Le Pâtural

Article publié dans « L’Archéologue Archéologie Nouvelle n° 95 avril – mai 2008 » qui nous a aimablement autorisé à le reproduire.

Le site du “Pâtural”, situé en périphérie est de l’agglomération clermontoise, a été fouillé entre 1987 et 1995 (responsables J. Collis, J. Dunkley et M. Richardson).

Plan du site du Pâtural du premier âge du Fer à la période gallo-romaine.
Ferme indigène du début du IIe s. av. j.-C.
(Restitution 3D L. Andrieu)

Présentation des vestiges

À ce jour, il s’agit de la seule « ferme indigène » de Limagne dégagée et étudiée de façon approfondie. Cet établissement agricole de la fin de l’âge du Fer constitue un véritable jalon pour la connaissance de la société arverne.

Enclos funéraire du premier âge du Fer

L’installation de la ferme gauloise succède à deux occupations plus anciennes. La première correspond à une petite nécropole à inhumation datée des VIIème-VIème siècle av. J.-C. liée à un habitat localisé 200 m à l’est. Ces vestiges, qui n’entretiennent pas de liens directs avec l’établissement agricole gaulois, témoignent d’une anthropisation ancienne de cet espace sur lequel il s’installe. La seconde correspond à l’extension maximale, vers l’ouest, d’un habitat daté du début de la période laténienne. Ces vestiges, qui n’entretiennent pas de liens directs avec l’établissement agricole gaulois, témoignent d’une anthropisation ancienne de cet espace sur lequel il s’installe. En effet, dès le VIIème s. av. J.-C. et jusqu’au IIème s. ap. J.-C., ce secteur apparaît comme un point de fixation l’habitat au sein d’un terroir que l’on estime, si l’on se fie à la carte d’occupation des sols réalisée pour ce secteur de la Limagne, à quelques centaines d’hectares. Ainsi, la création de la ferme au IIIème s. av. J.-C., ne procède pas d’une phase de défrichement, hypothèse souvent avancée pour expliquer l’apparition des établissements ruraux en Gaule du Nord. Elle participe plutôt à cette vaste restructuration de l’espace rural bien attesté en Limagne pour les IIIème et IIème s. av. J.-C.

À la différence de la plupart des sites ruraux, où la période d’occupation dépasse rarement une ou deux générations, le Pâtural présente une évolution sur la longue durée qui apparaît, de plus, comme relativement atypique. Au départ, l’organisation générale du site permet de l’identifier au modèle classique de la ferme indigène que l’on retrouve de la plaine vendéenne au bassin parisien. Le cœur de l’exploitation rurale correspond à un enclos de forme quadrangulaire dans lequel sont regroupés les bâtiments d’habitation et les structures nécessaires à la bonne marche de la ferme (grenier, grange, bâtiments annexes). Les mobiliers présents témoignent de la présence d’une communauté humaine limitée (une à deux familles).

Enclos funéraire du premier âge du Fer

Les principales activités sont d’ordre agricole, production céréalière et élevage. La quantité, la diversité et la qualité des objets, dont un grand nombre de parures et d’importations, distinguent le site du Pâtural des autres établissements ruraux contemporains. Il apparaît comme une ferme indigène au statut économique relativement élevé, siège d’une famille au statut particulier (aristocrates ?).

Dans la seconde moitié du IIème s. avant J.-C., le site connaît des bouleversements importants tant sur le plan structural que fonctionnel. L’enclos agricole disparaît alors même que les vestiges d’occupation se densifient. Le caractère ouvert du site et l’organisation de la zone d’habitat évoque les sites à occupation dense, de type habitats groupés, par exemple celui de Gandaillat. Cette modification dans la structure interne du site, s’accompagne d’un accroissement soudain et marqué des rejets mobiliers. La grande très quantité de mobilier présent (plusieurs milliers de vaisselles céramiques indigènes et importés, plus de cent objets de parure, une vingtaine de meules rotatives) traduit une augmentation de population, entre 10 et 20 fois plus nombreuse, que n’explique pas la démographie naturelle.

Cet accroissement démographique va de pair avec une augmentation des capacités de production agricole du site : hausse des capacités de stockage et de la force de traction disponible. C’est dans le même temps, que s’installe, à demeure, un forgeron. Spécialisé dans la manufacture d’objets en fer, cet atelier génère une quantité de déchets qui témoigne d’une production soutenue. L’installation de cet atelier peut être perçue comme une tentative de diversification des activités de production au sein de cette nouvelle agglomération fraîchement constituée. Tout indique que la ferme indigène du Pâtural se mue, peu avant la fin du IIème s. av. J.-C., en hameau à vocation agricole et artisanale. La localisation du site, à moins de 5 km de l’agglomération d’Aulnat, n’est probablement pas étrangère à l’évolution constatée.

Bâtiment sur poteau du Pâtural
(J. Dunkley, ARAFA).
Hameau agricole de la fin du IIe s. av. J.-C.
(Restitution 3D L. Andrieu)

Ce site constitue en effet le principal débouché des productions agricoles du Pâtural et un modèle en termes d’avantages procurés par la présence d’une activité manufacturière. Son développement a pu exercer une pression, en guise de demande, sur les sites agricoles voisins. Au Pâtural, la solution choisie pour répondre à cette demande croissante semble avoir été la mise en place d’une certaine forme de concentration foncière (extension du domaine cultivable, regroupement des moyens de production de plusieurs unités agricoles et des surplus…). Le développement d’une pratique artisanale relativement importante laisse également envisager la recherche, par les propriétaires du lieu, d’un profit supplémentaire par le contrôle d’une activité à forte valeur ajoutée qui trouve un débouché direct sur le site voisin.

Éléments de tissage : fusaioles et pesons
(Cliché A. Mailler, Centre archéologique européen du Mont Beuvray, Bibracte).

Pour en savoir plus :

Deberge, Collis, Dunkley 2007, Le Pâtural à Clermont-Ferrand, Un établissement agricole gaulois en Limagne d’Auvergne, Document d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, 30, 2007.

Deberge 2007, Les établissements ruraux fossoyés en Basse Auvergne du IIIe au IIe s. av. n. è., dans C.

Mennessier-Jouannet, Y. Deberge, L’Archéologie de l’âge du Fer en Auvergne (actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, 221-242.