoles tumulaires de Haute Auvergne et tombes en fosse de Limagne au premier âge du Fer
  • II – Champ Lamet (Pont-du-Château), une nécropole adventice du début de La Tène (Ve-IVe s. av. J.-C.)
  • III – Les cimetières à guerriers de la fin de La Tène ancienne (seconde moitié du IVe-début IIIe s. av. J.-C.)
  • IV – L’inhumation et la crémation au IIe s. av. J.-C.
  • V – Les tombes aristocratiques du Ier s. av. J.-C.
  • VI – Bibliographie

Jusqu’à récemment, la documentation concernant l’archéologie du monde des morts était largement déficitaire pour l’âge du Fer auvergnat. Les nombreux travaux d’archéologie préventive conduits récemment dans le bassin clermontois, programmée dans le département du Cantal, ont permis d’étoffer considérablement le corpus disponible permettant d’aborder le thème des pratiques funéraires aux âges du Fer.

Les pratiques funéraires. Localisation des sites mentionnés dans le texte (Y. Deberge, ARAFA)
Localisation des sites mentionnés dans le texte (Y. Deberge, ARAFA)

I – Nécropoles tumulaires de Haute Auvergne et tombes en fosse de Limagne au premier âge du Fer

Les pratiques funéraires. Fouille d’un tertre (F. Delrieu)
Fouille d’un tertre (F. Delrieu)

Contrairement aux autres domaines de la recherche où la Limagne fait figure de pays de cocagne, la documentation permettant d’aborder la thématique des pratiques funéraires fait plutôt défaut, sur ce secteur, pour le début de l’âge du Fer.

Il faut tourner vers la Haute Auvergne, et plus particulièrement le Massif cantalien, pour avoir des témoignages représentés essentiellement sous la forme de nécropoles tumulaires (Allanche et Vèze, Laurie, Saint-Georges, Mauriac…).

Le début du premier âge du Fer voit l’édification de tumulus ainsi que la réutilisation de tertres plus anciens. Le traitement des défunts fait appel à la crémation (les os sont placés dans une céramique) ou à l’inhumation. Les tombes supposées masculines sont régulièrement accompagnées d’une épée en fer ou en bronze et d’un à trois récipients céramiques ou occasionnellement en bronze issus d’un service individuel à boisson (alcoolisée ?).

A l’image de ce que l’on observe dans la partie occidentale du domaine nord-alpin, le développement de la pratique de l’inhumation, entre 800 et 650 av. J.-C., paraît correspondre à un modèle funéraire adopté pour les sépultures des élites masculines. On note par ailleurs que les différences de statut entre les défunts, perçues au moyen du mobilier funéraire, n’apparaissent pas clairement dans l’investissement consacré à l’aménagement des tumulus.

L’étape suivante (vers 650-525 av. J.-C.) est également représentée par la pratique de la crémation et de l’inhumation. Les tombes se placent, à quelques exceptions près, en situation adventice à des tumulus plus anciens témoignant ainsi de la volonté de rattacher les défunts à des sépultures fondatrices ou bien à des monuments antiques (et illustres ?). Contrairement à l’étape précédente, on ne retrouve plus d’arme dans les tombes. Les sépultures supposées masculines deviennent difficiles à identifier en raison de la modestie des parures qui les accompagnent, lorsque l’estimation biologique du sexe n’est pas réalisée. Symétriquement, les tombes féminines s’enrichissent, considérablement parfois comme à Saint-Georges, de parures à l’aspect baroque qui mobilisent autant des matières précieuses ou semi-précieuses que des compétences artisanales spécialisées. L’importance prêtée aux atours féminins suppose, à l’image des constatations faites pour la région nord-alpine, que les groupes familiaux revendiquent désormais une filiation matrilinéaire, ou du moins qu’ils admettent la référence à un ancêtre commun de sexe féminin. Les fonctions militaires, assumées par les hommes, ne sont plus mises en avant dans l’espace funéraire, ce qui donne à voir là aussi une recomposition dans la représentation des rôles de chacun au sein de la société.

On arrive aux mêmes constatations, pour cette étape, en Basse-Auvergne. Dans le petit ensemble funéraire à tombes en fosse du Pâtural, où hommes et femmes se partagent l’espace funéraire, seules les sépultures de ces dernières livrent un mobilier métallique abondant (jusqu’à 19 bracelets et anneaux de cheville). Une tombe d’homme se distingue néanmoins des autres par l’architecture du monument funéraire qui le recouvre, un enclos quadrangulaire de faible dimension palissadé et/ou recouvert d’un tertre de faible hauteur.

La fin du premier âge du Fer voit l’introduction de mobiliers nouveaux dans les contextes funéraires. Les fibules apparaissent et les parures annulaires féminines se font beaucoup plus discrètes.

L’armement demeure absent des contextes funéraires mais la présence de dépôts mobiliers exceptionnels, tels le bassin étrusque en bronze et la fibule en fer incrustée d’or de Saint-Georges, la coupe et la fibule en bronze de Saint-Pierre-des-Landes, témoigne du maintien de sépultures remarquables en Haute-Auvergne. A la différence de la Basse-Auvergne, où l’inhumation domine comme dans le reste du domaine nord-Alpin, le sud du Massif central voit l’affirmation d’un particularisme régional puisque dans ce secteur c’est la pratique de la crémation qui est privilégiée. A côté de cela, la présence de vases complets laisse supposer la persistance de la pratique de dépôts alimentaires, solides ou liquides, selon un schéma bien connu en Gaule méridionale et occidentale, alors qu’il est exceptionnel en Gaule du centre-est et de l’est. La Haute-Auvergne semble réceptive à des influences tant occidentales que méridionales, perceptibles à la fois sur la base des associations de mobilier et sur leur typologie.

Dans l’ensemble de l’Auvergne, le passage au début du second âge du Fer, dans le courant du Ve s., voit la disparition de l’usage des tertres funéraires.

Les pratiques funéraires. Choix de parures de la tombe féminine de Mons à Saint-Georges dans le Cantal (P.-Y. Milcent)
Choix de parures de la tombe féminine de Mons à Saint-Georges dans le Cantal (P.-Y. Milcent)

II – Champ Lamet (Pont-du-Château), une nécropole adventice du début de La Tène (Ve-IVe s. av. J.-C.)

Les pratiques funéraires. Cimetière laténien de Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Cimetière laténien de Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)

Le début de la période laténienne voit la généralisation de la pratique de l’inhumation en fosse (« tombe plate ») sans tumulus. Le site de Champ Lamet, à Pont-du-Château, correspond au plus important ensemble funéraire de cette période découvert en Auvergne.

Celui-ci, situé hors de la zone d’habitat, s’installe en situation adventice d’un tumulus de l’âge du Bronze final. Les premières tombes se répartissent en couronnes périphériques par rapport au centre du monument tandis que les plus récentes sont plutôt disposées en lignes parallèles au-delà du tumulus. Un monument funéraire est aménagé au bénéfice d’une ou de quelques sépultures sous la forme d’un petit enclos fossoyé quadrilatéral muni d’une palissade ou peut-être pourvus d’un tertre de faible dimension. Le creusement des tombes est généralement sub-rectangulaire avec quelques pierres disposées dans ou sur le comblement. Cette caractéristique apparemment anodine a été révélée sur la majorité des cimetières à tombes en fosse du Centre-Est de la Gaule et constitue une spécificité en regard des régions plus septentrionales. La plupart des corps, enveloppés d’un « linceul » de cuir, furent installés dans des fosses relativement étroites surmontées d’un couvercle de bois. Quelques individus, inhumés au centre du tumulus, paraissent avoir été déposées dans des contenants de bois.

Les défunts sont inhumés, en décubitus dorsal avec les membres inférieurs en rectitude. Les exceptions sont observées avec des dépôts réalisés sur le ventre ou, plus rarement, sur le côté. De rares sépultures doubles sont relevées. Les hommes et les femmes sont présents en nombres équivalents. Comme dans la plupart des ensembles funéraires protohistoriques, les tombes d’enfants décédés avant l’âge de 5 ans sont anormalement peu nombreuses, ce qui peut traduire un accès au cimetière qui est, pour partie, fonction des classes d’âge. Il a été estimé que ce cimetière, occupé du Ve au IVe s., correspondait à une communauté d’environ 12 à 15 individus vivants, soit l’équivalent de la population d’un hameau ou de deux à trois fermes.

Conformément à la situation observée pour la Gaule du centre-est et de l’est, les tombes ne livrent aucun dépôt alimentaire ou de boisson. Le mobilier placé dans les sépultures est limité aux vêtements, à de rares parures et concerne un peu plus du tiers des sépultures ce qui correspond bien à la norme observée ailleurs. Les tombes à armes ne sont pas présentes dans cet ensemble et les indices d’une différenciation socio-économique entre les individus sont maigres. Le mobilier apparaît comme relativement modeste quel que soit la sépulture concernée. Ceci peut témoigner d’un tassement marqué de la hiérarchisation sociale au début de la période laténienne, ou tout au moins d’un gommage des écarts dans la représentation funéraire des statuts sociaux.

Les pratiques funéraires. Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Les pratiques funéraires. Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Les pratiques funéraires. Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Les pratiques funéraires. Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)
Champ Lamet (F. Blaizot, INRAP)

III – Les cimetières à guerriers de la fin de La Tène ancienne (seconde moitié du IVe-début IIIe s. av. J.-C.)

Les pratiques funéraires. Parure métallique de la nécropole de Diou (P. Pion)
Parure métallique de la nécropole de Diou (P. Pion)

Deux nécropoles (Diou dans l’Allier, Cournon dans le Puy-de-Dôme) constituent l’essentiel de la documentation pour la fin de La Tène ancienne. Fouillées anciennement, les sépultures n’ont fait l’objet d’aucune étude anthropologique et l’essentiel des interprétations reposent sur les relations des travaux anciens (parfois agrémentées de croquis ou photos) ainsi que sur les collections mobilières qui nous sont parvenues de façon plus ou moins complètes.

Ces deux ensembles, utilisés sur un laps de temps relativement court (une à deux générations), livrent chacun une vingtaine de sépultures et renvoient à des communautés vivantes relativement restreintes d’une dizaine de personnes (deux ou trois familles). L’architecture des tombes, toutes à inhumation, est mal connue. Elle semble relativement simple et uniquement constituée par des fosses de dimension relativement modérée sans aménagement de surface (« tombes plates »).

Les dépôts d’accompagnement consistent principalement en armes (épées, lances, boucliers) et en parures (fibules, bracelets, torque). L’absence de céramique dans les dépôts funéraires rattache culturellement ces nécropoles à la Gaule du centre-est et de l’est.

L’analyse des mobiliers permet de faire quelques hypothèses concernant le recrutement funéraire de ces ensembles. On obtient une composition sociologique moyenne en trois niveaux assez classique (des tombes de guerriers, des tombes à parures annulaires plutôt féminines et des tombes pauvres sans dépôt) ce qui renvoie à un petit groupe socialement stratifié et hiérarchisé avec au sommet des guerriers. La nécropole de Bonnabry à Cournon étonne par la forte proportion d’armes retrouvées. Ici, si l’on se base sur le mobilier inventorié lors de la fouille, l’ensemble ne compterait pas moins de sept tombes de guerrier, soit près de la moitié de la population inhumée, ce qui est loin d’être la norme dans les ensembles funéraires contemporains. Si l’hypothèse d’un recrutement funéraire particulier n’est pas à exclure, il est plus vraisemblable d’envisager que la mauvaise qualité des fouilles conduites sur ce site explique en grande partie la situation observée.

Toujours est-il que, pour cette période, ce sont donc les contextes virils et militaires qui sont valorisés. En Auvergne, comme ailleurs dans l’espace laténien, les nécropoles renvoient l’image d’une militarisation grandissante de la société.

La documentation est très lacunaire pour la fin du IIIe s. av. J.-C. Il semble toutefois que les armes ne participent alors plus à la valorisation individuelle des défunts masculins.

IV – L’inhumation et la crémation au IIe s. av. J.-C.

Les pratiques funéraires. Ensembles funéraires de IIIe-Ier s. av. dans le sud de la Limagne
Ensembles funéraires de IIIe-Ier s. av. dans le sud de la Limagne

Les informations sont nettement plus nombreuses pour le IIe s. av. J.-C., notamment pour la fin du siècle. Les ensembles funéraires sont multiples (environ une quinzaine) mais livrent un nombre très variable de sépultures. Une hiérarchisation à trois niveaux est nettement perceptible entre les cimetières : de petits ensembles ruraux, comprenant moins d’une dizaine de sépultures, peut-être à recrutement familial ; des ensembles d’une vingtaine d’individus correspondant à un groupe social élargi à deux ou trois familles (hameau) ; un vaste ensemble funéraire qui se superpose à la trame d’occupation domestique du site d’Aulnat-Gandaillat et qui regroupe probablement plusieurs milliers de tombes (environ 200 tombes repérées sur moins de 2 % de la surface supposée du site).

D’un site à l’autre, on relève une communauté de pratiques qui s’explique par la proximité géographique des ensembles funéraires (le bassin clermontois). Sur tous ces sites, même si le recours à la crémation se développe progressivement, l’inhumation reste le traitement le plus utilisé. Cette permanence du recours à l’ensevelissement des corps constitue un particularisme local puisque ailleurs en Gaule, la crémation devient majoritaire voire exclusive. Les raisons qui conduisent à de tels choix ne sont pas connues et on retrouve les deux rites au sein d’un même ensemble funéraire sans que la chronologie ou le statut défunt puisse expliquer cette différence.

L’importance des aménagements réalisés pour l’inhumation du défunt est un critère de différenciation sociale. Dans la très grande majorité des cas, les tombes sont modestes, et se résument à une simple fosse étroite. Seules les sépultures les plus richement dotées en mobilier se signalent par des structures funéraires de grandes dimensions. Le dépôt du corps à même la fosse est le plus largement attesté. Plusieurs d’entre elles semblent avoir été fermées d’un couvercle en matériau périssable. Quelques inhumations, celles qui paraissent les plus riches, se distinguent par l’utilisation de coffres ferrés aux extrémités. La position des corps est très variable (sur le côté, sur le ventre, en position fléchie) même si la position sur le dos domine.

à la crémation, se rapporte également une assez grande diversité typologique témoignant de la variété des pratiques. A l’exception de deux bûchers en fosse, repérés à Gerzat, toutes les incinérations correspondent à des dépôts secondaires pratiqués dans des fosses de forme et de taille diverses. Dans la plupart des cas, elles sont de petite dimension (une vingtaine de cm de diamètre). Certaines, qui ne sont pas nécessaires plus riches, sont plus grandes, jusqu’à adopter la forme des fosses utilisées pour les inhumations. Toujours est-il que le mobilier est systématiquement présent sur le bûcher (parure, faune et, plus rarement, la céramique). Il se retrouve de façon fragmentaire mêlé aux restes osseux déposés dans la fosse réceptrice, hors de tout conteneur.

Dans la majorité des cas, le recrutement des ensembles funéraires est équilibré entre hommes, femmes et enfants, qui comptent chacun pour un tiers des défunts environ. Le faible nombre de jeunes enfants, eu égard au schéma de mortalité des populations anciennes, est à souligner. Il peut témoigner d’une moins bonne conservation des ces sépultures ou d’un d’une sélection opérée sur le critère de l’âge des défunts.

La majorité des tombes, dépôts de crémation et inhumations, ne livre pas de mobilier. Seul un tiers comporte de la parure ou de la vaisselle, souvent en faible quantité. La réapparition de la vaisselle céramique dans les tombes illustre le retour des dépôts alimentaires, solides et liquides, dans le rituel funéraire. Il s’agit, dans la plupart, d’un ensemble relativement modeste qui évoque un rite de déposition centré sur l’individu (la part du défunt). La multiplication de ce service « standard », observée pour un petit nombre de tombes (moins de 10 % des sépultures), est à considérer comme signe de distinction sociale. Elle pourrait refléter la capacité de la famille du défunt, ou plutôt de sa famille, à mobiliser une grande quantité de denrées alimentaires pour la cérémonie funéraire. Les effets personnels sont généralement peu nombreux : une ou deux fibules, un bracelet (en fer pour les hommes, en verre ou en bronze pour les femmes) et parfois un collier (plutôt les enfants). Quelques instruments de soin du corps sont parfois présents : une paire de forces, un rasoir ou une pince à épiler…

Deux témoignages signalent toutefois la présence d’une classe privilégiée qui affiche à nouveau son statut par le port des armes. Sur le site de Gandaillat, c’est un homme qui est inhumé, accompagné de sa panoplie militaire complète (épée, lance, bouclier), dans un coffre ferré lui-même installé dans une vaste fosse avec des dépôts alimentaires, liquides et solides (jambon). A Pulvérière, dans les Combrailles, on retrouve cette association entre armement et grande quantité de nourriture. L’une de ces structures de crémation, datée de la fin du IIe s. av. J.-C., livre les restes d’un homme en arme, d’un char (et de son attelage ?), de viande consommée (porcs et volailles), de sept récipients céramique et d’une amphore vinaire.

A partir de l’étude des sépultures, la société arverne du IIe s. av. J.-C. paraît assez fortement stratifiée avec une classe privilégiée, très peu nombreuse (moins de 2 % des défunts), qui affiche aussi bien son caractère guerrier que son pouvoir économique, matérialisé par la mobilisation d’une grande quantité de denrées au cours de la cérémonie funéraire. Pour le reste, la population se répartit en plusieurs groupes qui se différencient sur la base d’un mobilier d’accompagnement (denrées alimentaires, objets de parure ou de toilette) plus ou moins abondamment représenté, voire absent.

Tombe féminine du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)
Tombe féminine du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)
Mobilier céramique d’une tombe de femme de Sarliève (Antoine Maillier © Bibracte)
Mobilier céramique d’une tombe de femme de Sarliève (Antoine Maillier © Bibracte)
Aulnat figure 20 ou 20a = sépulture de guerrier du milieu du IIe s. av. J.-C. (Antoine Maillier © Bibracte)
Aulnat figure 20 ou 20a = sépulture de guerrier du milieu du IIe s. av. J.-C. (Antoine Maillier © Bibracte)
Sépulture à inhumation de Gondole (Y. Deberge, ARAFA)
Sépulture à inhumation de Gondole (Y. Deberge, ARAFA)
Sépulture de guerrier du milieu du IIe s. av. J.-C.
Sépulture de guerrier du milieu du IIe s. av. J.-C.
Inhumation pratiquée dans le comblement médian d’un puits de Gondole
(Y. Deberge, ARAFA)
Inhumation pratiquée dans le comblement médian d’un puits de Gondole
(Y. Deberge, ARAFA)
Bague portée à l’annulaire de la main gauche, pour unique mobilier d’accompagnement (Y. Deberge, ARAFA)
Bague portée à l’annulaire de la main gauche, pour unique mobilier d’accompagnement (Y. Deberge, ARAFA)
Inhumation pratiquée dans le comblement médian d’un puits de Gondole (Y. Deberge, ARAFA)
Inhumation pratiquée dans le comblement médian d’un puits de Gondole (Y. Deberge, ARAFA)

V – Les pratiques funéraires. Les tombes aristocratiques du Ier s. av. J.-C.

Au Ier s. av. J.-C., le caractère ostentatoire des funérailles des élites est encore plus marqué. Sur le cimetière rural de Chaniat, les défunts brûlés sur le bûcher au cours de quatre cérémonies funéraires successives, se signalent par le port, non systématique, d’armes et surtout par la mise en œuvre d’une profusion de récipients (de 30 à 58 par dépôt). Ils supposent la mobilisation de quantités élevées de denrées alimentaires, solides et liquides (jusqu’à 300 litres de boisson alcoolisée pour chaque événement !), et renvoient à une consommation collective de type banquet où le vin semble avoir eu une place centrale. Même si la documentation disponible est encore trop peu abondante, les autres sépultures de cette période paraissent bien plus modestes. En effet, les inhumations dégagées, à Gondole et à Gergovie notamment, livrent peu ou pas de mobilier associé (un vase en céramique, un objet de parure). L’écart semble ainsi se creuser entre une classe dirigeante, très peu nombreuse et qui semble de plus en plus riche, et le reste de la société. A noter que celle-ci paraît, à partir de la fin du IIe s., choisir la crémation.

Évocation du cimetière rural de Chaniat. Illustration : M. Gontier
Évocation du cimetière rural de Chaniat. Illustration : M. Gontier

VI – Les pratiques funéraires. Bibliographie

G. Alfonso, Le site de Rochefort à Gerzat (Puy-de-Dôme), dans C. Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 305-312.

L. Augier, C. Mennessier-Jouannet, P.-Y. Milcent, L. Orengo, S. Riquier 2007, La France centrale aux IVe-IIIe s. av. n. ère (Auvergne, Berry, Orleanais), dans C. Mennessier-Jouannet, A.-M. Adam, P.-Y. Milcent, La Gaule dans son contexte européen aux IVe-IIIe s. av. n. è. (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, p. 117-176.

F. Blaizot, P.-Y. Milcent 2002, L’ensemble funéraire Bronze final et La Tène ancienne de Champ-Lamet à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), Travaux de la Société Préhistorique Française, 3, 2002.

F. Blaizot, V. Bel, Chr. Bonnet, Y. Deberge, A. Wittmann, S. Barberan, L. Tranoy, 2007, Inhumation and cremation in Roman Gaul : continuity or discontinuity of the burial practices, in : A. Faber, P. Fasold, M. Struck, M. Witteyer (dir.), Körpergräber des 1. – 3. Jahrhunderts in der Römischen Welt, Actes du colloque des 19-20 novembre 2004, Dormitorium des Karmeliterklosters, Münzgasse 8, Frankfurt am Main, Schriften des Archäologischen Museums Frankfurt, 21, 305-321.

P.-Y. Milcent 2004, Le premier âge du Fer en France centrale, Société Préhistorique Française, mémoire XXXIV, 2 vol., 2004.

Deberge, Orengo 2007, Les mobiliers en contexte funéraire en Basse Auvergne, du IIIe au Ier s. av. n. è., dans C. Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 333-364.

P.-Y. Milcent, F. Delrieu 2007, Tertres et archéologie funéraire en Haute Auvergne dans le contexte du premier âge du Fer en Gaule Méridionale (VIIIe-Ve s. av. J.-C.), dans C. Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 43-70.

Pion 2007, Autopsie d’une découverte centenaire : la nécropole celtique de l’Odepierre à Diou (Allier), dans C. Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 313-332.

Pour en savoir plus : Les pratiques funéraires en Auvergne à la fin du second Age du Fer

Le site du Pâtural

Le site du Pâtural : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire. Titre original : La ferme indigène du Pâtural à Clermont-Ferrand : un établissement rural au statut particulier

Auteur : Y. Deberge et J. Collis

  • I – Présentation des vestiges
  • II – Enclos funéraire du premier âge du Fer

Le site laténien du Pâtural est localisée en périphérie est de l’agglomération clermontoise, dans la plaine marécageuse. Il a été fouillé de façon extensive (environ un hectare) entre 1987 et 1995 (J. Collis, J. Dunkley et M. Richardson). A ce jour, il s’agit de la seule « ferme indigène » de Limagne dégagée et étudiée de façon approfondie. Cet établissement agricole de la fin de l’âge du Fer, installé à quelques kilomètres au nord de l’agglomération protohistorique d’Aulnat, constitue donc un jalon important pour la connaissance de société arverne.

L’installation de la ferme gauloise succède à deux occupations plus anciennes. La première correspond à une petite nécropole à inhumation datée des VIIe-VIe s. av. J.-C. liée à un habitat localisé 200 m à l’est. La seconde correspond à l’extension maximale, vers l’ouest, d’un habitat daté du début de la période laténienne. Ces vestiges, qui n’entretiennent pas de liens directs avec l’établissement agricole gaulois, témoignent d’une anthropisation ancienne de cet espace sur lequel il s’installe. Du VIIe s. av. J.-C. au IIe s. ap. J.-C. (le site est également réoccupé aux Ier et IIe s. ap. J.-C.), ce secteur apparaît comme un point de fixation l’habitat au sein d’un terroir que l’on estime, si l’on se fie à la carte d’occupation des sols réalisées pour ce secteur de la Limagne, à quelques centaines d’hectares. Ainsi, la création de la ferme au IIIe s. av. J.-C., ne procède pas d’une phase de défrichement, hypothèse souvent avancée pour expliquer l’apparition des établissements ruraux en Gaule du Nord. Elle participe plutôt à cette vaste restructuration de l’espace rural bien attesté en Limagne pour les IIIe et IIe s. av. J.-C. (cf notice sur Les campagnes).

Le site du Pâtural. Plan toutes périodes d’occupation confondues (Y. Deberge, ARAFA)
plan toutes périodes d’occupation confondues (Y. Deberge, ARAFA)
Le site du Pâtural.

A la différence de la plupart des sites ruraux, où la période d’occupation dépasse rarement une ou deux générations, le Pâtural présente une évolution sur la longue durée qui apparaît, de plus, comme relativement atypique. Au départ, l’organisation générale du site permet de l’identifier au modèle classique de la ferme indigène que l’on retrouve de la plaine vendéenne au bassin parisien. Le cœur de l’exploitation rurale correspond à un enclos de forme quadrangulaire dans lequel sont regroupés les bâtiments d’habitation et les structures nécessaires à la bonne marche de la ferme (grenier, grange, bâtiments annexes). Les mobiliers présents témoignent de la présence d’une communauté humaine limitée (une à deux familles). Les principales activités sont d’ordre agricole, production céréalière et élevage. La quantité, la diversité et la qualité des objets, dont un grand nombre de parures et d’importations, distinguent le site du Pâtural des autres établissements ruraux contemporains. Il apparaît comme une ferme indigène au statut économique relativement élevé, siège d’une famille au statut particulier (aristocrates ?).

Le site du Pâtural. Cliché aérien du site au cours de sa dernière année de fouille (V. Guichard, ARAFA)
Cliché aérien du site au cours de sa dernière année de fouille (V. Guichard, ARAFA)
Le site du Pâtural. Tombe à inhumation du premier âge du Fer.
Tombe à inhumation du premier âge du Fer.
Le site du Pâtural. Fragment d’anneau passe-guide à décoration curviligne, La Tène ancienne (Y. Deberge, ARAFA).
Fragment d’anneau passe-guide à décoration curviligne, La Tène ancienne (Y. Deberge, ARAFA).

Dans la seconde moitié du IIe s. avant J.-C., le site connaît des bouleversements importants tant sur le plan structural que fonctionnel. L’enclos agricole disparaît alors même que les vestiges d’occupation se densifient. Le caractère ouvert du site et l’organisation de la zone d’habitat évoque les sites à occupation dense, de type habitats groupés, par exemple celui de Gandaillat. Cette modification dans la structure interne du site, s’accompagne d’un accroissement soudain et marqué des rejets mobiliers. La grande très quantité de mobilier présent (plusieurs milliers de vaisselles céramiques indigènes et importés, plus de cent objets de parure, une vingtaine de meules rotatives) traduit une augmentation de population, entre 10 et 20 fois plus nombreuse, que n’explique pas la démographie naturelle. Cet accroissement démographique va de pair avec une augmentation des capacités de production agricole du site : hausse des capacités de stockage et de la force de traction disponible. C’est dans le même temps, que s’installe, à demeure, un forgeron. Spécialisé dans la manufacture d’objets en fer, cet atelier génère une quantité de déchets qui témoigne d’une production soutenue. L’installation de cet atelier peut être perçue comme une tentative de diversification des activités de production au sein de cette nouvelle agglomération fraîchement constituée. Tout indique que la ferme indigène du Pâtural se mue, peu avant la fin du IIe s. av. J.-C., en hameau à vocation agricole et artisanale.

Déplacement de l’occupation au sein du terroir du Pâtural du VIe s. av. J.-C. au IIe s. apr. J.-C.
Déplacement de l’occupation au sein du terroir du Pâtural du VIe s. av. J.-C. au IIe s. apr. J.-C.

La localisation du site, à moins de 5 km de l’agglomération d’Aulnat, n’est probablement pas étrangère à l’évolution constatée. Ce site constitue le principal débouché des productions agricoles du Pâtural et un modèle en termes d’avantages procurés par la présence d’une activité manufacturière. Son développement a pu exercer une pression, en guise de demande, sur les sites agricoles voisins. Au Pâtural, la solution choisie pour répondre à cette demande croissante semble avoir été la mise en place d’une certaine forme de concentration foncière (extension du domaine cultivable, regroupement des moyens de production de plusieurs unités agricoles et des surplus…). Le développement d’une pratique artisanale relativement importante laisse également envisager la recherche, par les propriétaires du lieu, d’un profit supplémentaire par le contrôle d’une activité à forte valeur ajoutée qui trouve un débouché direct sur le site voisin.

La ferme indigène du IIe s. av. J.-C.
La ferme indigène du IIe s. av. J.-C.
Restitution de la ferme indigène du Pâtural : l’enclos domestique (L. Andrieu, ARAFA)
Restitution de la ferme indigène du Pâtural : l’enclos domestique (L. Andrieu, ARAFA)
Mobilier agricole et domestique. IIe s. av. J.- C. (meule, pot de stockage, pelle à feu) 
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Mobilier agricole et domestique. IIe s. av. J.- C. (meule, pot de stockage, pelle à feu)
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Mobilier agricole et domestique du IIe s. av. J.- C.
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Mobilier agricole et domestique du IIe s. av. J.- C.
Cliché A. Mailler. Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Bâtiment sur poteau du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)
Bâtiment sur poteau du Pâtural (J. Dunkley, ARAFA)
Le hameau de la fin du IIe s. av. J.-C. Restitution (L. Andrieu, ARAFA)
Le hameau de la fin du IIe s. av. J.-C. Restitution (L. Andrieu, ARAFA)
Le hameau de la fin du IIe s. av. J.-C. = plan (Y. Deberge, ARAFA)
Le hameau de la fin du IIe s. av. J.-C. = plan (Y. Deberge, ARAFA)

Pour en savoir plus

Deberge, Collis, Dunkley 2007: Le Pâtural à Clermont-Ferrand, Un établissement agricole gaulois en Limagne d’Auvergne, Document d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, 30, 2007

Deberge 2007 : Les établissements ruraux fossoyés en Basse Auvergne du IIIe au IIe s. av. n. è., dans C. Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 221-242

La céramique peinte

La céramique peinte : article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008″ qui nous a aimablement autorisé à le reproduire.

L’expression la plus spectaculaire des Arvernes de la fin de l’âge du Fer est leur céramique peinte. Encore que des découvertes ponctuelles dans d’autres régions suggèrent que la richesse de l’Auvergne dans ce domaine tient en bonne partie à l’importance et à la qualité des sites fouillés. Ce phénomène est strictement limité au IIe s. avant J.-C. Le répertoire comporte des décors géométriques, mais surtout d’extraordinaires compositions insérant d’étranges quadrupèdes aux pattes longilignes dans un foisonnement d’ornements curvilignes. Le recours à la technique de la réserve, analogue à celle de la céramique
grecque à figures rouges, est une autre caractéristique de ces décors qui utilisent un fragile pigment noir d’origine organique.

La céramique peinte. Vases de Gandaillat. Cliché A. Mailler, Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Vases de Gandaillat
Cliché A. Mailler, Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
La céramique peinte. Vases de Gandaillat. Cliché A. Mailler, Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte
Vases de Gandaillat
Cliché A. Mailler, Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte

Les vases illustrés montrent la diversité des solutions décoratives, jamais reproduites à l’identique. Ils sont tous issus de fouilles successives effectuées sur le site d’Aulnat-Gandaillat. L’excellent état de conservation de leur décor s’explique par leur découverte dans les sédiments gorgés d’eau au fond de puits.

Vases de Gandaillat. Restitution 3D : L. Andrieu
La céramique peinte. Vases de Gandaillat. Restitution 3D : L. Andrieu
Vases de Gandaillat. Restitution 3D : L. Andrieu
Vases de Gandaillat
Vase de Gandaillat

Pour plus d’informations : Nouvel ensemble de vases à décors peints en territoire arverne

Toutatis chez les Arvernes !

Toutatis chez les Arvernes : une partie de cet article a été publiée dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire. L’autre partie est extraite d’un poster présenté au colloque “Ductus” à l’Université de Lausanne les 19 et 20 juin 2008.

Auteur de la notice : B. Clémençon, P. M. Ganne

I – Toutatis chez les Arvernes !

Toutatis est sans doute devenu le plus connu des noms de dieux gaulois, notamment en raison d’une célèbre bande dessinée. Mais, en réalité, quelles sont nos sources, tant littéraires qu’archéologiques ?

Parmi les auteurs antiques, seul le poète Lucain le mentionne dans son épopée La guerre civile (intitulée également La Pharsale). Cet ouvrage fera l’objet de commentaires et interprétations connues sous le nom de Scholies de Berne.

Toutatis chez les Arvernes

Dans ces documents, Toutatis est assimilé tour à tour à Mercure et à Mars. Les historiens qui ont traité de la religion gauloise s’accordent à le définir comme le dieu de la tribu ; Touta, Teuta signifiant en langue gauloise la tribu, voire par extension le peuple. Chaque peuple, voire chaque tribu, avait en quelque sorte le sien, dont on taisait le nom réel par une sorte d’interdit. Dans le texte de Lucain, il est cité avec deux autres dieux, Taranis et Esus, et il est évoqué à propos des sacrifices humains que pratiqueraient les Gaulois.

Toutatis chez les Arvernes

Sans doute existe-t-il une sixième inscription, plus longue, découverte au XIXe s. dans la nécropole.

Toutatis chez les Arvernes

Ce vase a été découvert en janvier 1882 par Ambroise Tardieu lors de ses fouilles dans la nécropole du site de Beauclair. L’inventeur le décrit ainsi : “J’ai recueilli un vase bien curieux et très-rare, dont je donne le dessin. Sa pâte est blanchâtre ; il est couvert en noir. Il a la forme d’une sphère et porte, en relief, des cerfs, des chiens de chasse, le dieu Mercure avec son pétase ou petit chapeau de voyage ; sur la panse de ce beau vase, au-dessus des dessins moulés en relief, le propriétaire de ce même vase a tracé, à la pointe, une inscription que l’on croit lire ainsi | TO TATEIVGO VRVRANA. […] Le précieux vase ci-dessus décrit a, de plus, deux estampilles sigillées, celles du potier : MINARIOF, placées près du dieu Mercure ; l’une, dans un encadrement rectiligne ; l’autre, dans une rosace”. Depuis le décès de Tardieu, en avril 1912, la trace de cet objet est perdue. Contrairement à une rumeur persistante sur le lieu de découverte, ce vase est absent des collections du Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-en-Laye et du Musée Bargoin de Clermont-Ferrand.

Que nous dit l’archéologie à propos de Toutatis ? En fait, assez peu de chose. Par exemple, nous ne lui connaissons pas de représentation iconographique avec des attributs particuliers comme les autres divinités. Quant à l’épigraphie, elle nous livre une quinzaine de mentions, essentiellement localisées en Angleterre. Il existe aussi en Europe des variantes du thème Teuta dans des épiclèses à Jupiter, Apollon et Mercure. En tout cas, aucune indication n’avait à ce jour été signalée en France.

C’est maintenant chose faite avec la (re)découverte que nous venons de faire chez les Arvernes. En effet, cinq graffites sur céramique portant l’inscription Totates (graphie de Toutatis en gaulois tardif) étaient « en sommeil » dans deux réserves de musée. Ils proviennent tous du même site, celui dit de Beauclair, à cheval sur les communes de Giat et de Voingt (Puy-de-Dôme).

II – Toutatis chez les Arvernes. Le site de Beauclair

Toutatis chez les Arvernes

Le site de Beauclair est une agglomération secondaire antique aux confins des territoires arverne et lémovice, d’ une superficie d’environ 30 hectares, il s’organise autour de la voie aquitanique d’Agrippa qui reliait Lyon, capitale des trois Gaules à Saintes, capitale provinciale. Sa situation topographique le place sur un axe majeur de la romanisation. Son apparat monumental était important : peut-être un amphithéâtre, l’archéologie aérienne a identifié à proximité de la voie un ensemble constitué d’un temple et d’un établissement thermal. Mais c’est surtout la partie sommitale qui a le plus attirée l’attention des chercheurs, une vaste terrasse dominant le site est occupée par un sanctuaire. Pour l’heure, un temple y a été identifié (des temples géminés sont probables), déjà fouillé en 1882, il a surtout fait l’objet de recherches dans les années 1950 par un érudit local : Georges Charbonneau.

Un théonyme oublié

Les cinq graffiti présentés proviennent de ce travail. Ils ont été trouvés dans le temple ou dans son immédiate périphérie.
Les tessons A et B ont été publiés dans la revue Gallia en 1961 et sont conservés depuis au musée Bargoin de Clermont – Ferrand, les trois autres sont inédits, ils se trouvaient dans des caisses à la maison du Patrimoine de Voingt (village où se trouve le site).

L’interprétation théonymique ne sera envisagée par aucun auteur. Les fragments A, B, et E sont des céramiques commune. Le fragment C est une céramique à engobe blanche faisant partie d’un élément architectural. Le fragment D est une sigillée (rubéfiée) de la fin du IIeme, début du IIIeme s.

La graphie Totates correspond à une évolution tardive de la langue gauloise, déjà fortement latinisée.
Le culte de Toutatis n’était jusqu’à cette identification pas attesté archéologiquement en France.

Des marques de dévotion populaire

Les graffiti à Totates du sanctuaire de Beauclair témoignent de la dévotion populaire, tous écrits en lettres capitales, ils reproduisent vraisemblablement un modèle familier.

Cette pratique est bien attestée chez les Arvernes et si souvent elle révèlent des cultes anciens, elle indique également comment ces cultes ont conservés une place en se transformant dans le cadre du polythéisme romain et dans la nouvelle hiérarchie du panthéon de la Cité d’époque impériale.

Le culte de Toutatis en Europe

Les attestations du culte de Toutatis sont en fait assez rares, exception faite de l’Angleterre. Il est présent à Rome, à Seckau en Autriche où il est associé à Mars.

Des variantes sur le thème de la tribu : Touta, Teuta existent sous la forme Toutiorix associé à Apollon ou Teutanus associé à Mercure et à Jupiter, celles-ci particulièrement nombreuses dans la vallée Danubienne.

C’est en Angleterre que le corpus est le plus important. L’association à Mars y est bien attestée.

Mais ce sont surtout des bagues portant l’inscription TOT, au nombre de 51 qui apportent une connaissance nouvelle et convergente avec la nôtre. Elles ont été étudiées par Adam Daubney, parmi ces bagues, l’une d’entre elles, découverte par Greg Dyer présente la mention DEO TOTAT confirmant ainsi le caractère théonymique.

Toutatis existe donc bel et bien, et ce chez les Arvernes. Mieux, il continue même d’être honoré en pleine époque romaine !

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Auteurs : M. Garcia, T. Pertwieser, Y.Deberge, M. Rousset et A. Rousset

Chapitre II à V : Articles publiés dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire

I – Introduction

M. Garcia, T. Pertwieser, Y.Deberge

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Vue aérienne du plateau
Vue aérienne du plateau de Gergovie

Situé à 6 km au sud de Clermont-Ferrand, le Plateau de Gergovie se présente sous la forme d’une table basaltique de 1500 m de long, 500 m de large. De ses 744 m de hauteur, il domine une grande partie du département du Puy de Dôme.

Pour profiter du panorama qu’offre ce belvédère naturel, il suffit d’emprunter le chemin qui longe la crête. Si votre regard se pose du côté nord-ouest, il suivra l’alignement des volcans de la Chaîne des Puys et découvrira à ses pieds la ville de Clermont Ferrand. Au sud-ouest, dans le lointain, ce sera le Massif du Sancy, puis au sud, la Limagne des buttes et le Val d’Allier. Enfin à l’est, il découvrira l’étendue de la Grande Limagne, plaine ponctuée de collines s’achevant à l’horizon par les Monts du Forez et du Livradois.

Parvenu à la Maison de Gergovie, vous pourrez découvrir sur grand écran le déroulement de la célèbre bataille de 52 av. J.-C. qui opposa Vercingétorix aux légions de César, et plus encore faire connaissance avec l’ensemble du site. Ainsi, la formation géologique du Plateau, ses richesses archéologiques, l’organisation de l’oppidum, et les résultats des différentes campagnes de fouilles qui y ont été menées vous deviendront familiers. Lorsqu’il retrace les différentes péripéties de la bataille de Gergovie (Gergovia ou Gergobia selon les manuscrits), César utilise très souvent le mot oppidum pour désigner le site :  » ex oppida Gergovia, in Arvernos ad oppidum Gergoviam, e regione oppidum  » etc… en tout une douzaine de fois. Mais, en deux occasions, il préfère écrire urbs (la ville)  » perspecto urbis situ » et « ex omnibus urbis partibus orto clamore « .

Dominant la plaine de 400 m environ, le plateau de Gergovie se détache remarquablement dans le paysage de la Limagne. Avec ses pentes abruptes, il apparaît difficile d’accès, donc facile à défendre.

Le sommet plat occupe une surface de 70 hectares. Sur les bordures sud et ouest, les défenses naturelles ont été renforcées par un mur en pierres sèches enserrant un blocage de pierre, dominant un à pic taillé dans le basalte d’une hauteur de 3 m ; au pied de cette paroi existe une terrasse artificielle limitée extérieurement par un autre mur.

La richesse archéologique du plateau de Gergovie a été mise en évidence dès le XVIème siècle. Le site a été proposé dès cette époque comme le lieu de la bataille livrée par César. Étayent cette hypothèse, la toponymie (un lieu habité du nom de Gergoia est attesté depuis le Xème siècle sur le flanc sud-est de la montagne) et l’archéologie.

Le plateau a en effet connu une occupation dense, apparemment étendue à la quasi-totalité de sa surface. Les vestiges en ont été révélés par des fouilles effectuées dans les années 1930 et 1940. Elles ont mis en évidence un habitat d’apparence déjà romanisée (constructions maçonnées) et deux temples entourés d’un péribole commun, qui témoignent de sa fonction religieuse. Les abondantes collections d’objets livrées par les fouilles des années 1930 et 1940, montrent en effet que le site est densément occupé pendant une période assez brève, de 70-60 avant J.-C. jusqu’à l’approche du changement d’ère. Le rôle commercial est attesté par l’origine des monnaies trouvées sur le site, ainsi que par le nombre impressionnant de tessons de céramiques d’importation. Un quartier artisanal dégagé sur le rebord sud de la dépression centrale, mais aussi d’autres découvertes en différents points du site montrent que Gergovie était un lieu de production ; des artisans travaillaient le métal, fer, bronze, argent, mais aussi l’os et le bois de cervidé. L’abondance de certaines monnaies arvernes tardives suggère la présence d’un atelier monétaire sur le site, qui peut être considéré comme le centre politique régional à cette époque, avant que celui-ci soit transféré dans la ville nouvelle d’Augustonemetum.

Notre source principale d’information est le récit de César lui-même, connu sous le nom de De Bello Gallico (« Des guerres gauloises »). Le général romain décrit brièvement les événements, nous livrant au passage quelques indications – trop brèves – sur la topographie des lieux et les ouvrages qu’il fit construire. Jules César utilise le terme d’oppidum pour désigner le plus singulier type d’agglomération qu’il a découvert en Gaule chevelue au milieu du Ier siècle avant J.-C.

II – Gergovie, oppidum arverne

M. Garcia, Y. Deberge, T. Pertlwieser

L’identification de la Gergovie césarienne est ancienne. On doit à Gabriele Simeoni, érudit florentin du XVIème siècle et familier de l’évêque de Clermont, la localisation du site. Elle repose sur la présence du toponyme Girgia, attesté sur le flanc de la table basaltique au moins depuis le Xème siècle. Bien après Simeoni, on doit à Napoléon III, qui prépare alors son Histoire de Jules César, la première campagne de fouille systématique sur le site. Ainsi, en 1862, il charge le commandant Stoffel, qui œuvre également à Alésia et Uxellodunum, d’organiser la recherche des ouvrages du siège césarien.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Vue aérienne du site (Y. Deberge, ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Vue aérienne du site (Y. Deberge / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Plan des fouilles d’après Stoffel sur le petit camp
Plan des fouilles d’après Stoffel sur le petit camp

En s’appuyant sur la description faite par César de la topographie des lieux ainsi que celle des retranchements romains, le commandant Stoffel fait réaliser des tranchées destinées à recouper les lignes de fortification.

Ces travaux sont d’une ampleur sans précédent. Il s’agit d’une des plus grandes opérations d’archéologie réalisées à l’époque. La méthode est rodée et conduit à la découverte des retranchements romains. Le mobilier collecté (pointes de flèche, armatures de trait de catapulte, chausse-trappes) et la typologie des vestiges (identiques à ceux mis en évidence à Alésia) laissent peu de doute quant à la datation et l’identification des ouvrages découverts alors.

La confirmation apportée par les travaux du R. P. Gorce, réalisés soixante-dix ans plus tard, ne suffit toutefois pas à faire taire la polémique, déjà ancienne, concernant la localisation du site de Gergovie.

Les recherches conduites au milieu des années 1990, par V. Guichard, apportent une validation supplémentaire des observations faites par les fouilleurs du XIXème siècle.

La découverte d’armement typiquement romain contemporain de la conquête (traits de scorpio, boulets) permet de confirmer l’identification des ouvrages dégagés aux retranchements césariens. La localisation de l’oppidum de Gergovie ne fait aujourd’hui plus débat parmi les spécialistes.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Tracé du fossé césarien sur le petit camp (V. Guichard, ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Tracé du fossé césarien sur le petit camp (V. Guichard / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Traits de scorpio découverts dans le fossé du petit camp (V. Guichard, ARAFA)
Traits de scorpio découverts dans le fossé du petit camp (V. Guichard / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Boulets (V. Guichard, ARAFA)
Boulets (V. Guichard / ARAFA)

III – La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Les premières Recherches

Bref Historique (T. Pertlwieser)

  • Au XVIIIe siècle ont eu lieu les premières fouilles : elles se sont poursuivies tout au long du XIXe siècle. Nous ne possédons que des récits lacunaires de l’ensemble de ces découvertes.
  • Vers 1756, une tranchée est réalisée au milieu du plateau. Une fouille au Sud-Est du plateau a mis au jour un édifice rectangulaire orienté Est-Ouest renfermant une pièce carrée au sol en mortier de tuileau. Il est également fait mention de caves taillées dans le roc et d’un puits.
  • En 1765, une mosaïque blanche et noire est découverte.
  • En 1834, le conservateur du musée de Clermont entreprend de nouvelles recherches dont nous ne possédons aucune trace.
  • Dans les années 1850, plusieurs découvertes fortuites sont mentionnées comme des forges et divers outils ou encore des blocs de pierre taillée en grès.
  • Vers 1861, plusieurs sondages sont entrepris :

-Des murs faisant partie de l’entrée de l’oppidum sont dégagés (Porte Ouest) ;
-Deux gros murs parallèles et distants de 4 mètres sont mis au jour (quartier artisanal) ;
-Une partie de la villa Aucler est dégagée (pas loin du temple) ;
-Les murs d’un bâtiment rectangulaire se dessinent (partie sud du plateau) ;
-Des maçonneries sont localisées dans les parcelles (centre du plateau).

  • Vers 1890, trois amphores sont découvertes (près du quartier des artisans).
  • Vers 1930, en recherchant le rempart côté Nord, des fondations maçonnées sont dégagées.
  • De 1932 à 1937, se sont déroulés des travaux réalisés par O. Brogan et E. Desforges.
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Les fouilles conduites dans les années 1930. Les documents montrent à la fois l’ampleur des travaux et le peu de méthode avec laquelle ils ont été réalisés (fouille Brogan et Desforges)
Les fouilles conduites dans les années 1930. Les documents montrent à la fois l’ampleur des travaux et le peu de méthode avec laquelle ils ont été réalisés (fouille Brogan et Desforges)
  • En 1932, 1933 est réalisé une tranchée de 10 m de long (vers le centre du plateau)
  • En 1934, la villa Aucler est plus largement fouillée.
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Fernand Chirent en 1934
Fernand Chirent en 1934
  • En 1934-1935, fouille dans la partie Sud-Est du rempart. Une tranchée, dans l’axe Nord-Sud, de plusieurs dizaines de mètres de longueur coupe le rempart et la terrasse en contrebas.
  • Les deux temples à périboles sont fouillés en 1935 et 1937.
  • En 1941 les fouilles reprennent sous la direction des enseignants et des étudiants de l’université de Strasbourg.
  • De 1945 à 1949 Michel Labrousse, chargé d’enseignement à l’université de Toulouse, prend le relais et publie des comptes-rendus réguliers dans Gallia.
  • En 1941, 1942, Jean Lassus et Jean-Jacques Hatt réexaminent le rempart Sud-Est, notamment la partie à l’Ouest de la section détruite par les cantonniers probablement vers 1922 lors de la réfection de la route.
  • De 1942 à 1944 : fouille des ateliers métallurgiques le long du chemin du village de Gergovie et ouverture d’un sondage (quartiers des artisans).
  • De 1944 à 1946, Michel Labrousse fouille au centre du site. C’est en 1947 que ce dernier tente de retrouver une stratigraphie de l’occupation.
  • De 1947 à 1949, M. Labrousse reprend l’étude du quartier des artisans.
  • En 1974, deux sondages sont réalisés sur le flanc Nord du plateau, dont nous n’avons pas les résultats.
  • En 1982 et 1985 des fouilles de sauvetages sur une superficie de 125 m2 sont effectuées dans la partie centrale du plateau. Six fosses antiques ont été mises au jour ainsi qu’une fosse d’épierrage moderne.
  • En 1991, Jean Michel Sauget reprend l’étude des deux temples dégagés partiellement. Des fragments de statuette d’une déesse en pierre sont mis au jour.
  • De 2001 à 2004 les fouilles se concentraient sur la partie sud-est des fortifications.
  • En 2002 une fouille d’évaluation archéologique menée par l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) est effectuée à l’est du plateau, à proximité de la Maison de Gergovie. Les vestiges d’un petit bâtiment, un lambeau de sol, un fossé et deux fosses datant du dernier quart du premier siècle avant notre ère sont découverts. A partir de l’an 2001 des nouvelles recherches sur la question des fortifications de l’oppidum sont installées à la demande du SRA Auvergne. La maîtrise d’ouvrage des travaux est déléguée à l’Association pour la Recherche sur l’Age du Fer en Auvergne (ARAFA) sous la responsabilité scientifique du Thomas Pertlwieser.
  • A partir 2004 la reprise de recherches sur la Porte Ouest est entreprise, en 2005 un sondage à la bordure sud fut installé.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Découvertes anciennes

M. Garcia, Y. Deberge, T. Pertlwieser

Le plateau lui-même a fait l’objet très tôt (les premières archives datent de 1756) de nombreuses investigations archéologiques. Elles sont malheureusement très variablement documentées et il n’est pas toujours possible de savoir précisément ce qui a été découvert lors de ces travaux. Les premières recherches méthodiques sont entreprises en 1861, sous la direction de l’agent voyer Aucler, en vue de la visite de l’empereur sur le site. Ces travaux, repris et complétés dans les années 1930 à 1950 par des universitaires (Brogan, Desforges, Lassus, Hatt, Labrousse), permettent à la fois de dégager des segments de la fortification et de fouiller quelques zones à l’intérieur du site.

Ces documents montrent l’ampleur des travaux et le peu de méthode avec laquelle ils ont été réalisés (fouille Brogan et Desforges).

Un secteur artisanal, une villa, un autre secteur à occupation domestique ainsi que le sanctuaire sont reconnus. Les résultats sont importants et le mobilier collecté très abondant. La conclusion formulée alors est que l’occupation du site, à l’architecture très romanisée, doit dater principalement de la période augustéenne, les vestiges contemporains de l’épisode de la guerre des Gaules étant très discrets. Toutefois, la méthode employée à l’époque est certainement pour partie responsable de la datation tardive assignée à l’occupation du plateau. L’analyse des documents laissés par les fouilleurs montre qu’ils ne sont que très rarement allés au-delà des structures maçonnées les plus récentes. Les travaux et découvertes réalisés aujourd’hui attestent, comme le suggère l’analyse des mobiliers provenant des collections anciennes encore accessibles, que le site est bien occupé dès les années 50 av. J.-C.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Les fouilles conduites dans les années 1930. Les documents montrent à la fois l’ampleur des travaux et le peu de méthode avec laquelle ils ont été réalisés (fouille Brogan et Desforges)
Les fouilles conduites dans les années 1930. Les documents montrent à la fois l’ampleur des travaux et le peu de méthode avec laquelle ils ont été réalisés (fouille Brogan et Desforges)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Plan des fouilles conduites dans les années 1930
Plan des fouilles conduites dans les années 1930

IV – La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Nouvelle étude de la fortification

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Fibule à timbale du premier âge du Fer (L. Andrieu, ARAFA)
Fibule à timbale du premier âge du Fer (L. Andrieu / ARAFA)

L’année 2001 a vu la reprise de l’étude des fortifications de l’oppidum. Placé sous la direction de T. Pertlwieser (ARAFA), ce programme, qui couple un relevé topographique de l’ensemble à des fouilles ponctuelles, a débuté par le réexamen des secteurs dégagés dans les années 1930. Il permet de proposer une histoire renouvelée pour cet ouvrage défensif assez mal documenté par les recherches anciennes. Sur le secteur sud-est, l’une des constructions les plus anciennes associe un poutrage de bois, avec des éléments verticaux en façade, à un blocage de pierres, type de construction connu ailleurs en Gaule (probablement un rempart de type Kelheim).

Le mobilier collecté dans la rampe, notamment une fibule à timbales de la fin du premier âge du Fer (Hallstatt D3), indique qu’il s’agit d’une construction ancienne.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Le rempart du premier âge du Fer ou évolution de la fortification du premier âge du Fer à La Tène (L. Andrieu, ARAFA)
Le rempart du premier âge du Fer ou évolution de la fortification du premier âge du Fer à La Tène (L. Andrieu / ARAFA)

On doit probablement à ce premier ouvrage le creusement de la table basaltique qui a permis le dégagement d’un escarpement vertical quasiment infranchissable d’environ 6 m de haut. L’ouvrage le plus récent, qui est aussi le mieux préservé, correspond à un large mur en pierres sèches (2 m en moyenne), installé en bordure extrême du plateau au sommet de la rampe formée par les premiers états de la fortification. Cette construction, originale en Gaule interne, associe deux solides parements à un blocage de pierres. A la différence du murus gallicus décrit par César et attesté par l’archéologie, cet ouvrage ne contient aucune ossature de bois. Ce rempart a fait l’objet de plusieurs réfections. L’une d’elles a consisté en l’installation d’une rampe en terre marquée à intervalles réguliers par des contreforts massifs en pierres sèches. L’abondant mobilier céramique collecté dans les couches d’utilisation et d’abandon, ainsi que sur la terrasse située au pied du rempart, permet de dater l’utilisation de cet ouvrage entre le milieu et la fin du Ier siècle av. J.-C.

À partir de 2005, les investigations ont porté sur le secteur de « La Porte Ouest », déjà partiellement dégagé au cours des années 1860 et 1930. Sur ce secteur, nettement mieux préservé, les dégagements ont été plus étendus.

Les résultats sont inattendus et témoignent de l’histoire complexe de la fortification.

À cet emplacement, aucun ouvrage antérieur au IIème âge du Fer n’a été encore reconnu. La construction la plus ancienne semble être le large mur en pierres sèches déjà reconnu pour la partie sud-est de la fortification. Ponctuellement conservé sur 2 m de hauteur, il est réalisé à l’aide de blocs à l’aspect émoussé probablement collectés en surface. Juste en arrière du mur, parfois tout contre la base du parement, de vastes carrières ont été ouvertes pour sortir des blocs de basalte de grande dimension. Certains d’entre eux ont été retrouvés bruts d’extraction au fond de l’excavation. Comme en témoignent le module et l’aspect de fraîcheur de certains blocs visibles dans le rempart, l’ouverture de ces carrières a été nécessitée par un réaménagement de la fortification.

Comblées très rapidement (au moment même de l’extraction), elles ont été réutilisées pour accueillir des dépôts à caractère religieux (ensevelissements de chien et mouton) et funéraire (présence d’une inhumation), ainsi que des rejets domestiques et artisanaux. Ces derniers témoignent de la proximité d’un secteur d’habitat, ce que les travaux des deux dernières années ont permis de confirmer.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Plan du secteur de la porte ouest  (T. Pertlwieser, ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Plan du secteur de la porte ouest (T. Pertlwieser / ARAFA)

À l’emplacement d’un accès ancien à l’oppidum, un puits, une citerne, des restes d’un ou de plusieurs bâtiments, des niveaux de sol ainsi que des vestiges mobiliers abondant attestent, en effet, d’une occupation domestique et artisanale (métallurgie du fer) du secteur. La campagne de l’année 2007 a également été marquée par une découverte inhabituelle. Une pointe de trait de scorpio a été retrouvée, fichée dans une couche archéologique (angle de 70° par rapport à l’horizontale, pointe butée contre un niveau de sol empierré sous-jacent), dans une position strictement identique à celle des pointes de trait retrouvées sur le site de la fontaine de Loulié, lieu intensément bombardé lors du siège d’Uxellodunum. Cet objet, qui s’intègre parfaitement dans la série de ceux retrouvés sur les sites de la guerre des Gaules, pourrait signaler une position bombardée, au moment du siège, par l’artillerie romaine. A la période augustéenne, ce secteur du site est toujours investi et c’est probablement à cette époque que l’ancien accès à l’oppidum est réaménagé. Une porte maçonnée à la chaux est installée ainsi que différentes constructions annexes qui reprennent strictement le tracé de la fortification plus ancienne.

La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Secteur de fouille de la porte ouest (Y. Deberge, ARAFA)
Secteur de fouille de la porte ouest (Y. Deberge / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Secteur de fouille de la porte ouest (Y. Deberge, ARAFA)
Secteur de fouille de la porte ouest (Y. Deberge / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Le rempart laténien au sud-est du plateau (T. Pertlwieser, ARAFA)
Le rempart laténien au sud-est du plateau (T. Pertlwieser / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Le rempart laténien au sud-est du plateau (T. Pertlwieser, ARAFA)
Le rempart laténien au sud-est du plateau (T. Pertlwieser / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Le rempart du Ier siècle av. J.-C. Document L. Andrieu
Le rempart du Ier siècle av. J.-C. (L. Andrieu / ARAFA)
La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Rempart laténien au sud-ouest du plateau (T. Pertlwieser)
Rempart laténien au sud-ouest du plateau (T. Pertlwieser / ARAFA)
Carrière d’extraction de basalte à l’aplomb du rempart (T. Pertlwieser)
Carrière d’extraction de basalte à l’aplomb du rempart (T. Pertlwieser / ARAFA)
Blocs bruts de taille au fond de la carrière (T. Pertlwieser)
Blocs bruts de taille au fond de la carrière (T. Pertlwieser / ARAFA)
Sépulture à inhumation de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. installée dans le comblement de la carrière (T. Pertlwieser, ARAFA)
Sépulture à inhumation de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. installée dans le comblement de la carrière (T. Pertlwieser / ARAFA)
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Occupation domestique et artisanale aux abords de la porte (T. Pertlwieser / ARAFA)
CICIIDV.BRI / EPAD retrouvé sur le rempart sud-est (type abondamment représenté à Alésia et Gondole)
CICIIDV.BRI / EPAD retrouvé sur le rempart sud-est (type abondamment représenté à Alésia et Gondole)

V – La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. Sous le sanctuaire romain, un sanctuaire gaulois ?

Échantillon du mobilier issu de la favissa (M. Garcia, ARAFA)
Échantillon du mobilier issu de la favissa (M. Garcia / ARAFA)

Les connaissances de ce secteur du site reposent sur les investigations effectuées par les équipes franco-britanniques entre 1935 et 1937, les campagnes inachevées des années 1990 dans les temples et sur la dernière campagne depuis 2006 (M. Garcia, ARAFA, Université Lyon II et S. Oesterlé, ARAFA) dans les temples et le péribole.

A l’époque romaine, le sanctuaire se compose de deux fana délimités par un péribole formant une galerie couverte, de 50 x 50 m environ. Dans le fanum nord, la cella comporte un sol en opus signinum et est entourée d’une galerie en colonnade. Dans le fanum sud, une colonnade plus restreinte, reposant directement sur le sol matérialisé par un dallage en basalte, encercle la cella. Les sols des galeries, de la cella du fanum sud ainsi que de la branche est du péribole, sont en terrazzo.

Une entrée du sanctuaire est située à l’ouest, le long de la voie antique. Une colonnade ainsi qu’un dallage forment un portique amenant à l’entrée couverte. Le dallage se poursuit ensuite en direction des deux temples. A l’est, (fouilles 2007), un porche monumental (daté du début du IIe siècle), de plus de 5 m de large comportant des enduits peints et un sol construit en terrazzo, permet d’accéder à la cour, en face des temples.

Plusieurs fosses à caractère votif ont été mises au jour, notamment le long du dallage ouest menant aux temples, et dans la cella du fanum sud. Une grande favissa située dans l’angle nord-est du péribole a livré un mobilier très abondant (céramique, bronze, faune, antéfixe, verre).

Entre les temples, sous les murs maçonnés, une grande fosse (ou un fossé ?) a été partiellement dégagée. Il s’agit d’une structure de taille importante, dont le fond se situe à 2,6 m sous le dallage romain, comprenant de la céramique, des amphores ainsi que de la faune (chien, mouton, cochon, bœuf) typiques des rituels gaulois tels qu’ils sont apparus sur le sanctuaire proche de Corent. Les premiers niveaux de comblement de cette structure sont datés de LTD2a, mais sa phase maximale de fonctionnement se place après la Conquête. Le sanctuaire semble s’installer juste avant la conquête et est fortement remanié à l’époque augustéenne, quand les temples ainsi que le péribole sont mis en place. A la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, il est monumentalisé et est abandonné au IIIe siècle.

Après 50 ans d’interruption, la reprise des fouilles renouvelle considérablement la connaissance du site de « La Roche Blanche (63) – Oppidum de Gergovie. « . Cette recherche, qui est amenée à se poursuivre, devra concerner la zone interne du site. Cet espace est potentiellement le plus à même de fournir des éléments de réponse quant à l’origine de l’occupation laténienne, sujet qui fait actuellement débat au sein de la communauté des archéologues.

Pour en savoir plus.

Sur le site de l’ARAFA :

Liens externes :

  • Gergovie à tout prix… Émission de France culture, daté du 17 avril 2021. Avec Vincent Guichard (Protohistorien, directeur général du centre archéologique Européen du Mont Beuvray) et Yann Deberge (Protohistorien, archéologue à l’Inrap)